Une proposition de Loi socialiste qui soutient le patronat contre les salariés !! (en alinea B)
Ci-dessous copie de l'article de Jean-Paul MARTIN sur son blog : http://jeanpaulmartin.canalblog.com/
Proposition de loi n° 524 du
3 juin 2010 du sénateur Richard YUNG portant réforme du droit des inventeurs
salariés
A. - La fusion des
inventions de mission et hors mission attribuables
Après nos 3 premières Notes
sur la Proposition de loi n° 524 YUNG sur ce blog, nous abordons ici un 4ème
aspect de cette proposition de loi : son article 1er, alinéa 1 prévoit de
fusionner les deux catégories d’invention de l’article L. 611- 7 – de mission
appartenant à l’employeur – et – hors mission attribuables, appartenant au
salarié mais attribuables à l’employeur sur revendication d’attribution de
celui- ci dans un délai déterminé, en une seule catégorie dite « invention de
service ».
L’alinéa 2 de l’article 1er
énonce des dispositions communes aux deux catégories d’invention, visant à
établir la rémunération de l’invention « de service ».
Nous avions préconisé cette
fusion des deux catégories d'invention auprès du sénateur Richard YUNG lors
d'une audition au Sénat le 26 septembre 2009. Nous approuvons donc cette
proposition de fusion en une seule catégorie, à condition comme nous l'avons
expressément indiqué au sénateur YUNG de garantir aux salariés auteurs
d’inventions hors mission une rémunération supplémentaire largement supérieure
à celle qu’ils auraient si l’invention était « de mission », par exemple + 50%.
Et ce en affectant au salarié
auteur de l’invention hors mission un coefficient de contribution personnelle
originale nettement supérieur à celui des inventions de mission. Ainsi la
proposition de loi/décret de l’AIS publiée sur le site de l’AIS http://www.invention.salarie.com/ et sur le blog http://www.jeanpaulmartin.com/
prévoit une gamme de coefficients personnels de contribution originale des
inventeurs compris entre 0, 5 et 1 dont la tranche supérieure est réservée aux
inventions hors mission attribuables.
Cette garantie écrite dans la
loi d’une rémunération supérieure pour les inventions attribuables est absolument
indispensable pour obtenir l’effet incitatif recherché auprès des chercheurs
salariés. A défaut de quoi cette mesure sera totalement contre- productive et
aboutira à un effet négatif inverse de celui recherché.
Malheureusement le sénateur
YUNG ne nous a pas écouté car sa proposition de loi n° 524 est muette sur cet
aspect pourtant essentiel.
Dans un article de la RDPI
paru en 2002 (Revue du Droit de la Propriété Intellectuelle) l’auteur de la
présente Note avait déjà émis motifs à l’appui cette proposition de
fusion des deux catégories d’invention de salarié, avec l’assurance pour ce
dernier d’un coefficient de rémunération plus élevé pour les inventions hors
mission.
Puis l’a réitérée verbalement
le 18 janvier 2008 lors d’une audition devant le Groupe de Travail GT/IS des
Inventions de salariés du CSPI.
Les membres de cette
Commission et notamment les représentants patronaux avaient alors été vivement
intéressés par cette suggestion. Dont l’adoption aurait l'avantage de
simplifier le contentieux. En effet près de la moitié des causes de litiges ont
trait au classement de l’invention dans l’une des deux catégories, alors que
depuis 2001 les rémunérations sont devenues voisines pour les deux types
d’inventions.
Cette fusion rapprocherait en
outre le système français du système allemand, qui n’a jamais opéré cette
distinction entre les deux catégories d’invention.
La fusion des deux catégories
d'invention a ainsi été retenue dans l’Avis du GT/IS du CSPI remis via l’INPI
début décembre 2008 à Mme la Ministre des Finances et de l’Economie. Mais cet
Avis est resté confidentiel, la ministre n’en ayant pas autorisé la
publication.
En conclusion si la PDL du
sénateur YUNG devait effectivement être examinée par la Commission ad hoc du
Sénat puis discutée en séance publique, l’addition d’une telle mesure au texte
serait absolument indispensable, sinon l’effet obtenu serait dissuasif pour les
salariés au lieu d’être incitatif !
En fait, le texte de cette
proposition de loi dans son ensemble est inadapté, « à côté de la plaque » et
devrait être revu de fond en comble.
En pratique, il devrait être
remplacé par celui de la proposition de loi n° 2288 de la députée Colette LE
MOAL, provisoirement retiré le 6 avril 2010. Car ainsi que nous nous en
sommes déjà expliqué sur ce blog de même que l’AIS sur son site www.inventionsalarie.com/
cette proposition de loi YUNG est globalement complètement contre- productive
et inapplicable.
B. - Soutien du MEDEF contre
les salariés par le Parti socialiste, soutien des salariés chercheurs par les
partis de droite UMP/NC contre le MEDEF
Il faut du reste relever un
phénomène très curieux : le sénateur Richard YUNG est une personnalité du Parti
socialiste et sa proposition de loi a été co- signée par 50 sénateurs PS.
La proposition de loi
du PS est la plus défavorable aux salariés inventeurs depuis1978 ; elle gomme
20 ans d’évolutions de la jurisprudence positives pour les droits des
inventeurs salariés, notamment l'arrêt capital RAYNAUD c/ ROUSSEL UCLAF du 21
novembre 2000 de la Cour de cassation, pour retourner à la loi du plus fort,
celle de l’employeur.
C’est pourquoi sa proposition
de loi n° 524 reçoit le soutien du MEDEF, dont l’objectif constant a toujours
été de « mater » par la force injuste les inventeurs salariés dans une optique
de « lutte des classes » du style "Germinal" ou "Comité
des Forges".. Lutte des classes franco- française complètement obsolète en
2010, alors que les entreprises ont impérativement besoin du concours actif de
tous leurs salariés et spécialement des plus créatifs/inventifs, qui ont
un rôle stratégique crucial, pour survivre à la mondialisation et à la récession
actuelle.
Le PS scelle ainsi une
alliance contre nature avec le MEDEF au détriment des inventeurs salariés.
Par contre, la proposition de
loi n°2288 de la députée Colette LE MOAL a reçu le soutien non seulement de
tous les députés Nouveau Centre (sauf un, le rapporteur de la proposition de
loi (!), mais aussi celui de 50 députés UMP, et est rejetée par le MEDEF
soutenu par le gouvernement…alors qu’elle reçoit le soutien de la majorité
parlementaire présidentielle UMP + NC !
Dans cette affaire ce sont
donc les partis de droite UMP + NC qui soutiennent les salariés inventeurs, et
le parti socialiste « de gauche » ( ?) qui soutient le patronat contre les
salariés !! - Rappelons que contrairement à ce que certains croient dans les
milieux mal informés, les salariés inventeurs ne se trouvent pas seulement chez
les ingénieurs et cadres, mais aussi parmi les non- cadres, techniciens, agents
de maîtrise, ouvriers spécialisés et salariés modestes de tous niveaux.
Tout comme en juin 1990 le
ministre de l’Industrie « de gauche » de l’époque Roger FAUROUX - ex-P.-DG de
Saint-Gobain ceci expliquant sans doute cela, et le PS s’étaient aussi - déjà !
- opposés à la proposition de rendre obligatoire la rémunération supplémentaire
d’invention des salariés, alors que celle- ci était soutenue par le RPR et
notamment le député de Paris 16ème Georges MESMIN qui voulait même accorder 20%
des profits aux inventeurs !
En 2010 l’UMP/NC (sauf
semble-t-il le patron des députés UMP Jean-François Copé), a compris que
l’intérêt pécuniaire des salariés inventeurs de l’industrie privée se
confond avec l’intérêt national, lequel passe avant celui, personnel, des
dirigeants du MEDEF… comme en 1990 le RPR.
Jean-Paul Martin
Propositions de Loi et Décret de l'AIS - Juillet 2010 –
L’Association des Inventeurs Salariés de France ( AIS ) vient de publier une nouvelle version de
ses propositions :
- Modifications
du régime légal de l’article L.611-7 du Code de la propriété intellectuelle
- Décret d'application précisant les modalités
de calculs des rémunérations supplémentaires d’inventions de salariés
Cette nouvelle version a été actualisée pour tenir
compte des dernières évolutions , discussions entre partenaires et inventeurs
salariés depuis la version précédente de Février 2009
Elle est visible en page : « Législation –
Projets de Loi »
La proposition de loi
du Sénateur socialiste Richard Yung
Un nouveau rhinocéros
de l’ultralibéralisme ?
Cette
proposition de loi (PDL) a été enregistrée à la Présidence du Sénat le 4 juin
2010 et est visible et imprimable à
l’adresse : http://www.senat.fr/leg/ppl09-524.html
Dans ce qui
suit, les passages de cette PDL sont en italique alors que nos commentaires
sont en caractères droits.
Le Sénateur,
membre de nombreuses associations, nous a fait l’honneur de nous écouter et de
nous lire en tant qu’Association des Inventeurs Salariés, mais visiblement sans
tenir compte de nos observations et de nos mises en garde, sous le
prétexte qu’il lui fallait trouver une solution équilibrée.
Le résultat
global nous semble catastrophique par son manque de réalisme sur sa conception de
la vie en entreprise et par ses positions dogmatiques, puisées au sein de
l’argumentaire des organisations patronales.
1. Préambule :
Dans l’exposé
des motifs, on note une première position dogmatique :
« Il n’est pas question d’aligner le
régime applicable aux inventeurs salariés sur celui dont bénéficient les
chercheurs des universités et des organismes de recherche publique. Un tel
mécanisme risquerait de nuire aux petites et moyennes entreprises (PME) ».
Ici, on affirme
de manière péremptoire un effet nuisible qui n’a jamais été démontré en France
par manque d’expérimentation, mais qui, par contre, n’existe pas pour les TPE et PME allemandes qui ont l’obligation de
respecter la loi commune à tous les inventeurs sur le territoire allemand.
Deuxième
position dogmatique :
« Il ne s’agit pas non plus de
transposer dans notre droit le dispositif « très complexe » qui est
appliqué en Allemagne »
Ce qui est
dénoté comme « très complexe » est toutefois appliqué au grand bénéfice de l’industrie allemande depuis 1957.
Autrement dit, les Allemands font des choses trop complexes pour que les
Français puissent en faire autant. L’esprit défaitiste qui a conduit à la
débâcle de 1940 continue, et cette mentalité d’un certain nombre de nos
parlementaires n’encourage guère à espérer un redressement de l’industrie
française.
On
note aussi, avec intérêt, que « l’objet
de cette PDL n’est pas de modifier le dispositif de la rémunération supplémentaire des chercheurs des universités et des organismes de recherche publique, qui
bénéficient d’un régime d’intéressement particulièrement avantageux et qui se
voient attribuer une rémunération correspondant à 50% des produits nets
d’exploitation des inventions jusqu’à un seuil déterminé, puis 25%
au-delà ».
En
réalité, le texte du décret n° 2005-1217 est différent du texte
précédent :
« II. - La
prime d'intéressement est calculée, pour chaque invention, sur une base
constituée du produit hors taxes des redevances perçues chaque année au titre
de l'invention par la personne publique, après déduction de la totalité des
frais directs supportés par celle-ci, et affectée du coefficient représentant
la contribution à l'invention de l'agent concerné. La prime au brevet d'invention
n'est pas prise en compte dans les frais directs.
Le montant versé à chaque agent auteur d'une invention est égal à 50 % de la
base définie ci-dessus, dans la limite du montant du traitement brut annuel
soumis à retenue pour pension correspondant au deuxième chevron du groupe hors
échelle D, et, au-delà de ce montant, à 25 % de cette base ».
La prime
d’intéressement annuelle pour l’agent public est de l’ordre de 1% du chiffre
d’affaires annuel réalisé par l’entreprise qui s’est vu accorder la licence
d’exploitation du brevet.
Malheureusement
l’affirmation précédente du Sénateur, qui se veut bienveillante pour les
chercheurs du secteur public, est incompatible avec l’alinéa 8 de la PDL qui
énonce : « Les
dispositions du présent article sont également applicables, sauf exceptions,
aux agents de l’Etat, des collectivités publiques et de toutes autres personnes
de droit public, selon des modalités qui sont fixées par décret en Conseil
d’Etat. »
Ainsi,
les dispositions des alinéas 1 à 7 s’appliquent à toutes les personnes de droit
public ; l’expression : « sauf
exceptions » n’est qu’un ensemble vide, et n’a semble-t-il qu’un rôle esthétique pour le lecteur. Telle que
présentée, cette PDL signifie donc l’abolition du régime actuel des inventeurs
du secteur public. La contradiction entre l’exposé des motifs et l’alinéa 8
laisse à penser, néanmoins, que le Sénateur est prêt à abandonner l’alinéa 8
lors des éventuels débats parlementaires, de la même manière que l’on sacrifie
une pièce au jeu d’échecs pour gagner la partie.
La
situation qui pourrait se créer par cet abandon serait inédite, puisque les
chercheurs du secteur public resteraient en dehors de l’application de la
nouvelle loi.
En
tout état de cause, le Sénateur souhaite visiblement le maintien de la
discrimination actuelle de traitement entre les inventeurs du public et ceux du
privé. Cette situation va, à notre avis, à l’encontre de la fluidité et de la
bonne collaboration des chercheurs du privé avec ceux du public.
2. Etude
de la PDL dans ses détails
Alinéa
1:
Cette
PDL reprend en apparence la solution allemande de regroupement des inventions
de mission et des inventions hors mission attribuables à l’employeur.
Mais
alors qu’en Allemagne, l’invention reste la propriété de l’inventeur tant que
l’employeur n’a pas manifesté son souhait, dans les délais prévus, de
s’approprier l’invention, ici la phrase est conquérante : «Les inventions de service appartiennent à
l’employeur ».
Cette
rédaction traduit une méconnaissance des droits de l’Homme qui veut qu’une
œuvre de l’esprit créatif de l’Homme appartienne en premier lieu à son créateur.
Il aurait fallut écrire : « Les inventions de service sont
destinées à appartenir à l’employeur, s’il le souhaite ».
Alinéa
2:
« Les inventions de service brevetables donnent obligatoirement
lieu au versement d’une juste rémunération supplémentaire ».
L’article L-611-7 du Code de la
Propriété Intellectuelle parle de droit au titre de propriété industrielle pour
une invention.
L’article L-611-2 de ce même Code
précise que les titres de propriété industrielle protégeant une invention
sont :
1° les brevets
d’invention, délivrés pour une durée de vingt ans à compter du jour du dépôt de
la demande ;
2° les
certificats d’utilité, délivrés pour une durée de six ans à compter du jour du
dépôt de la demande ;
3° les
certificats complémentaires de protection (CCP) rattachés à un brevet dans les
conditions prévues à l’article L. 611-3, prenant effet au terme légal du brevet
auquel ils se rattachent pour une durée ne pouvant excéder sept ans à compter
de ce terme et dix sept ans à compter de la délivrance de l’autorisation de
mise sur le marché mentionnée dans ce même article.
Cette durée de
sept ans a été réduite à cinq ans par un règlement de la Communauté Européenne (Voir
Régl. CE n° 1768/92 du 18 juin 1992).
La rédaction de
la PDL est réductrice des droits à rémunération de l’inventeur puisqu’elle ne
dit rien pour les certificats d’utilité.
Pour les CCP, utilisés essentiellement
dans l’industrie pharmaceutique, le dernier paragraphe de cet alinéa prévoit « un bilan d’exploitation dans un
délai compris entre cinq et vingt ans à compter de la date de réception de la
déclaration de l’invention». Les cinq années supplémentaires du CCP
s’écoulant après ces vingt ans, elles sont ainsi automatiquement exclues de la
durée d’exploitation donnant droit à une rémunération supplémentaire pour
l’inventeur.
Quel beau
cadeau du Sénateur à l’Industrie pharmaceutique au détriment des inventeurs,
qui se voient dépouillés de cinq ans d’exploitation de leur invention dans le
bilan proposé !
L’alinéa 2
continue par :
« Son montant est évalué en tenant compte de l’intérêt économique
de l’invention, des fonctions du salarié dans l’entreprise et du rôle de cette
dernière dans le processus d’invention ».
Cette phrase
comporte trois notions distinctes.
La première est
en contradiction avec le fait que « le
bilan d’exploitation sera fait par l’employeur dans un délai compris entre cinq
et vingt ans à compter de la date de réception de la déclaration de l’invention… ». Il faudrait évaluer cet
intérêt de manière annuelle jusqu’à la fin de l’exploitation commerciale. Cela
permettrait au moins de tracer une courbe permettant une extrapolation si l’on
veut déterminer cet intérêt par anticipation, avec une certaine honnêteté
intellectuelle.
La deuxième
notion semble prise au système allemand qui tient compte de la position
hiérarchique de l’inventeur dans l’entreprise pour moduler sa rémunération
supplémentaire.
La troisième
notion semble être là pour maintenir la distinction entre invention de mission
et invention hors mission attribuable.
L’alinéa 2
poursuit au deuxième paragraphe :
« Ses modalités de calcul sont déterminées et négociées dans le
cadre d’un accord d’entreprise ou, à défaut, du contrat individuel de
travail ».
C’est cette
dernière disposition qui constitue le cœur du dispositif ultralibéral proposé
par le Sénateur Yung.
Rappelons les
qualités des parties contractantes :
- D’un côté l’employeur disposant de la liberté d’édicter
ses propres règles et codes à l’intérieur de son entreprise et du pouvoir
d’écarter ou de licencier tout salarié en désaccord avec sa volonté.
- De l’autre côté un employé pouvant être menacé d’une
sanction au premier désaccord avec son employeur.
Dans ces
conditions, quoi qu’en pense le Sénateur, la liberté de contracter n’existe
pas, surtout en période de chômage, et tous les accords pourraient être viciés
par défaut réel de consentement de la partie la plus faible.
De plus, il est
fort à parier que dans le futur, si cette loi était adoptée, tous les accords
d’entreprises et les contrats de travail portant sur cette rémunération
supplémentaire en France seraient quasiment identiques, les organisations
patronales comme le MEDEF ou l’AFEP étant bien structurées et efficaces en
matière de gestion de leur employés.
Poursuivons la lecture édifiante
de cette PDL :
« Elle a un caractère forfaitaire et est versée [la juste
rémunération !] dans un délai maximum de un an à compter de la date
de réception de la déclaration de l’invention, y compris lorsque l’inventeur a
quitté l’entreprise. Elle peut être versée en plusieurs fois ».
A cette date
proche de la date de la fin du droit de priorité, l’employeur s’interroge en
général sur l’opportunité d’étendre à l’étranger la demande de brevet
prioritaire.
Comment peut-on
parler de juste rémunération à cette date, alors que la valeur de l’invention
reste inconnue dans la majorité des domaines techniques ? Cette
disposition devrait provoquer l’hilarité consensuelle des employeurs et des
inventeurs. Devant cette incertitude de la valeur de l’invention, le versement
d’une poignée de cacahuètes à l’inventeur par l’employeur sera totalement
justifié. Que cette poignée arrive en plusieurs fois pourrait agacer
l’inventeur.
Le paragraphe
suivant a pour but d’essayer de corriger les déficiences des mesures qui
précèdent :
« Dans un délai compris entre cinq et vingt ans à compter de la
date de réception de la déclaration d’invention, un bilan d’exploitation de
l’invention est établi par l’employeur et communiqué à l’inventeur, y compris
lorsque ce dernier a quitté l’entreprise. Ce bilan prend en considération les
éléments directs et indirects d’exploitation. Si les éléments de ce bilan font
apparaître que l’invention a procuré des avantages substantiels à l’entreprise,
une nouvelle rémunération supplémentaire est versée à l’inventeur dans un délai
maximum de un an à compter de la date de réception du bilan
d’exploitation ».
Il semble qu’il
serait plus facile et plus juste, car cela figure de toute façon dans les
comptes de l’entreprise, de faire des bilans annuels d’exploitation jusqu’à la
fin des droits de propriété industrielle, certificat complémentaire de
protection (CCP) compris.
En réalité, le
calcul du Sénateur semble être le suivant :
Maintenir l’inventeur
dans l’ignorance du bilan commercial lié à son invention pendant cinq à vingt
ans, pour l’inciter plus facilement, par son maintien à jeun, à accepter une
somme forfaitaire pour solde de tout compte en guise de rémunération
supplémentaire. De plus cette somme semblera plus importante que les montants
de versements annuels. De toute façon, l’inventeur ne fera pas
l’investissement d’une invention pour ne récolter que 20 ans plus tard une
hypothétique rémunération basée sur des bilans réalisés unilatéralement par
l’employeur et invérifiables par lui-même. Cette PDL est plutôt de nature démotivante , donc contraire à l'objectif recherché .
Tout est fait
pour s’éloigner du système proportionnel au résultat d’exploitation et estimé
annuellement, qui est celui de l’Allemagne ou de la Chine.
On remarquera
que le Sénateur Yung ne propose pas d’attendre cinq à vingt ans pour la
distribution de bonus ou d’autres avantages pour les dirigeants d’entreprises,
ni pour la remise des dividendes aux actionnaires. Pourquoi ne pas leur donner
ces sommes dans un délai de cinq à vingt ans à compter de leurs participations
à la vie et à l’essor de l’entreprise ? Pourquoi les inventeurs salariés
en France sont-ils considérés dans l’entreprise comme des
« intouchables » par rapport aux gestionnaires et aux actionnaires ?
On peut par
ailleurs s’interroger sur la signification de l’expression : « des avantages substantiels à
l’entreprise », des terme flous qui risquent de provoquer un
engorgement du travail des magistrats de l’unique TGI de Paris demeuré
compétant en matière de brevets. C’est peut être d’ailleurs l’effet recherché
par le pouvoir économique français.
L’alinéa 4 pose
aussi problème : « L’INPI et
ses délégations régionales mettent à la disposition des employeurs et des
salariés qui en font la demande des experts chargés de les informer de leurs
droits et de les conseiller sur les modalités de fixation de la rémunération
supplémentaire ».
Cette mesure
est inutile dans la mesure où lesdits experts n’existent pas encore, et du fait
que les employeurs ont les moyens de se faire une idée personnelle, tandis que
les inventeurs salariés peuvent demander conseil à l’AIS ou directement aux
avocats pour des raisons de confidentialité. L’argent public ainsi libéré
pourrait être mieux utilisé, par exemple, pour contribuer à mettre une prison
française aux normes européennes obligatoires, ou pour toute autre mesure
d’intérêt public...
L’article 2 de cette PDL énonce :
« Les entreprises disposent d’un délai de deux ans à compter de la
publication de la présente loi pour mettre en conformité, à peine de nullité,
les accords d’entreprises ou, à défaut, les contrats individuels de travail
avec les dispositions de l’article 611-7[art.1 précédent] du code de la propriété intellectuelle.
On remarquera
que les organismes publics échappent à la sanction de ce dernier article, bien
que l’alinéa 8 indique que les dispositions de l’Art. 611-7 sont applicables à
toute personne de droit public.
Cette nouvelle
discrimination est-elle légale aux yeux du Conseil Constitutionnel ?
3. Conclusions :
La PDL du
Sénateur socialiste Richard Yung est une régression par rapport à la situation
actuelle des inventeurs du secteur privé. Le sort des inventeurs du secteur
public reste incertain par l’existence de contradictions rédactionnelles dans
cette PDL.
Le Sénateur se
révèle être un ardent défenseur de l’ultralibéralisme ambiant qui a déjà fait
des dégâts dans la sphère financière et pour l’économie en général.
Cette PDL
constitue, en effet, une attaque en règle contre les acteurs principaux de
l’Innovation technologique en France dont l’industrie a tant besoin.
Jean-Pierre Kaplan
jean-pierre.kaplan@laposte.net
Proposition de loi YUNG (1)
La proposition
de loi n° 2288 de la députée Colette LE MOAL (NC) a été retirée
précipitamment le 6 avril 2010 sur injonction du Gouvernement et du
MEDEF.
Il
existe une autre proposition de loi sur le même sujet du sénateur (PS) Richard
YUNG. A la date du 2 juin 2010 elle n'a pas encore été enregistrée au
Bureau du Sénat à notre connaissance.
Nous
en reproduisons ci-dessous le texte, à l'exclusion de son exposé des motifs.
Cette
proposition si par malheur elle devait donner lieu à une loi, serait pour la
recherche et l'innovation technologique en France un arrêt de mort, le coup de
grâce donné par un véritable "pavé de l'ours".
En
effet le sénateur YUNG propose :
- une rémunération forfaitaire de l'invention,
tenant compte de la valeur économique de l'invention et payée dans un
délai maximum d'une année à compter de la déclaration d'invention du
salarié à l'employeur
- un délai de 5 à 20 ans pour présenter à
l'inventeur un bilan de l'exploitation de l'invention, lequel si
l'invention a procuré des avantages substantiels , doit être suivi dans un
délai d'un an par un complément de rémunération.
- de remplacer par ce nouveau régime le système
actuel des rémunérations d'inventions de salariés du secteur public, régi
depuis 1996 par le décret du 2/10/1996 puis par celui du 13/02/2001 et par
le décret du 26/09/2005 : 50% des redevances d'exploitation jusqu'à un
plafond annuel de 67000 € en 2010, 25% des redevances de licence
d'exploitation au-dessus, sans plafonnement.ni limitation de durée autre
que la durée d'exploitation de l'invention et de vie du brevet.
Autrement dit ce serait le retour pour tous, secteurs privé et public
confondus, au système antérieur à la loi du 13/07/1978 !!! Où régnait
exclusivement la loi du plus fort.
Selon
ce système les "rémunérations forfaitaires tenant compte de la valeur
économique de l'invention" (comme spécifié par exemple par la Convention
collective de la Chimie) signifiaient zéro Franc pour 80% des inventeurs,
1 mois de salaire pour des inventions courantes (18%) et 3 mois de salaire de
l'inventeur pour des inventions exceptionnelles (2%) !...
Et
comment pourrait-on juger de la valeur économique de l'invention 1 an seulement
après la déclaration du salarié, alors que la demande de brevet vient à peine
d'être déposée et que généralement l'invention n'a pas encore
commencé à être exploitée commercialement ?
Selon
ce projet l'employeur pourrait attendre 20 ans pour présenter un bilan
d'exploitation à l'inventeur en vue d'un complément de prime...forfaitaire..alors
que dans le régime actuel du décret du 13/02/2001 (1996) la rémunération
supplémentaire (appelée intéressement) est calculée et payée annuellement aux inventeurs !
En
effet il est unanimement admis (fisc, jurisprudence) y compris par les
employeurs que ces rémunérations d'inventions selon L. 611-7 du CPI sont des compléments
de salaire.Or conformément à l'ancien article 2277 du Code civil
(nouvel article 2254 après la réforme de la prescription civile par la loi du
17 juin 2008) les éléments de salaire doivent être payés selon une
périodicité au maximum annuelle. (Une partie minoritaire
de la doctrine soutient le contraire, en invoquant des remboursements de frais
ou des paiements de jours de congés au salarié à l'issue de procédures devant
les Prud'Hommes.Il s'agit d'exceptions qui n'enlèvent rien à l'exigence de
principe d'une périodicité inférieure ou égale à 12 mois pour les éléments du
salaire).
La
proposition YUNG ne peut que combler d'aise le MEDEF tellement elle va même
en-deçà des propositions officieuses du MEDEF contenues dans l'Avis du CSPI
élaboré par le GT/IS du CSPI en 2008, lui- même désastreux pour les salariés
(Avis encore théoriquement confidentiel mais secret de Polichinelle, remis fin
2008 à la ministre Christine Lagarde).On comprend donc que, selon nos
informations, la proposition YUNG soit soutenue par le MEDEF...après que celui-
ci ait réussi le 6 avril 2010 à obtenir le retrait de la proposiiton Le MOAL...
La
proposition YUNG est une régression totale.La destruction de tout ce qui a été
fait en faveur des salariés auteurs d'inventions et de l'innovation
technologique depuis 1978...proposée par un sénateur socialiste - un "pavé de l'ours" mortel - alors que la proposition de loi Le
MOAL émane d'un député Nouveau Centre et est soutenue par le NC ainsi que par
une large partie - sinon la majorité - des députés UMP ! !
Le
danger pour les chercheurs - inventeurs salariés du public comme du
privé est IMMINENT. L'approche de la période des
vacances et de la fin de la session parlementaire pourrait favoriser un dépôt
et un vote en catimini de la proposition de loi YUNG en 1ère lecture au
Sénat....
Nous
invitons tous les inventeurs salariés lecteurs de ce blog y compris ceux du
secteur public (CNRS, INSERM, INRA...laboratoires universitaires) à prendre
contact avec l'Association des Inventeurs Salariés (AIS) http://www.inventionsalarie.com , qui ainsi
que l'auteur de ces lignes, est totalement défavorable à cette proposition de loi YUNG .
Jean-Paul Martin
Communiqué aux Inventeurs
salariés du secteur public et du secteur privé
La proposition de loi N° 2288 de Madame la députée Le Moal est en cours de ré examen avant d’être présentée
de nouveau en commission à l’Assemblée Nationale
L’AIS vous a précédemment
informé qu’une autre proposition de loi (PDL) du Sénateur YUNG risquait d’être
élaborée par ce dernier contre l’avis de l’association des inventeurs salariés (AIS).
Cette proposition est totalement
inacceptable et l’AIS s’est exprimée, à plusieurs reprises, en ce sens auprès
de son auteur.
En effet, elle est en totale
régression avec la législation actuelle : la Loi du 26 novembre 1990 du
Code de la propriété Intellectuelle.
De plus, elle s'attaque par
l'alinéa 8 de son premier article aux dispositions actuelles réglementant la
rémunération des inventeurs du secteur public.
Nous prions les inventeurs
salariés du secteur public de se manifester par tout moyen pour s’opposer à
cette attaque de leur régime de rémunération. Un courrier AIS a été adressé à
de nombreux inventeurs du CNRS pour les informer de cette situation, avec copie
de cette proposition Yung que nous rappelons ci-dessous (pour ceux qui ne
l’auraient pas reçue)
Par souci de transparence,
nous donnons ci-après copie de cette PDL en cours de finalisation par le
Sénateur YUNG pour que les IS puissent en juger par eux-mêmes et réagir en
conséquence :
« PROPOSITION DE LOI YUNG :
Article unique
L’article 611-7 du code de la propriété intellectuelle
est rédigé comme suit :
« Si l’inventeur est salarié, le droit au titre de
propriété industrielle, à défaut de stipulation contractuelle plus favorable au
salarié, est défini selon les dispositions ci après :
« 1. Les inventions de salarié peuvent être des
inventions de service ou des inventions hors service.
« Les inventions de service sont celles qui sont
faites par le salarié :
« - soit dans l’exécution d’un contrat de travail
comportant une mission inventive qui correspond à ses fonctions effectives ;
« - soit dans l’exécution d’études et de recherches
qui lui sont explicitement confiées ;
« - soit dans le cours de l’exécution de ses fonctions
;
« - soit dans le domaine des activités de l’entreprise
;
« - soit par la connaissance ou l’utilisation des
techniques ou de moyens spécifiques à l’entreprise, ou de données procurées par
elle.
« Les inventions de service appartiennent à
l’employeur.
« Toutes les autres inventions sont des inventions
hors service et appartiennent au salarié.
« 2. Les inventions de service donnent obligatoirement
lieu au versement d’une juste rémunération supplémentaire.
« Son montant est évalué en tenant compte de l’intérêt
économique de l’invention, des fonctions du salarié dans l’entreprise et du
rôle de cette dernière dans le processus d’invention. Ses modalités de calcul
sont déterminées et négociées dans le cadre d’un accord d’entreprise ou, à
défaut, du contrat individuel de travail.
« Elle a un caractère forfaitaire et est versée dans
un délai maximum de un an à compter de la date de réception de la déclaration
de l’invention, y compris lorsque l’inventeur a quitté l’entreprise. Elle peut
être versée en plusieurs fois.
« Dans un délai compris entre cinq et vingt ans à
compter de la date de réception de la déclaration de l’invention, un bilan
d’exploitation de l’invention est établi par l’employeur et communiqué à
l’inventeur, y compris lorsque ce dernier a quitté l’entreprise. Ce bilan prend
en considération les éléments directs et indirects d’exploitation. Si les
éléments de ce bilan font apparaître que l’invention a procuré des avantages
substantiels à l’entreprise, une nouvelle rémunération supplémentaire est
versée à l’inventeur dans un délai maximum de un an à compter de la date de
réception du bilan d’exploitation.
« 3. Lorsque plusieurs salariés sont auteurs d'une
même invention de service, la rémunération supplémentaire est déterminée en
fonction de la contribution respective de chacun d'eux à l'invention.
L’employeur doit informer les inventeurs du montant total de la rémunération
supplémentaire et de la part attribuée à chacun d’eux.
« 4. L’Institut national de la propriété industrielle
et ses délégations régionales mettent à la disposition des employeurs et des
salariés qui en font la demande des experts chargés de les informer de leurs
droits et de les conseiller sur les modalités de fixation de la rémunération
supplémentaire.
« 5. Tout litige relatif à la rémunération
supplémentaire est soumis à la commission de conciliation instituée par
l’article L. 615-21 ou au tribunal de grande instance.
« 6. Le salarié auteur d’une invention en informe par
écrit son employeur qui en accuse réception selon les modalités et des délais
fixés par voie réglementaire.
« Le salarié et l’employeur doivent se communiquer
tous renseignements utiles sur l’invention en cause. Ils s’abstiennent de toute
divulgation de nature à compromettre en tout ou en partie l’exercice des droits
conférés par le présent livre.
« Tout accord entre le salarié et son employeur ayant
pour objet une invention de salarié doit, à peine de nullité, être constaté par
écrit.
« 7. Les modalités d’application du présent article
sont fixées par décret en conseil d’Etat.
« 8. Les dispositions du présent article sont
également applicables aux agents de l’Etat, des collectivités publiques et de
toutes autres personnes morales de droit public, selon des modalités qui sont
fixées par décret en Conseil d’Etat. »
Article 2
Les entreprises disposent d’un délai de deux ans à
compter de la publication de la présente loi pour mettre en conformité, à peine
de nullité, les accords d’entreprise ou, à défaut, les contrats individuels de
travail avec les dispositions de l’article 611-7 du code de la propriété
intellectuelle. »
La loi française sur les
inventeurs et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
par Jean-Florent Campion, Ingénieur
Chimie Paris Tech, Master en Droit Privé option Propriété Industrielle (Université
Paris 2 Assas).
Les créateurs salariés de production scientifique ne bénéficient pas des mêmes protections selon que
leurs créations sont protégées par le régime du droit d’auteur ou par le régime
des brevets. Ces protections sont-elles suffisantes ? Ces protections
sont-elles en accord avec les différents traités internationaux ?
Pour les droits moraux et les
droits patrimoniaux des inventeurs, la Déclaration universelle des
droits de l’homme ratifiée par la France est applicable.
L’article 27* stipule
que :
Toute personne a le droit de
prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts
et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.
Chacun a droit à la
protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique,
littéraire ou artistique dont il est l’auteur.
Cette déclaration a été
complétée par l’article 15 du Pacte international** relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels , entré en vigueur le 3 janvier 1976, et qui
est en principe applicable directement par les juridictions des États
signataires ; la France l’a signé en 1980 avec une réserve sur l’article
27 concernant les minorités. L’article 15 est rédigé de la manière
suivante :
1. Les Etats parties au
présent Pacte reconnaissent à chacun le droit:
a) De participer à la vie
culturelle;
b) De bénéficier du progrès
scientifique et de ses applications;
c) De bénéficier de la
protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production
scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur.
2. Les mesures que les Etats
parties au présent Pacte prendront en vue d'assurer le plein exercice de ce
droit devront comprendre celles qui sont nécessaires pour assurer le maintien,
le développement et la diffusion de la science et de la culture.
3. Les Etats parties au
présent Pacte s'engagent à respecter la liberté indispensable à la recherche
scientifique et aux activités créatrices.
4. Les Etats parties au
présent Pacte reconnaissent les bienfaits qui doivent résulter de
l'encouragement et du développement de la coopération et des contacts
internationaux dans le domaine de la science et de la culture.
Le texte emploie clairement
le terme "production scientifique". Les Nations-Unies indiquent la
définition suivante*** pour ce terme :
« Le comité
considère que la formule « toute production scientifique, littéraire ou
artistique », au sens du paragraphe 1 c) de l’article 15, renvoie aux
œuvres de l’esprit, c’est-à-dire les « productions scientifiques »,
telles que les publications scientifiques et les inventions scientifiques,
y compris le savoir, les innovations et les pratiques des communautés autochtones
et locales et les « productions littéraires et artistiques », telles
que les poèmes, les écrits, les peintures, les sculptures, les compositions
musicales, les œuvres dramatiques et cinématographiques, les représentations et
les traditions orales. »
On trouve sur les sites du
CNRS****, un des principaux organismes français de recherche, la définition
suivante :
"La "page" des
"Productions scientifiques" de l’institut, vous permettra de
consulter l’ensemble des publications, thèses, communications, brevets...
produits par notre laboratoire."
On peut donc affirmer que les
inventions (brevetables ou non) font partie des productions scientifiques.
L’article 55 de la
Constitution française attache une autorité supérieure à la convention
internationale par rapport à celle de la loi interne. Autrement dit, le
législateur français, et l’exécutif, ne peuvent adopter des dispositions
contraires aux dispositions d’un traité international conclu et ratifié par la
France. En conséquence, un juge français se doit d’adopter l’une des deux
attitudes suivantes :
- Soit la loi est antérieure au
traité, et le juge doit alors considérer que celle-ci a été abrogée par le
traité. Il abandonne la loi interne et applique le traité.
- Soit la loi est postérieure
au traité, et alors le juge doit laisser inappliquée la loi au profit du
traité, puisque le législateur n’a pas la possibilité d’adopter une loi allant
à l’encontre d’un texte international qui lie la France.
Que dit la loi française
actuellement ? La loi française concernant la protection des intérêts
moraux et matériels des inventeurs salariés d’inventions brevetables se résume
ainsi :
- Pour les intérêts moraux, un
inventeur a le droit d’être ou de ne pas être cité dans le ou les brevets
concernant son ou ses inventions dans le cas où son invention est brevetable.
Dans le cas du logiciel, qui
a été rattaché un peu arbitrairement au droit d’auteur et n’est pas brevetable,
le droit d’auteur s’applique avec les restrictions suivantes : l’inventeur
ne peut s’opposer à la modification du logiciel sauf lorsqu’elle est
préjudiciable à son honneur ou à sa réputation, ni exercer son droit de
repentir ou de retrait.
- Pour les intérêts matériels,
l’employeur est propriétaire ab initio de l’invention brevetable si celle-ci est réalisée dans le cadre d’une mission
de recherche. L’inventeur doit recevoir néanmoins une rémunération
supplémentaire. Dans le cas d’une invention dite hors mission attribuable,
l’employeur peut se faire attribuer l’invention en contrepartie d’un « juste
prix ». Dans ce cas on peut estimer que le brevet concernant l’invention
est la propriété ab initio de
l’inventeur.
Dans le cas d’un
logiciel, l’invention est la propriété ab
initio de l’inventeur mais avec une dévolution obligatoire à l’employeur.
Aucune rémunération supplémentaire ou « juste prix » n’est prévue par
la loi.
Dans le cas des intérêts
moraux des inventeurs d’inventions brevetables au sens de la loi française, il
apparaît clairement que les droits qui sont explicitement cités dans la loi
sont notablement insuffisants et en l’état sont en contradiction avec la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et le Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
On peut considérer que a minima un droit de paternité et de
citation obligatoire devrait est mis en place. L’inventeur a droit à une
reconnaissance morale et publique, et à la publicité de son invention.
On peut aussi considérer que
dans le cas d’inventions pouvant concerner la dignité et les droits humains
fondamentaux***** (droit à la santé dans le cas des médicaments par exemple) un
droit de retrait devrait être possible lorsque la situation
est préjudiciable à l’honneur ou à la réputation de l’inventeur.
Dans le cas des intérêts
matériels, il apparaît que l’attribution ab
initio du titre de propriété concernant l’invention brevetable de mission
est en contradiction avec la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme et avec le Pacte
International relatif aux droits économiques, sociaux et culture. On dépouille
l’inventeur de sa création. La loi prévoit une rémunération supplémentaire
obligatoire mais aucune référence à un « juste prix » n’est
explicitée dans la loi. Logiquement, la jurisprudence prend quasi
systématiquement la valeur de l’invention pour la base du calcul de la
rémunération supplémentaire.
Pour les logiciels, la
dévolution automatique n’est pas assortie d’une compensation financière automatique
en fonction de la valeur économique, ce qui est contraire aux principes de base
de la notion de protection des conditions matérielles. Comment pourrait-on
justifier que l’on protège les droits matériels si on retire la propriété de la
création sans aucune rétribution en échange ?
En conclusion : les
attributions ab initio en faveur des
employeurs et l’absence de compensation financière équitable systématique pour
les inventeurs salariés dans le cadre d’une mission de recherche telles
qu’elles sont stipulées dans la loi française, sont contraires à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et au Pacte International relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. En
application de l’article 55 de la Constitution française, tous les articles de
loi relatifs à ces dispositions sont inapplicables.
*http://www.un.org/fr/documents/udhr/#a27
**http://www2.ohchr.org/french/law/cescr.htm
*** http://www.aidh.org/ONU_GE/Comite_Drteco/Images/OG17-Droit-auteur.pdf
****http://www.icmcb-bordeaux.cnrs.fr/publication/breve.html
*****http://www.europarl.europa.eu/comparl/libe/elsj/charter/default_fr.htm
Rémunération des
inventeurs salariés (1) : Le vent souffle
dans la bonne direction.
(1) inventeurs salariés du secteur privé - les inventeurs salariés du secteur public
ayant un régime de rémunération bien déterminé et plus favorable
Le 11 février 2009 la cour de justice anglaise en charge des brevets a
donné la première rémunération supplémentaire pour des inventeurs salariés
suivant le Patent Act 1977.
Les sommes accordées sont à ce jour les rémunérations records en Europe
pour des inventeurs salariés.
Les deux inventeurs en question ont reçu
respectivement 1 million et 0.5 million de livres sterling (1livre = 1,17 euro). Dr
Kelly et Chiu, chercheurs à Amersham International plc (Amersham) (Maintenant
GE Healthcare Limited), faisaient partie d'une équipe qui a synthétisé un
composé utilisé pour un procédé
d'imagerie radioactif breveté (Myoview).
Les demandes de brevets ont été déposées
à la fin des années 1980 et le produit Myoview a été commercialisé en 1994.
Les coûts totaux de recherche et de
développement, pour aboutir à la création de Myoview, ont été estimés à 2,4
millions de livres sterling. Le chiffre d’affaires des ventes de Myoview dès la
première année a été de 4.47 millions de livres sterling et pour la troisième
année le chiffre d’affaires des
ventes a dépassé les 20 millions de livres sterling.
Le chiffre d’affaire total des ventes
dépasse à ce jour les 1,3 milliards de livres sterling.
M. Chiu, qui avait rejoint Amersham fin 1985, a quitté la société
après environ deux ans d’emploi, ayant gagné entre 12 000 et 15 000 livres
sterling par an. M. Kelly a gagné entre 23 000 et 71500 livres sterling par an. Il a introduit
une demande d'indemnisation (avec M. Chiu) deux mois avant sa retraite à la fin de 2003. On constate
la grande différence entre leurs salaires et le bénéfice pour leur entreprise.
Le tribunal a déclaré: “The benefits of the patents in GE
Healthcare went far beyond what could normally be expected from the
employees’ assigned work “.
Le tribunal a attribué la rémunération supplémentaire
en se basant sur le bénéfice connu du produit “The
court applied a 3% share to the employer’s benefit as a just and fair award to
the employees, and apportioned 2% to Dr Kelly (£1 million) and 1% to Dr Chiu
(£500,000). The resulting amounts were, the court observed, about three days of
the profits that Amersham had gained from the commercial exploitation of
Myoview. ».
On reste dans une proportion
faible du chiffre d’affaires généré par l’invention.
Ces deux
inventeurs rejoignent la liste des inventeurs prolifiques que la justice a
rétablis dans leur droit. On trouve dans cette liste :
France:
La rémunération
supplémentaire la plus élevée ( 609 796€ ) a été versée par le groupe
pharmaceutique Hoechst-Roussel, condamné en 1997 par la 4ème chambre de la Cour
d’appel de Paris , à gratifier l’inventeur d’une molécule pour le
traitement du cancer de la prostate. Pour fixer le montant de cette
rémunération supplémentaire, le juge a pris en considération le succès
commercial de l’invention, celle-ci ayant généré un chiffre d’affaires de plus
de 100 millions d’euros.
On a rapporté des cas non encore publiés en 2008 et
2009 dépassant le million d’euros, mais avec plusieurs inventeurs et cela
uniquement en première instance.
Allemagne:
La cour de
justice de Düsseldorf a attribué en 2004 la somme de 823 671 euros concernant la
BE GmbH & Co. KG (OLG Düsseldorf, decision of 4 March2004, case no
2U123/97)
Japon :
In 2004,
le tribunal de Tokyo attribua $189 million dans le cas Nakamura /Nichia, inventeur
de la diode bleu (Tokyo District Court, 30 Jan2004, Hanrei Jiho 1852-36).
Ce montant fut réduit par un accord à
$ 8.1 millions
On note
aussi un autre cas important en 2006
Hitachi (¥163millions soit 1.3
M euros) (Supreme Court, 17 October 2006,
Minshu 60-8-2853/Hanrei Jiho1951-35).
Qu’en est-il de la proposition de loi (PPL) N° 2288 en
faveur de la recherche et de l’innovation salariée ?
Elle a reçu les nombreux soutiens ci-dessous :
1- le Président de la République s’est à plusieurs fois exprimé en
faveur d’une réforme :
A Aix en Provence le 07 avril 2009 : « …ouvrir une
négociation sur les rémunérations de inventeurs salariés … L’Allemagne, qui est
un modèle en la matière, récompense l’ingéniosité des Inventeurs salariés… »
Au Congrès à Versailles le 22 juin 2009 : « une
place plus grande doit être faite aux inventeurs, aux créateurs .. »
2- le CNISF représentant les 800 000 ingénieurs et
scientifiques de France soutient cette proposition de Loi
Lettre du 26 mars (en copie sur ce site) : « je
tiens à vous exprimer notre soutien à cette proposition de loi … se tient à
disposition pour participer à cette action .. "
3- Recommandation des Etats Généraux de l’Industrie en
accord avec cette PPL :
Proposition 5.8 : « amélioration du système de
rémunération des inventions de salariés ….l’imprécision de la loi de 1990 est
préjudiciable …il conviendrait de compléter les lois et règlements actuels …il
serait souhaitable que celle-ci soit liée à la valeur économique de l’invention..... »
4- Faveur de très nombreux députés :
Bien avant son premier examen en commission, de très
nombreux députés ( plus de 50 ) ont cosignés cette proposition de loi en faveur
de la recherche et de l’innovation salariée .
5- Soutien total de l’Association des Inventeurs Salariés
représentants ces nombreux inventeurs réalisant jusqu’à 90% de la totalité des
Inventions en France
6- les nombreuses lettres d’intention du Gouvernement et de la Présidence (visibles sur ce site) :
Le chef de cabinet (Franck Robine) du Premier Ministre en date du 22 avril 2008
Le chef de cabinet du Président de la République (Cédric
Goubet) le 30 avril 2008
La
Ministre Christine Lagarde le 14 mai 2008
Le Présidence de la République, par l'intermédiaire de son secrétaire
général adjoint Xavier Musca, écrit une lettre, en date du 4 mai 2009
Aux dernières nouvelles, cette proposition de loi devrait
réapparaître, après réécriture, sur la scène politique. Elle n’est retirée que provisoirement.
Le manque de compétitivité de l’industrie française :
Trop de prélèvements sociaux ou problème de créativité ?
Un article du Monde du 22 avril 2009, signé par Stéphane
Lauer et Isabelle Rey Lefebvre, a comme titre :
« Le manque de compétitivité étouffe l’industrie
française. En dix ans, les marges des entreprises se sont effondrées de près de
50%, une exception en Europe ».
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/04/21/le-manque-de-competitivite-etouffe-l-industrie-francaise_1340630_3234.html
D’après M. Yvon Jacob, président du groupe des fédérations
industrielles (GFI) qui représente environ 75% de l’industrie française : «
Ce phénomène est l’illustration de la baisse de compétitivité de nos
entreprises qui doivent assumer des coûts de production trop élevés à cause de
la fiscalité sur les moyens de production. En France les prélèvements sociaux
représentent 11% du produit intérieur brut…..contre 6% en Allemagne. En dix ans
la part de ses exportations dans celles de l’Europe est passée de 16,7% à 13,5% ».
Dont acte à M. Jacob. Mais n’y a-t-il pas d’autres critères
à prendre aussi en compte ?
Si un produit manufacturé français ne comporte pas un petit
plus par rapport à ceux de la concurrence, à savoir un zeste d’intelligence, un
design, une qualité reconnue par une marque notoire, l’exportateur français,
pour vendre un produit sans originalité particulière, est obligé de jouer sur
la baisse du prix de vente.
En France, à l’exception de l’industrie pharmaceutique, la
propriété industrielle n’est pas assez mise en œuvre par les entreprises
françaises. Cela nécessite bien évidemment une recherche-développement efficace
en amont.
L’OCDE en 2008
a souligné que l’Allemagne avait environ deux fois plus
de brevets triadiques (US, Europe, Japon) par million d’habitants que la France (http://www.oecd.org/document/41/0,3343,fr_2649_34273_41564137_1_1_1_1,00.html).
Au lieu de prendre à bras le corps le problème de cette déficience, les entreprises françaises
donnent l’impression, par la voix du MEDEF et de l’AFEP, de toujours demander
des allégements de charges dans le but probable de pouvoir diminuer le prix de
vente de produits sans propriété industrielle associée.
Il ne faut pas se leurrer, dans le monde actuel, dit
« mondialisé », la banalité de
la production d’une industrie entrainera à terme sa disparition, face aux
géants comme la Chine
ou l’Inde.
La société française doit prendre conscience que son élite
technocratique n’arrivera pas à elle toute seule à sauver l’industrie, et que
l’espoir repose plutôt sur son élite créative dont les inventeurs font partie.
Pour l’instant, les entreprises françaises n’incitent pas suffisamment les
inventeurs au succès par manque d’incitation financière, seule la position
hiérarchique a de l’importance : il vaut mieux administrer, gérer ou diriger
que créer.
Jean-Pierre Kaplan
Les tribunaux donnent des rémunérations supplémentaires en rapport avec la valeur
économique de l’invention :
LABORATOIRE GOEMAR ,
Sociétés ELF et L’OREAL sont condamnées
à verser à des inventeurs salariés respectivement 26 000 , 85 000, 106 000
euros .
Ces jugements récents (2010
et fin 2009) sont disponibles sur la base de données de la jurisprudence de
l’INPI : http://base-jurisprudence.inpi.fr/cindocwebjsp/
Cette base qui reste incomplète** est
néanmoins un outil fort utile pour connaitre la jurisprudence.
** 2 jugements de 2008 et
2009 avec des rémunérations supplémentaires supérieures à 400 000 euros sont
étrangement absents.
Les extraits de Jugements
sont donnés en page : « Jurisprudence » de ce site .
On constate que les
tribunaux donnent une rémunération
supplémentaire en rapport avec la valeur économique de l’invention alors que
les sociétés en cause ne proposent que des sommes forfaitaires de faibles
montants (entre 1000 et 3000 euros).
La position du MEDEF , entendue
récemment lors des auditions du projet de loi sur la rémunération des
inventeurs salariés de la député Nouveau Centre Mme Le Moal qui propose
l’intégration de la valeur économique de l’invention dans le montant de la
rémunération supplémentaire, est
contredite par les faits réels.
Heureusement il reste
l’institution judiciaire pour faire appliquer la loi.
Visiblement les jeunes (inventeurs salariés) retraités du Baby-Boom , commencent à réclamer
leurs droits.
Soutien du CNISF à la proposition de Loi 2288 en faveur de la Recherche et de l'Innovation salariée
Le CONSEIL NATIONAL DES INGENIEURS ET DES SCIENTIFIQUES DE FRANCE représentant les 800 000 Ingénieurs et Scientifiques de France soutient la proposition de Loi de Madame Colette Le MOAL déposée en Février 2010 auprés de L'Assemblée Nationale. Par ailleurs, le CNISF " se tient à disposition pour participer à cette action .. "
Cette proposition de Loi a également été co-signée par de trés nombreux Députés bien avant son début d'examen en Commission
Elle a le soutien total de notre Association AIS représentant les Inventeurs Salariés réalisant jusqu'à 90% des inventions en France
Malgré ces importants soutiens et, pour des raisons totalement inexpliquées, elle a apparemment été retirée de l'ordre du jour ...




Communiqué de Presse de l' AIS donné aux médias - 06 avril 2010-
Innovation technologique et rémunération des inventeurs
salariés :
« Un grand pas en avant ».
L’Association des
Inventeurs Salariés (AIS) salue l’initiative de Mme Colette Le Moal, Nouveau
Centre, députée des Yvelines, concernant la rémunération des inventeurs
salariés auteurs de brevets exploités, inventeurs dont le Président de la République Nicolas
Sarkozy a reconnu l’importance.
La proposition de
loi 2288 va permettre de conjuguer justice et efficacité : encourager et
récompenser les « trouveurs » des entreprises françaises et par conséquent
accroître la compétitivité nationale en soutenant l’innovation technologique.
La demande des inventeurs a été clairement entendue : la rémunération devrait
être proportionnelle à la valeur de l’invention.
Jean-Pierre Kaplan,
président de l’AIS, a déclaré : « Nous
sommes satisfaits, à la fois pour les inventeurs, mais aussi pour notre pays,
dont le retard dans l’innovation technologique et le nombre insuffisant de
brevets ont des conséquences dramatiques pour l’industrie, l’emploi et la
balance commerciale ».
Jean-Florent Campion, prix Chereau-Lavet de
l’ingénieur-inventeur 2008 de la
Fondation de France a ajouté : « Allemagne, Japon, Pays
Scandinaves et récemment la
Chine, récompensent leurs chercheurs qui trouvent. Il est
temps que la France
se repositionne dans la course internationale à l’innovation ».
Internet : http://www.inventionsalarie.com/
Contact : AIS, guy.devulder@laposte.net
La Chine bouge … La
France piétine
La Chine bouge en faveur de ses inventeurs (voir publication
précédente sur ce site et sur le Blog de Jean-Paul Martin : http://jeanpaulmartin.canalblog.com/ ).
Pendant ce temps le gouvernement français se contente de lancer un débat
nombriliste sur l’identité nationale, au lieu de prendre toutes les mesures
utiles pour renforcer l’innovation technologique (brevets) en France.
Depuis avril 2008, l’AIS ne
cesse d’alerter le pouvoir exécutif sur cette problématique.
Vous trouverez ci-après notre
deuxième courrier en date de décembre 2009 adressé à Monsieur le Président de la République et à Madame la Chancelière de la République Fédérale
d’Allemagne ( en langue germanique pour elle) .
Dr. Jean-Pierre Kaplan
8 rue Ferdinand Lot Le 19 décembre 2009
92260 Fontenay aux Roses Den 19. Dezember 2009
FRANCE
à
Monsieur le Président de la
République Bundeskanzleramt
Palais de l’Elysée Bundeskanzlerin
55 rue du Faubourg St Honoré Frau Dr. Angela Merkel
75008 PARIS Willy-Brandt-Strasse 1
FRANCE 10557 BERLIN ALLEMAGNE
Madame la Chancelière de la République Fédérale
d’Allemagne,
Monsieur le Président de la République française,
L’Association des Inventeurs
Salariés (AIS) a été créée en France en 2004 pour défendre les intérêts des
inventeurs salariés français. La créativité des individus est une qualité
essentielle pour affronter le futur et permettre une adaptation au monde ainsi
qu’à l’accélération de ses changements. La créativité des inventeurs en
technologie conduit naturellement à des brevets pouvant couvrir tous les pays
et conférer ainsi des avantages concurrentiels indéniables à l’heure de la mondialisation. Les
situations de monopoles temporaires procurés par les brevets permettent à
l’entreprise titulaire d’obtenir des marges plus importantes, et lui évitent
ainsi de faire appel aux délocalisations
afin d’obtenir un moindre coût de main d’œuvre.
Une bonne reconnaissance
sociale et pécuniaire des inventeurs est un facteur essentiel de motivation
pour chercher et trouver, sinon, à l’époque des traders et de leurs bonus, les
inventeurs créatifs vont devenir une espèce en voie de disparition.
D’une manière plus générale,
les créatifs allemands et français devront collaborer de plus en plus pour
faire face à la concurrence du reste du monde, en particulier celle des pays
émergents comme la Chine
ou l’Inde.
Dans très peu d’années, si on
se base sur les chiffres des populations respectives, il y aura environ vingt
inventeurs chinois pour un inventeur français ou allemand.
Dans ce contexte, nous nous
permettons d’attirer votre attention sur l’article publié par notre association
le 4 novembre 2009 sur notre site web, et dont une traduction en allemand
figure dans les pièces jointes.
Actuellement il existe encore
une grande différence de reconnaissance sociale et pécuniaire entre l’inventeur
qui invente sur le territoire allemand et celui qui invente sur le territoire
français. De plus, l’inventeur salarié en France est toujours confronté dans
son entreprise à une grande insécurité juridique. Cette situation nous semble
préjudiciable à une bonne collaboration transfrontalière entre les inventeurs
des deux pays.
Nous estimons que le
rapprochement des sociétés allemande et française ne pourra être réalisé qu’en
l’absence de discrimination entre les citoyens allemands et français.
En vous remerciant de
l’attention que vous voudrez bien accorder à cette lettre, nous vous prions
d’agréer, Madame la
Chancelière de la République Fédérale
d’Allemagne et Monsieur le Président de la République française,
l’expression de notre profond respect.
Pour l’association de
Inventeurs salariés, son Président
Dr. Jean-Pierre Kaplan
P.J. : l’article : «
Actualité franco-allemande » publié le 4 novembre 2009 sur : http://www.inventionsalarie.com/
et les traductions en allemand ci-dessous de la lettre à Madame la Chancelière et de l'article "Actualité franco-allemande" :
Sehr geehrte Frau
Bundeskanzlerin!
Sehr geehrter Herr
Staatspräsident!
Die Vereinigung der
angestellten Erfinder (Association des Inventeurs Salariés, AIS) wurde 2004 in Frankreich zur
Verteidigung der Interessen der französischen angestellten Erfinder gegründet.
Die schöpferische Tätigkeit
der Einzelnen ist eine wesentliche Bedingung zur Meisterung der Zukunft und zur
Anpassung an die Welt sowie an deren beschleunigten Wandel. Die schöpferische
Tätigkeit der Erfinder auf technologischem Gebiet führt notwendigerweise zu
Patenten, die sich auf alle Länder anwenden lassen, und die unstreitig in einer
Zeit der Globalisierung Wettbewerbsvorteile bedeuten. Die durch die Patente
zeitweilig verschafften Monopolstellungen erlauben dem berechtigten Unternehmen
die Erreichung bedeutenderer Gewinnspannen, und ersparen ihm so den Ausweg zu
Standortverlegungen, um die Arbeitskosten zu senken.
Die zufriedenstellende soziale und finanzielle Anerkennung der Erfinder
ist ein wesentliches Moment der Motivation in Forschung und Erfindung, wo sie
fehlt werden die schöpferischen Erfinder in dieser Zeit der traders und ihrer
bonus zu einer vom Verschwinden bedrohten Gattung.
Ganz allgemein werden die deutschen und französischen schöpferisch Tätigen
immer mehr zusammenarbeiten müssen, um der Konkurrenz der übrigen Welt,
besonders derjenigen der aufstrebenden Länder wie China oder Indien, die Stirn bieten
zu können. Denn wenn man sich an die entsprechenden demographischen Prognosen
hält, wird es in sehr wenigen Jahren ungefähr zwanzig chinesische Erfinder für
einen französischen oder deutschen geben.
In diesem Zusammenhang erlauben wir uns, Ihre geschätzte Aufmerksamkeit
auf den durch unsere Vereinigung am 4. November 2009 auf unserer Webseite
veröffentlichten Artikel zu lenken, dessen deutsche Übersetzung beiliegt.
Zur Zeit gibt es bezüglich der sozialen und finanziellen Anerkennung
noch einen grossen Unterschied zwischen dem Erfinder, der auf deutschem Boden,
und demjenigen, der auf französischem Boden tätig ist. Darüber hinaus hat es
der angestellte Erfinder in Frankreich in seinem Unternehmen immer mit einer
grossen juridischen Unsicherheit zu tun. Diese Situation scheint uns schädlich
für eine gute grenzüberschreitende Zusammenarbeit der Erfinder der beiden
Länder.
Wir glauben, dass die gesellschaftliche Annäherung zwischen Deutschland
und Frankreich nur bei Wegfall aller Diskriminierung zwischen deutschen und
französischen Staatsbürgern verwirklicht werden kann.
Frau Bundeskanzlerin, Herr Staatspäsident, wir danken Ihnen für Ihr
Interesse an diesem Brief.
Mit dem Ausdruck höchster Hochachtung.
Dr. Jean-Pierre Kaplan
Präsident der Vereinigung der
Angestellten Erfinder (AIS)
Deutsch-französische
Aktualität :
Die Tageszeitung Le Monde vom
30. 10. 2009 kommentiert die gemeinsame Erklärung des französischen
Staatspräsidenten und der deutschen Bundeskanzlerin am Ende ihres Treffens am
28.10.2009. Die Tageszeitung berichtet, dass « die Mitarbeiter des Elysée sowie
des Bundeskanzleramtes beauftragt worden sind, bis zum Monat Januar
verschiedenste Vorschläge zur gesellschaftlichen Annäherung Deutschlands und
Frankreichs, die, ohne sich zu kennen, dahinleben, vorzubereiten
(Wirtschaftsbeziehungen, Klein-und Mittelbetriebe, Forschung, Unterricht, usw.)
». Das ist eine gute Nachricht, denn ohne eine enge deutsch-französische
Verbindung keine Europäische Union.
Dabei möchte ich bezüglich
der Forschung, welche die beiden Staatschefs so gemeinsam als möglich wünschen,
den Mitarbeitern des Elysée und des Bundeskanzleramtes die gleichsam
unübersteigbaren Schwierigkeiten in Erinnerung rufen, auf die sie stossen
werden.
Es handelt sich um die
völlige Unvereinbarkeit der gesetzlichen Regelungen der beiden Länder in Bezug
auf die den angestellten Erfindern der entsprechenden Privatindustrien
zugesprochenen Entlohnungen. In der Tat, Deutschland hat seit mehr als fünfzig
Jahren dieses Problem gesetzlich geregelt, gewiss einvernehmlich mit der
Privatindustrie und den Angestellten-Gewerkschaften. In Frankreich hat bis auf
heute keine Regierung gewagt, dieses Problem legislativ anzugehen. Das Ergebnis
ist, dass der Angestellte der deutschen Privatindustrie, Erfinder eines von
seinem Arbeitgeber genutzten Patentes, seit fünfzig Jahren eine durch ihre Höhe
sehr motivierende Entlohnung erhält. Wogegen der angestellte Erfinder in
Frankreich nur ein geringes oder gar kein Entgelt bekommt. Davon zeugen die
langwierigen, von einzelnen Angestellten begonnenen gerichtlichen Schritte. Die
Mehrheit der Angestellten geht natürlich nicht gern gegen Multinationale vor
Gericht.
Wir stehen hier vor einer unausweichlichen Gegebenheit. Eine gemeinsame
deutsch-französische Forschung wird notwendigerweise zu Patenten führen, deren
Mit-Erfinder sowohl der französischen als der deutschen Industrie angehören. Die
einen werden nicht oder fast nicht, die anderen sehr reich entlohnt.
Also keine den Industrien der beiden Länder gemeinsame Forschung ohne
gleiche gesetzliche Rahmenbedingungen. Dieses Faktum kann man nicht umgehen.
Die Vereinigung der Angestellten Erfinder (AIS) hat den französischen
Behörden bereits vollständige Unterlagen zugestellt. Ich würde den Mitarbeitern
des Elysée den Rat geben, von diesen Unterlagen schleunigst Kenntnis zu nehmen,
denn der Monat Januar steht schon vor der Tür. Jede spätere Entwicklung hängt
von dem vorgegebenen gesetzlichen Rahmen ab, es ist höchste Zeit, schon jetzt
an die Sache heranzugehen.
Christos PAPANTONIOU,
Mitglied der AIS, den 4 November 2009.
Recommandation des Etats
Généraux de l’Industrie : « Améliorer l’incitation financière des
Inventeurs Salariés »
Les participants aux Etats Généraux de l'Industrie sont
conscients qu'il faut "Améliorer l'incitation financière des Inventeurs
Salariés" par la modification des lois actuelles, puisqu'ils le
recommandent au gouvernement dans leur proposition 5.8 du rapport, dont la copie figure ci-dessous en italique -
La proposition de loi 2288
déposée récemment à l'Assemblée Nationale par un groupe de Députés va dans ce
sens .
"
Proposition 5.8 Améliorer l’incitation
aux inventions de salariés:
Une amélioration du système de rémunération des
inventions de salariés apparaît souhaitable afin d’accroître la reconnaissance
des inventeurs salariés et par là-même leur motivation. La loi de finances
rectificative pour 2009 a
apporté un progrès en permettant l’inclusion dans l’assiette du crédit d’impôt
recherche (CIR) des rémunérations (et « justes prix ») prévus par la loi de
1990. On peut cependant craindre que cette mesure n’ait qu’un impact limité sur
les pratiques des entreprises en l’absence, d’une part, d’une clarification des
règles actuelles, d’autre part, d’une meilleure communication sur le sujet.
La loi de 1990 souffre en effet de l’absence
d’indication concernant les modalités de fixation de la rémunération
supplémentaire. Les conventions collectives, auxquelles renvoie la loi, sont en
général muettes sur le sujet, certaines comportant même des dispositions
irrégulières. L’imprécision de la loi est préjudiciable : beaucoup
d’entreprises ne l’appliquent simplement pas et celles qui l’appliquent offrent
en général des rémunérations faibles. Il conviendrait donc, sous une forme
précise à déterminer, de compléter les
lois et règlements actuels, afin de guider les modalités de fixation de la
rémunération supplémentaire et d’accroître la sécurité juridique pour les
acteurs. Il serait souhaitable que celle-ci soit liée à la valeur économique de
l’invention pour l’entreprise, au moins lorsque cette valeur apparaît
suffisamment élevée.
Cette précision des règles devrait être accompagnée
d’efforts de communication en direction à la fois des employeurs et des
salariés. »
source : http://www.etatsgeneraux.industrie.gouv.fr/fileadmin/documents/Nationnal/documents/Innovation_et_entrepreneuriat/EGI_-_innovation_et_entreprenariat.pdf
En Chine, les rémunérations des Inventeurs salariés
sont fixées à 2% des revenus générés par l'exploitation de l'invention et
concernent désormais aussi les entreprises privées
:
Cette information émane de l'INPI - source visible par
le lien : http://www.ambafrance-cn.org/IMG/pdf/nouvelle_loi_chinoise_sur_les_brevets_et_son_reglement__fev_2010.pdf
Ci-dessous un Extrait du document :
« Les questions de
rémunération des inventeurs salariés ont fait l’objet d’un grand nombre de
contentieux entre employeurs et
employés. Etaient visées en particulier, la prime qui doit être accordée à
l’inventeur par l’entité titulaire d’un brevet, ainsi que sa rémunération
supplémentaire sur l’exploitation de l’invention, qui n’étaient détaillées que
pour les seules entreprises d’Etat.
Si les nouveaux textes
réaffirment l’obligation d’octroi d’une prime et d’une rémunération supplémentaire à l’inventeur
salarié, ils consacrent également
la prédominance des dispositions prévues en la matière dans les contrats ou
accords entre le titulaire du brevet et l’inventeur ou dans les règlements
internes de
l’entreprise.
En l’absence de dispositions
spécifiques, c’est le régime des articles 77 et 78 du nouveau règlement
qui s’ applique. Il prévoit une
prime pour l’inventeur d’un minimum de 3000 RMB à la délivrance du brevet
(1000 RMB pour un modèle d’utilité ou un dessin et modèle), et une
rémunération annuelle supérieure ou égale à 2 % des revenus générés
par l’exploitation du brevet ou du modèle d’utilité (0,2 % pour un
dessin et modèle), ou un pourcentage d’au moins 10 % des royalties en cas de
concession de licence.
Ce régime supplétif est
susceptible de s’appliquer à toute entité et non plus aux seules entreprises
d’Etat. »
Après l’Allemagne et le Japon, la Chine met en place une
législation dynamique d’incitation financière des Inventeurs salariés destinée
à les motiver à créer, inventer de nouveaux concepts.
Cela montre que de nouveaux pays
ambitieux, dynamiques et en pleine croissance ont parfaitement compris
les enjeux actuels des innovations face à la compétition internationale
et veulent en tirer le meilleur profit en motivant financièrement ceux qui
créent ces innovations, ces inventions : leurs inventeurs ,
qu’ils soient dans des entreprises d’Etat comme dans les
entreprises privées
En France, seules les entreprises d’Etat ont un régime
comparable à ceux des 3 pays cités .Toutefois, une proposition de loi vient d’être déposée –
voir la publication sur ce site – elle est destinée à dynamiser de la même
manière les innovations et inventions dans les entreprises privées
françaises.
Une évolution dans la situation
des inventeurs salariés ?
Deux propositions de loi concernant
la rémunération des inventeurs salariés devraient être déposées dans les
semaines qui viennent :
- L’une émane des députés du Nouveau
Centre qui appartiennent à la majorité présidentielle,
- L’autre émane du sénateur socialiste
Richard Yung.
Ces deux propositions devraient être examinées probablement au printemps
2010.
Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, s’est prononcé de
nombreuses fois pour que les inventeurs qui apportent de la valeur ajoutée à
leur entreprise par leur créativité soient récompensés à la mesure de leurs
apports. Nous avons publié sur ce site web les nombreux verbatims des allocutions
du Président de la République sur ce sujet.
Souhaitons que les députés UMP, dont certains, proches des milieux
d’affaires, sont traditionnellement influencés par les administrateurs des
groupes du CAC 40 qui défendent le maintien de leurs propres avantages
pécuniaires et refusent par contre toute amélioration de la situation des
inventeurs salariés, ne s’opposent pas à ces propositions de réforme.
D’ailleurs, n’ont-ils pas été élus pour soutenir la politique et les idées du
Président de la République ?
Un consensus des élus, tous partis confondus, en faveur de ces propositions
de loi, est ce que nous pouvons espérer de mieux pour booster la créativité des
inventeurs et l’innovation qui est le meilleur atout pour maintenir les emplois
en France.
Le 25/01/2010
Jean-Pierre Kaplan jean-pierre.kaplan@laposte.net
Amendement : Les sommes versées aux IS seront éligibles
au Crédit Impôt Recherche des entreprises
(article JP MARTIN sur blog : http://jeanpaulmartin.canalblog.com/ )
Voir ci- après une
intéressante information concernant un Amendement du 10 décembre 2009 à la loi
de finances rectificative pour 2010.
Cet Amendement parlementaire permet aux entreprises d'inclure les rémunérations supplémentaires
d'inventions versées aux salariés dans l'assiette des sommes déductibles pour
le CIR (Crédit d'Impôt recherche)
Espérons que cet Amendement sera adopté également par le
Sénat. Si tel est le cas, un pas appréciable et positif aura enfin été effectué
en faveur des chercheurs- inventeurs salariés de l'industrie privée en France..
Il va dans le sens des mesures préconisées afin de booster
la recherche dans l'industrie privée par
l'Association des Inventeurs Salariés (AIS) et l'auteur de ces lignes depuis
plus de deux ans : admission des sommes versées pour leurs inventions aux
salariés inventeurs au bénéfice de la loi sur l'intéressement des salariés.
Proposition exposée par ledit auteur au Groupe de Travail
"Inventions de Salariés" du CSPI lors d'une audition le 18 janvier
2008 à Paris devant ce GT; proposition ensuite acceptée par le MEDEF/CGPME et
reprise dans l'Avis du CSPI remis à la Ministre de l'Economie et des Finances en
décembre 2008.
Voir aussi sur le Site : http://www.fiscalonline.com/Les-sommes-versees-aux-inventeurs,1624.html :
« Les sommes
versées aux inventeurs salariés seront éligibles au CIR.
Dans le cadre des
discussions concernant le Projet de Loi de Finances Rectificative pour 2009
(PLFR), l’assemblée nationale a adopté, jeudi 10 décembre, un amendement
incluant de nouvelles dépenses dans l’assiette de calcul du Crédit d’impôt
Recherche (CIR).
Pour le CIR calculé au
titre des dépenses de recherche exposées à partir du 1er janvier 2010, la base
de calcul devrait inclure les éléments suivants :
* les sommes attribuées aux salariés
auteurs d’une invention résultant d’opérations de recherche. Ces sommes seront
comprises dans la base de calcul des « autres dépenses de fonctionnement »
mentionnées à l’article 244 quater B-II-c du CGI ;
* Montant (doublé) des dépenses relatives à
des opérations de recherche confiées à certaines personnes morales agréées et
ayant conclu une convention en application des dispositions de l’article L.
313-2 du code de la recherche ou de l’article L. 762-3 du code de l’éducation
avec un organisme de recherche public ou un établissement public d’enseignement
supérieur délivrant un diplôme conférant le grade de master. »
Amd 370 sur : http://www.assemblee-nationale.fr/13/amendements/2070/207000370.asp
Au placard ? Ou, pire
encore !
Réaction à la lecture de
l’article publié par Catherine Maussion dans le journal
« Libération » du 14 décembre 2009.
http://www.liberation.fr/societe/0101608327-au-placard
Cet article
relate le traitement « spécial » subi par un éminent inventeur de la
société France Télécom et dont le prénom modifié est Eric.
Le traitement subi par Eric, tel que relaté, apparaît
beaucoup plus grave qu’une mise au placard « classique », car
l’enquête a été confiée par le Parquet à la Brigade de la Répression de la Délinquance à Paris
(XIIIe) et est également suivie par l’Inspection du Travail.
Cet article indique aussi que la
"descente" d’Eric a coïncidé avec la date d’arrivée de M.
Didier Lombard à la tête d’Orange en 2005.
Bien que l’article ne fasse état que du
point de vue du plaignant et que, l’affaire étant entre les mains de la
justice, l’AIS ne puisse porter qu’une appréciation non définitive en attendant
le prononcé des jugements, nous tenons à signaler que certains de nos membres
inventeurs et de nos lecteurs nous ont fait des récits édifiants sur le sort
réservé aux inventeurs dans les entreprises, en France, dès qu’ils ont demandé
à leur direction une rémunération supplémentaire au titre de leur(s) invention(s),
rémunération pourtant prévue par la loi en vigueur ( Art. L. 611-7 du Code de
la propriété intellectuelle) et également souvent adoptée dans les règlements
intérieurs de ces entreprises. La réponse reçue va de l’exigence d’une lettre
d’excuses à un licenciement quasiment instantané, en passant par la suppression
d’une partie de la rémunération, le harcèlement moral, la mise au placard, la carrière
détruite, la mise à l’index dans la profession, etc.…
Le cas emblématique d’Eric n’est que la
partie émergée de l’iceberg.
Au moment même où, par son grand
emprunt, le gouvernement met l’accent sur le développement de l’innovation dans
l’économie française, il aurait également été bon à notre avis que le MEDEF se
saisisse enfin de ce problème récurrent qui mine l’innovation et détruit la
créativité, comme il s’est saisi, il y a peu de temps, du problème des
parachutes dorés et des stock-options. Car,
faut-il le rappeler, même avec beaucoup d’argent sur la table, sans inventeur
il n’y a pas d’innovation technologique.
Je reprendrai le titre d’un livre d’Eva
Joly : Est-ce dans ce monde-là
que nous voulons vivre ? (Paris, Editions des Arènes, 2003). L’AIS est
persuadée que sous l’influence de l’Union Européenne, le sort délétère réservé
à beaucoup trop d’inventeurs salariés en France sera un jour aboli, car
totalement contre-productif et indéfendable sur le plan moral.
Devant cette situation qui perdure, à
notre connaissance, depuis au moins deux décennies, nous demandons à chaque
inventeur salarié employé ou ayant été employé en France de faire connaître à
l’AIS les difficultés rencontrées dans son entreprise pour inventer, innover,
et faire respecter ses droits.
L’AIS constitue une « cellule
d’écoute » des inventeurs-salariés victimes de ces maltraitances et les
conseille sur les démarches à entreprendre pour faire respecter leurs droits
tout en sauvegardant leur carrière.
L’AIS souhaite que la France se dote enfin d’un
socle légal complet pour le développement de l’innovation, incluant les droits
et devoirs du salarié inventeur et de son employeur.
Jean-Pierre KAPLAN
Président de l' AIS
Copie: Madame Eva Joly , députée Européenne
Lettre ouverte au MEDEF :
INNOVATION et INVENTEURS en entreprise
Paris, le 08 décembre 2009
AIS MEDEF
8 rue Ferdinand Lot 55 avenue Bosquet
92260 Fontenay aux Roses 75007 PARIS
jean-pierre.kaplan@laposte.net
Lettre
ouverte à l’attention de Madame Laurence PARISOT
Madame
la Présidente,
Surmonter la crise, redresser l’économie figurent
parmi les principaux sujets évoqués par nos dirigeants, et l’innovation en constitue
un enjeu majeur. A juste titre, tous les politiques ne parlent désormais que de
cela, tout comme le MEDEF. Citons comme exemples : le gouvernement a
lancé « Les Etats Généraux de l’industrie » avec comme thème
majeur l’Innovation, l’emprunt d’Etat sera principalement consacré à renforcer
l’Innovation en France, etc. …
L’innovation technologique constitue un des principaux
moteurs de la croissance de l’économie et des entreprises, et vous n’êtes pas
sans savoir que sans inventeurs, il n’y a pas d’innovation technologique. Une
augmentation des budgets de R&D des entreprises n’est pas une fin en soi ;
il faut d’abord placer les chercheurs dans les meilleures conditions de
créativité et d’inventivité afin qu’un maximum d’inventions puissent être
réalisées ; il faut aussi reconnaître la place de l’inventeur au sein des
entreprises. Sans des mesures destinées à favoriser l’innovation technologique ainsi
que la reconnaissance et la juste rémunération des inventeurs, l’innovation
continuera à dépérir, ceci se traduisant par une perte de compétitivité, une
baisse des marges opérationnelles, des fermetures d’entreprises et/ou de sites
industriels. C’est exactement ce qui, à notre avis, se passe actuellement en France.
Vous en êtes bien conscients au MEDEF, puisque vous en
faites vous-mêmes le constat dans le dossier de votre site : Etats
généraux de l’industrie (20 novembre 2009) http://www.medef.com/dossiers/categorie/17.html , avec notamment d’intéressantes comparaisons avec l’Allemagne qui ne
connaît pas la même situation :
« L’insuffisance
effective du nombre de chercheurs dans l’industrie, relativement à l’Allemagne
ou aux Pays Scandinaves notamment, tient pour une part à l’insuffisance d’entreprises
engagées effectivement dans la recherche. Elle tient aussi à une relative désaffection
des étudiants des filières scientifiques pour l’industrie, notamment ceux issus
des grandes écoles, scientifiques et non scientifiques. »
Chercheurs et inventeurs dans les entreprises privées
françaises, nous avons une excellente connaissance de ce sujet, aussi bien au
sein des grands groupes que dans les PME et TPE, ainsi qu’une très grande
expérience des processus de l’innovation technologique et de la genèse des
inventions et de leur protection. Nous sommes comme vous parfaitement conscients
du manque de compétitivité des entreprises françaises face aux entreprises européennes,
notamment allemandes. Nous le vivons de l’intérieur. Nous voyons la situation
se dégrader et le déplorons chaque jour.
L’Association des Inventeurs Salariés est la seule
structure représentative des inventeurs salariés français, reconnue par l’Institut
National de la Propriété
Industrielle et par les instances gouvernementales, notamment
au plus haut niveau de l’Etat. En effet, les
syndicats non patronaux se désintéressent totalement de la Propriété
Industrielle, comme le démontre notamment leur absence de protestations
lorsqu’ils ont été évincés du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle
(CSPI) par un décret de Jean-Pierre Raffarin. Ceci tient peut-être au fait que
ces syndicats manquent cruellement de spécialistes en la matière.
Notre site : http://www.inventionsalarie.com/ traite
de ces sujets, fait des propositions pour une meilleure reconnaissance des inventeurs salariés
dans les entreprises, en s’inspirant notamment du modèle allemand qui, à notre
avis, est le plus efficace. Les résultats obtenus en Allemagne le prouvent sans
équivoque, comme le montrent les études publiées sur votre site (citées plus
haut).
Nous sollicitons officiellement de votre part une
rencontre pour ouvrir rapidement le dialogue, et rechercher ensemble des
améliorations sur le sujet crucial d’une meilleure reconnaissance des
inventeurs salariés dans les entreprises privées en France.
D’autres points pourraient être abordés, notamment celui
de la créativité technologique et de l’environnement nécessaire au chercheur,
pour que ses talents puissent se révéler et se transformer en avantages
concurrentiels pour l’entreprise.
Nous mettons en copie cette demande officielle de
rencontre aux Ministères concernés, et en ferons une publication sur notre site
web de manière à ce qu’elle soit portée à la connaissance de nos lecteurs.
Notre démarche va dans le sens des instructions
données par le Président de la
République à ses Ministres concernés (Mesdames Lagarde et Pécresse)
à Aix en Provence le 7 avril 2009, et devant le Parlement réuni en Congrès à
Versailles le 22 juin 2009 (la publication de ces interventions figure sur le
site web de l’AIS).
Dans l’attente de votre réponse, que nous espérons
positive, nous vous prions de croire, Madame la Présidente, en notre
haute considération.
Au
nom de l’Association des Inventeurs Salariés,
son
Président, Jean-Pierre KAPLAN
Copies : Ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi
Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche
Les difficultés à INNOVER en France et l'impact sur son économie
Nous donnons ci-dessous la copie partielle d'un article paru dans "alternatives économiques" sur son site :
http://www.alternatives-economiques.fr/france---pourquoi-ca-ne-va-pas-plus-mal_fr_art_633_45989.html
"Le problème de l'industrie hexagonale n'est pas au premier chef une
question de coûts : malgré les efforts considérables mis en œuvre
depuis dix ans pour limiter le coût du travail outre-Rhin, un salarié
allemand de l'industrie manufacturière coûtait toujours 32 % de plus
qu'un salarié français par heure de travail en 2007, selon les chiffres
rassemblés par le Bureau of Labor Statistics (BLS) américain. Et la
productivité très élevée des salariés français est largement reconnue.
C'est surtout du côté de ce que les spécialistes appellent la
« compétitivité hors coût » que cela pèche : la capacité d'innover, de
coller rapidement à une demande évolutive...
Cela se traduit notamment
par le fait que les industriels français n'arrivent pas, contrairement
en particulier à leurs collègues allemands, à maintenir des prix de
vente élevés. Pour défendre leurs parts de marché, ils doivent abaisser
leurs prix de vente, ce qui ronge leurs marges et explique le faible
niveau global des profits des entreprises françaises"
A méditer ...
Comment cela se fait-il qu'il y ait davantage de capacité d'innovations en Allemagne ??
Les allemands ont compris depuis longtemps qu'il fallait innover , encourager l'innovation à commencer par ceux qui en sont à l'origine : leurs inventeurs
Les Etats Généraux de l'Industrie et de l'Innovation qui se tiennent actuellement à Paris devraient s'en inspirer
ACTUALITE FRANCO-ALLEMANDE
Le Monde daté du 30/10/2009, commente la
déclaration commune du président français et de la chancelière allemande à
l'issue de leur rencontre du 28/10/2009.
Le quotidien nous apprend que « les
équipes de l'Elysée et de la chancellerie ont pour mission de préparer
pour janvier des propositions multiples (relations économiques, PME, recherche,
éducation etc.) destinées à rapprocher des sociétés allemandes et françaises
qui vivent leur vie sans se connaître ».
Excellente nouvelle, car sans un couple
franco-allemand soudé, il n'y a pas d'Union Européenne.
Ceci étant, en ce qui concerne la recherche
que les deux Chefs d'état veulent aussi commune que possible, je rappelle
aux équipes de l'Elysée et de la Chancellerie
allemande les difficultés quasi insurmontables auxquelles elles vont se
heurter.
Il s'agit de l'incompatibilité totale des
législations de deux pays réglementant les rétributions accordées aux
salariés-inventeurs des industries privées respectives.
En
effet, depuis plus de 50 ans, l'Allemagne a réglé ce problème par la loi,
certainement avec l'accord de l'industrie privée et des syndicats des salariés.
En
France, jusqu'à ce jour, aucun
gouvernement n'a osé légiférer sur ce problème.
Il en résulte que depuis 50 ans le salarié de
l'industrie privée allemande, inventeur d'un brevet exploité par son employeur,
se voit attribuer une rétribution très motivante par son importance.
A
l'opposé, le salarié-inventeur en France n'obtient rien ou presque. Les longues
procédures déclenchées par quelques salariés en témoignent. La majorité des
salariés préfère évidemment de ne pas affronter des multinationales devant les
tribunaux.
Or, il y a une réalité incontournable.
Une recherche franco-allemande commune
conduira nécessairement à des brevets dont les coinventeurs appartiendront
aussi bien à l'industrie française qu'à l'industrie allemande. Les premiers
n'auront aucune rétribution ou presque alors que les seconds auront des rétributions
importantes.
Donc pas de recherche commune aux industries
de deux pays sans cadres législatifs respectifs identiques. Les faits sont
têtus.
L'association des inventeurs salariés
(A.I.S.) a déjà remis des dossiers complets aux pouvoirs publics français.
Je
conseille aux équipes de l'Elysée d'en
prendre connaissance au plus vite, car janvier c'est demain.
Toute
évolution ultérieure étant subordonnée au cadre juridique préexistant, il est
grand temps qu'ils s'y investissent dès maintenant.
Christos PAPANTONIOU - membre de l'A.I.S. - le 04 novembre 2009 -
Invitation de l'AIS au Sénat par le sénateur Richard Yung (*)
Pour la première fois depuis sa création en 2004, l'AIS a été invitée par un élu de la République, pour une réunion de travail sur le thème de la rémunération des inventeurs salariés.
Cette audition a eu lieu le 28 septembre 2009 au Sénat. L'AIS était représentée par Jean-Paul Martin, membre d’honneur, et Jean-Pierre Kaplan, président de l’AIS.
L'AIS se tient prête à répondre à toute invitation présentant des garanties de sérieux, les organisations syndicales non patronales se désintéressant de la propriété industrielle et du sort des inventeurs dans les entreprises françaises.
En matière de propriété industrielle, il n'y a en effet pas de "partenaires sociaux" au sens classique du terme, car les syndicats non patronaux pratiquent depuis des lustres la politique de la chaise vide, effrayés sans doute par l'expression : " propriété" qui, dans leur subconscient, est inacceptable dans un contexte de lutte des classes.
Cette attitude, qui n'est pas récente, a sans doute facilité l'éviction en 2004, par un décret de Jean-Pierre Raffarin, de tous les représentants des intérêts des salariés au sein du Conseil Supérieur de la Propriété industrielle (CSPI).
Inventeurs salariés de droit français, venez rejoindre
l'AIS.
C'est la seule organisation qui défend vos droits
d'inventeur salarié.
Plus nous seront nombreux, plus et mieux nous pourrons agir.
Si vous le souhaitez, vous pouvez trouver sur ce site tous les éléments pour faire acte de candidature dans le cadre des statuts de l'AIS.
Si vous avez des craintes concernant votre carrière au sein de votre entreprise, ou sur la confidentialité de votre candidature, sachez que vos références personnelles ne seront connues que des membres du Conseil d'administration tenus par l'obligation de confidentialité, et que vous pourrez aussi obtenir si vous le préférez le statut de membre bienfaiteur. De la sorte votre nom ne figurera pas sur le listing des membres actifs. Ceci bien sûr garantit votre absence des assemblées générales, discrétion oblige. Mais, au moins vous serez informés à titre personnel de la vie de l'AIS.
Jean-Pierre Kaplan
jean-pierre.kaplan@laposte.net
(*) http://www.senateursdesfrancaisdumonde.net/ryung/bio.htm
Lettre de la Présidence de la République à l'AIS le 30 septembre 2009:

Au plus haut niveau de l'Etat français : beaucoup de bonnes intentions à concrétiser en ce qui concerne les acteurs de l'innovation et de la propriété industrielle
Depuis le rejet de l'amendement parlementaire Raison en décembre 2006, et malgré la crise financière, économique, et les recommandations exprimées de nombreuses fois par le Président de la république Nicolas Sarkozy, aucune de ses orientations concernant les inventeurs n'a trouvé un début de commencement.
L'Association des Inventeurs Salariés (AIS), après avoir eu un contact avec le Ministère de Mme Lagarde (le 22 juillet 2008), est renvoyée tout récemment (le 25 août 2009) vers le Ministère de Mme Pécresse...
Doit-on continuer à croire à cette affirmation qui n'est pas passée inaperçue : "je ferai ce que je dirai" ?
Nous avons rassemblé ci-après les différents épisodes de cette saga :
Chronologie des interventions des dirigeants de l'Etat français et des contacts avec l'AIS :
- L'amendement parlementaire Raison est rejeté en décembre 2006 sur l'initiative de Jean-François Copé, Ministre du Budget sous la présidence de Jacques Chirac.
- la Ministre Christine Lagarde déclare fort justement, en septembre 2007, en présentant son projet de loi de Finances :" Les inventions sont les vitamines de la société".
- le Secrétaire d’Etat Hervé Novelli réactive le 9 novembre 2007 le CSPI, avec pour mission d’analyser la situation actuelle des inventeurs salariés et d’élaborer un rapport de synthèse contenant des propositions d’amélioration de leur condition.
- Dans son discours du 28 janvier 2008 à Orsay, le Président de la République déclare à Albert FERT, prix Nobel de physique, concernant les inventeurs salariés du secteur public: « pourquoi ne pas les récompenser jusqu'à la moitié des bénéfices attendus, comme c'est le cas dans les autres pays ?... »
- L'AIS adresse à Hervé Novelli (secrétaire d’Etat aux Entreprises et au Commerce extérieur) le 28 février 2008 une lettre accompagnée d'un volumineux dossier sur le sujet de la rémunération des inventeurs salariés.
- Une autre lettre de l' AIS est envoyée au Président de la République le 04 avril 2008 avec copie du dossier envoyé à H. Novelli le 28 février 2008. Il y est écrit notamment : « Nous constatons actuellement que l’égalité des citoyens devant la loi n’est pas respectée en ce qui concerne la rémunération des inventions brevetées et exploitées, selon que l’inventeur salarié appartient au secteur public ou au secteur privé »
- Le Secrétaire général de l'AIS écrit le 26 mars 2008 au Premier Ministre François Fillon.
- Le chef de cabinet (Franck Robine) du Premier Ministre répond en date du 22 avril 2008 au courrier du Secrétaire général de l'AIS du 26 mars : « Monsieur François FILLON a pris bonne note de votre démarche et de vos arguments qui militent en faveur du développement et de la reconnaissance de l’innovation industrielle au sein des entreprises. Il m’a chargé de faire parvenir votre courrier au secrétaire d’Etat M Novelli en lui demandant de vous tenir informé de la suite …»
- Le chef de cabinet du Président de la République (Cédric Goubet) répond à l'AIS le 30 avril 2008, proposant une rencontre avec le conseiller de la Présidence : Mathieu Louvot
- Une lettre est envoyée par l'AIS à la Ministre Christine Lagarde le 14 mai 2008, concernant les anomalies de la composition du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle (CSPI).
- La Ministre Christine Lagarde répond le 14 mai 2008 à la lettre de l'AIS adressée le 04 avril au Président de la République :
"C'est la raison pour laquelle j'ai demandé au Conseil supérieur de la propriété industrielle (CSPI) d'approfondir la question et de mettre en place un groupe de travail sur cette problématique. Ce groupe a pour mission d'approfondir la question et de me présenter plusieurs propositions de mesures visant à améliorer le système actuel de rémunération des salariés du secteur privé qui sont à l'origine d'une invention.
Le CSPI est un organisme consultatif composé de représentants de l'administration, de personnalités représentant les inventeurs indépendants, les intérêts du commerce et de l'industrie, le monde de la recherche et de la technologie et le secteur universitaire, de praticiens de la propriété industrielle et de personnalités compétentes en la matière."
- Le 22 juillet 2008 : audition conjointe de JF Campion + JP Martin à l'Elysée avec le conseiller de la Présidence (Mathieu Louviot), suite à la lettre du chef de cabinet du Président en date du 30 avril 2008
- Le 16 septembre 2008 a lieu une autre rencontre entre un conseiller de la Ministre Christine Lagarde (M. Arnaud Pecker) et des représentants de l'AIS.
- Le Président de la République, interviewé par les journalistes à l’Elysée, le 5 février 2009, sur les chaînes de télévision, déclare en parlant des entreprises " s'ils gèrent bien leur entreprise , s'ils découvrent des nouveaux" process", s'ils font des inventions, il est normal qu'ils gagnent de l'argent, et même beaucoup d'argent ..."
- La Ministre Christine Lagarde écrit au Secrétaire général de l'AIS le 13 mars 2009 au sujet de la représentation des inventeurs salariés au sein du CSPI. Aucune suite concrète n'est donnée.
- Le Président de la République déclare le 07 avril 2009 à Aix-en-Provence (Bouches du Rhône) au cours d’une Table ronde sur le thème de « La croissance pour la recherche et l’innovation » :
« …J’en profite pour dire que je pense, Christine (Lagarde), qu’il faut qu’on voie avec le Patronat à ouvrir une négociation pour la rémunération des inventeurs salariés.
Pardon de présenter cela comme cela, mais il y a une capacité d’ingéniosité dans toutes nos entreprises. L’Allemagne, qui est un modèle en la matière, récompense l’ingéniosité des Inventeurs salariés. Ce peut être quelqu’un qui, dans une chaîne automobile invente une nouvelle technologie et je trouve que le système de rémunération est beaucoup trop rigide et ne tient absolument pas compte de l’inventivité, de la récompense que l’on doit dans une société du mérite et de la récompense …..Il faut que , (Christine Lagarde), tu vois comment on peut , avec les partenaires sociaux , imaginer un système de rémunérations , n’ayons pas peur , ne faisons pas de complexe , de rémunération de quelqu’un qui trouve une idée , qui au lieu d’être dans son quotidien de travail, imagine…»
- La Présidence de la République, par l'intermédiaire de son secrétaire général adjoint Xavier Musca, écrit une lettre, en date du 4 mai 2009, adressée au secrétaire général de l’AIS : « le Chef de l’Etat m’a confié le soin de vous assurer qu’il a été pris attentivement connaissance de vos attentes. Comme il l’a indiqué à Aix-en-Provence le 7 avril dernier, il souhaite progresser vers une meilleure reconnaissance des inventeurs -salariés et leur juste association aux bénéfices économiques issus de leurs découvertes.
Il a donc demandé à Christine LAGARDE, Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi et à Luc CHATEL, secrétaire d’Etat à l’Industrie et à la Consommation, de vous adresser directement l’état des réflexions et des actions qu’ils comptent initier en ce domaine, et de m’en tenir informé »
- Le Président de la République devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 22 juin 2009, déclare :
"Quand on voit la capacité d’innovation dont elle fait preuve ; quand on voit ce que le courage, l’énergie, l’intelligence des Français est capable d’accomplir ;
On se dit que si l’Etat avait joué son rôle de force d’entraînement, de force de progrès, comme il l’a fait si souvent dans notre histoire, s’il avait été davantage du côté des entrepreneurs, des créateurs, des inventeurs, la France aurait résolu beaucoup de ses problèmes et les Français regarderaient de nouveau l’avenir avec confiance."
"Dans le nouveau modèle de croissance que la France appelle de ses voeux, que la France cherche à construire, une place plus grande doit donc être faite au travail, aux entrepreneurs, aux inventeurs, aux créateurs, au final à la production."
- La Présidence de la République par son chef de cabinet (Cédric Goubet) adresse au Secrétaire général de l’AIS ce courriel du 25 août 2009 :
« Le Président de la République a bien reçu le courriel par lequel vous souhaitez que soit organisées rapidement des concertations avec les inventeurs salariés.
Chargé de vous répondre, je puis vous assurer qu’il en a été pris connaissance avec intérêt.
Aussi n’ai-je pas manqué de transmettre votre message à la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, en lui demandant de vous tenir directement informé de la suite susceptible de lui être réservée. »
Bilan:
Ainsi, depuis bientôt 3 ans, malgré quelques bonnes paroles, il n'y a eu aucune initiative concrète de l'Etat pour stimuler et récompenser les inventeurs salariés du privé exerçant leur activité de recherche en France.
Les conseillers du Président de la République promènent désormais l'AIS d'un Ministère à l'autre.La prochaine étape sera peut-être le Ministère de la Culture...
La France semble refuser obstinément d'imiter le premier de la classe en matière de brevets en Europe : à savoir l'Allemagne.
Sans monopole d'exploitation procuré par des brevets de valeur en nombre suffisant, les emplois industriels vont continuer à disparaître en France et le chômage va augmenter. Cette situation continuera à appauvrir la grande majorité de la population française. Cette prise de conscience devrait inciter l'Etat français à agir véritablement et le plus rapidement possible pour améliorer tous les facteurs pouvant contribuer à développer l'innovation et la propriété industrielle en France, sans oublier le facteur humain essentiel, à savoir les inventeurs.
Ayant pris conscience de ce qui se passe dans les milieux financiers, beaucoup de créatifs, révélés ou potentiels, dans l'industrie française, nous font part de leur profonde démotivation.
L'envie d'inventer est entrain de disparaître dans les entreprises françaises.
En effet, cette envie et le fait de l'exprimer ouvertement entraînent beaucoup plus de risques de carrière que d'espoirs d'être reconnu.
Du coup, ces créatifs sédentaires choisissent de se fondre dans l'anonymat et le silence.
Pour les créatifs jeunes et non sédentarisés, l'expatriation risque de devenir un phénomène de plus en plus à la mode, si rien ne bouge en France.
Jean-Pierre Kaplan
jean-pierre.kaplan@laposte.net
Etude de législation comparée sur les rémunérations IS faite par le sénateur Richard YUNG pour le compte du SENAT
Cette étude sous forme d’un document pdf de 40 pages est accessible sur le site suivant :
http://www.senat.fr/noticerap/2008/lc199-notice.html
Elle expose les règles qui régissent la rémunération des inventeurs salariés dans huit pays européens : l'Allemagne, le Danemark, l'Espagne, les Pays-Bas, la Pologne, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse.
Elle met en évidence le caractère particulièrement complet et protecteur des règles en vigueur en Allemagne, au Danemark et en Suède, toutes adoptées dans l'immédiat après-guerre.
La RATP condamnée à payer 125 000 euros à un inventeur salarié
De nombreux médias ont diffusé cette information :
http://www.liberation.fr/economie/0101580000-la-ratp-condamnee-a-dedommager-un-salarie-inventeur
http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-07-15/justice-la-ratp-condamnee-a-payer-125-000-euros-a-un-salarie-inventeur/920/0/361455
http://www.invention-europe.com/modules.php?op=modload&name=News&file=article&sid=626723
http://www.e24.fr/economie/france/article111711.ece/La-RATP-va-verser-125.000-euros-a-un-employe.html
http://www.lesechos.fr/depeches/france/afp_00166439-la-ratp-condamnee-a-payer-125-000-euros-a-un-salarie-innovant.htm
L’Association des Inventeurs salariés se réjouit de cette bonne nouvelle .
De nouveau , elle est la preuve d’une nouvelle prise de conscience de la nécessaire reconnaissance et récompense des Inventeurs dans les Entreprises . Le Président de la République s’est , à plusieurs reprises , exprimé récemment dans ce sens - voir nos articles précédents -
Communiqué de l'AIS :
La France ne doit pas continuer à perdre du temps dans l'inaction ... envers ses inventeurs !
Dans sa déclaration devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 22 juin 2009, le Président de la République fait un constat lourd de conséquences :
"Quand on voit la capacité d'innovation dont elle fait preuve ; Quand on voit ce que le courage, l'énergie, l'intelligence des Français est capable d'accomplir ; On se dit que si l'Etat avait joué son rôle de force d'entrainement, de force de progrès, comme il l'a fait si souvent dans notre histoire, s'il avait été davantage du côté des entrepreneurs, des créateurs, des inventeurs, la France aurait résolu beaucoup de ses problèmes et les Français regarderaient de nouveau l'avenir avec confiance."
Et son intention de changer cette situation, tout comme il l'avait déjà indiqué en donnant des instructions précises à ses Ministres le 7 avril dernier à Venelles ( voir nos articles précédents du 16 avril et 7 juin sur ce site ) :
"Dans le nouveau modèle de croissance que la France appelle de ses voeux, que la France cherche à construire, une place plus grande doit donc être faite au travail, aux entrepreneurs, aux inventeurs, aux créateurs, au final à la production."
Depuis les instructions du Chef de l'Etat du 7 avril, soit prés de 3 mois, apparemment aucune action n'a été entreprise, aucun contact avec l'association AIS représentant les inventeurs salariés non plus.
L'Association AIS réclame l'ouverture rapide de concertations sur cet important sujet, suivant les instructions données par le Président de la République Française.
La SNCF condamnée à payer un demi-million d'Euros à un inventeur salarié
De nombreux médias ont diffusé cette information :
http://www.lexpress.fr/actualites/1/la-sncf-condamnee-a-payer-un-demi-million-d-euros-a-un-salarie-inventeur_766972.html
http://www.lesechos.fr/depeches/france/afp_00156311-la-sncf-condamnee-a-payer-un-demi-million-d-euros-a-un-salarie-inventeur.htm
http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=IG&num=1268781
L’Association des Inventeurs salariés se réjouit de cette bonne nouvelle . Elle est la preuve d’une prise de conscience d’une nécessaire reconnaissance et récompense des Inventeurs dans les Entreprises .
La Présidence de la République confirme son intention de reconnaissance des inventeurs salariés
Suite au communiqué de presse de l'AIS sur la reconnaissance par le président Sarkozy, l'Elysée a confirmé ses intentions par courrier.
L'AIS est heureuse de cette attention ainsi que de la confirmation des intentions du président concernant la reconnaissance et la récompense des inventeurs salariés.

L'enquête de 2008 de l'INPI-Observatoire de la Propriété Intellectuelle (OPI) sur la rémunération des inventeurs salariés : un manque d'objectivité manifeste.
Cette enquête est accessible sur : http://www.inpi.fr/fileadmin/mediatheque/pdf/OPI/INPI_enquete_RIS_2008.pdf
On peut se demander quelle est la valeur d'une telle enquête, qui ne comporte que 31,4% de réponses des entreprises interrogées (88 sur 280).
Vouloir faire de cette enquête "un référentiel aux entreprises qui souhaitent adopter ou mettre à jour un tel système" nous semble très ambitieux et bien exagéré au vu du faible nombre de ces réponses.
En annexe 3 de cette enquête figurent quelques commentaires assez succincts du système de rémunération des inventeurs salariés en Allemagne.
Dans ces commentaires les affirmations suivantes nous semblent à la fois inexactes et partisanes :
a) "En pratique: un système complexe à mettre en œuvre, réservé aux grandes entreprises"
b) "… la rémunération des inventeurs nécessite plus d'une personne équivalent temps plein, sans compter le concours actif des ingénieurs brevets et des agents du groupe qui font remonter l'information concernant l'exploitation du brevet".
c) "Contrairement à une idée reçue en France, le système de rémunération des inventeurs salariés en Allemagne n'est pas une pratique courante dans toutes les entreprises. Les petites entreprises, voire les entreprises du Mittelstand (moyennes entreprises) connaissent mal, voire pas du tout, les obligations légales et ne découvrent l'existence du système qu'au moment de litiges ou de réclamations".
Intrigués par les affirmations non étayées a) et c) de l'OPI, nous nous sommes adressés directement au Patentamt allemand à Munich pour les vérifier.
Notre lettre en allemand, sa traduction en français ainsi que la lettre-réponse en allemand de la "Schiedsstelle" (Chambre arbitrale) du Patentamt figurent en pièces jointes.
Dans sa lettre, la "Schiedsstelle" contredit les affirmations a) et c) de l'OPI :
"das Gesetz über Arbeitnehmererfindungen ist für den Arbeitgeber bindend, vgl. hierzu §1 ArbEG. Insofern sind auch kleinere Betriebe und mittelständische Unternehmen verpflichtet, es in ihren Betrieben anzuwenden. Allerdings ist es durchaus möglich, dass kleinere Unternehmen erst auf dieses Gesetz aufmerksam werden, wenn eine Arbeitnehmererfindung vorliegt. Eine Statistik zur Anwendung bzw. Nichtanwendung wird nicht geführt."
"la loi sur les inventions d'employés est contraignante pour l'employeur, cf.§ 1 ArbEG. De ce fait, les petites et les moyennes entreprises sont elles aussi obligées de l'appliquer. Il est certes tout à fait possible que de petites entreprises découvrent cette loi seulement à l'occasion d'une invention d'employé. Il n'existe pas de statistiques sur l'application ou la non application [de cette loi]."
On remarque que le système n'est pas réservé aux grandes entreprises comme l'affirme a), et que sans statistiques existantes, les allégations du c) de l'OPI ne reposent sur rien de valable. De plus la "Schiedsstelle" n'évoque l'ignorance possible de la loi que pour les petites entreprises qui n'ont jamais fait d'invention au moment où se produit la première.
En ce qui concerne le point b) l'affirmation n'a pas de sens si on ne la rapproche pas du nombre de dossiers traités annuellement par l'entreprise allemande en question.
Nous renvoyons pour cette question à l'article de l'AIS "Siemens et ses brevets: un exemple pour la France" à l'adresse : http://inventionsalarie.neufblog.com/ais_association_des_inven/2008/02/le-groupe-allem.html
Tout lecteur objectif conviendra aisément que la réalité de la situation en Allemagne est certainement mieux décrite par le "Patentamt" allemand que par l'INPI français, qui visiblement subit les influences partisanes du patronat français. Ce dernier considère que le système allemand de rémunération des inventeurs salariés ne présente que des inconvénients économiques et aucun avantage pour l’innovation, malgré le fait que ce système perdure depuis plus de cinquante ans en Allemagne et ait largement contribué à faire de l’Allemagne la première puissance innovante et industrielle d’Europe.
Jean-Pierre Kaplan
jpkaplan@tele2.fr
Lettre AIS au Patentamt allemand à Munich
Dr. Jean-Pierre Kaplan
Association des Inventeurs salariés
8 rue Ferdinand Lot
92260 Fontenay aux Roses
France
jpkaplan@tele2.fr
Deutsches Patent-und Markenamt
Zweibrückenstraße 12
80331 München
Allemagne
Paris, den 16. März 2009
Betrifft : Die Anwendung deutscher Gesetze ( die Rechtslage) bei der Vergütung deutscher angestellter Erfinder.
Sehr geehrte Damen und Herren,
In einer französischen Publikation wird folgende Behauptung aufgestellt :
" Entgegen der weitverbreiteten Meinung in Frankreich ist es in den deutschen Unternehmen und Firmen, nicht unbedingt üblich, den angestellten Erfindern eine besondere Erfindervergütung zukommen zu lassen. Die kleinen Betriebe, bzw. die Unternehmen des Mittelstandes kennen schlecht, oder überhaupt nicht, die gesetzlichen Bestimmungen, und entdecken die Existenz dieses Vergütungssystems erst im Falle eines Rechtsstreites oder wenn explizit Forderungen gestellt werden."
Diese Behauptung kommt mir merkwürdig vor.
Können Sie mir Statistiken übermitteln bezüglich der Anwendung bzw. Nichtanwendung des deutschen Gesetzes durch kleine und mittelständische Betriebe, die Patente bei Ihnen beantragen ?
Gibt es prozentuale Angaben bezüglich der Verhaltensweise bei den gesamten kleinen und mittelständischen Unternehmen ?
Interessant wäre auch zu wissen, in wieweit die Zahlung und die Höhe der Vergütung von der wirtschaftlichen Verwertbarkeit der Erfindung abhängig ist.
Ich bedanke mich im Voraus und verbleibe mit freundlichen Grüßen
Dr. Jean-Pierre Kaplan
P.S.: Diesen Brief bekommen Sie auch als Postsendung
Lettre AIS au Patentamt allemand à Munich (traduction)
Dr. Jean-Pierre Kaplan
Association des Inventeurs salariés
8 rue Ferdinand Lot
92260 Fontenay aux Roses
France
jpkaplan@tele2.fr
Deutsches Patent-und Markenamt
Zweibrückenstraße 12
80331 München
ALLEMAGNE
Le 16 mars 2009
Objet : Application de la loi allemande sur la rémunération des inventeurs
Messieurs,
Une publication française affirme la situation suivante pour l'Allemagne :
" Contrairement à une idée reçue en France, le système de rémunération des inventeurs
salariés en Allemagne n'est pas une pratique courante dans toutes les entreprises. Les
petites entreprises, voire les entreprises du Mittelstand (moyennes entreprises)
connaissent mal, voire pas du tout, les obligations légales et ne découvrent l'existence du
système qu'au moment de litiges ou de réclamations."
Cette affirmation me semble étonnante.
Pourriez-vous me communiquer des données statistiques concernant la non application de la loi allemande par les petites et moyennes entreprises qui déposent des demandes de brevet ?
Que représentent ces entreprises en pourcentage de la totalité des petites et moyennes entreprises allemandes ?
Avez-vous aussi des statistiques sur la hauteur des rémunérations obtenues par les inventeurs salariés en Allemagne par application de la loi? De quel ordre de grandeur sont ces rémunérations basées sur l'exploitation des inventions ?
En vous remerciant par avance, je vous prie d'agréer, Messieurs, mes salutations distinguées.
Dr. Jean-Pierre Kaplan
Lettre-réponse en allemand de la "Schiedsstelle" (Chambre arbitrale) du Patentamt

COMMUNIQUE
Les inventeurs salariés : La reconnaissance par le Président Nicolas SARKOZY
Bravo Monsieur le Président de reconnaître publiquement l’apport des inventeurs salariés dans la valeur des entreprises et d’affirmer que dans une société du mérite il faut absolument les récompenser à leur juste valeur*. Cette affirmation confirme pour les salariés du privé ce que vous aviez déjà déclaré pour les chercheurs du public lors de votre discours de Saclay de 2008 pour la remise du prix Nobel à Albert Fert.
L’Association des Inventeurs Salariés (AIS) ne cesse de clamer que pour stimuler puissamment l’innovation et donc la compétitivité de nos entreprises il faut récompenser ses principaux acteurs : les chercheurs- inventeurs. Et ceci en les intéressant financièrement au chiffre d’affaires tiré de l’exploitation de leurs inventions brevetées. Cet intéressement devra être défini dans ses modalités par la loi et/ou par décret. C’est ce que l’Allemagne et le Japon font avec un succès constant depuis 50 ans. C’est ce que la France a fait avec succès depuis 1996, mais uniquement pour les chercheurs fonctionnaires des centres de recherches publics.
Car au-delà des intentions de principe(s) il faut maintenant agir. Depuis la loi de 1990 qui rend obligatoire la rémunération des inventeurs salariés par la négociation entre les partenaires sociaux, peu de choses ont été réalisées dans la pratique. Depuis 1990 aucune convention collective n’a été modifiée dans le secteur privé. On a vu tout récemment qu’il est impossible pour le MEDEF de faire appliquer un Code de bonne conduite par ses propres adhérents, et qu’au bout d’un moment le gouvernement n’a plus d’autre choix que de légiférer.
Nous sommes maintenant sans aucun doute dans cette situation pour la question de la rémunération et plus largement du statut des inventeurs salariés.
Des propositions de loi et de décret sur cette question, émanant de l’AIS – Association des Inventeurs salariés - http://www.inventionsalarie.com existent et ont déjà été transmises au MEDEF ainsi qu’à la CGPME, mais sans succès jusqu’à présent.
Nous vous avons clairement entendu Monsieur le Président, maintenant nous attendons avec impatience les résultats de l’action de votre gouvernement.
Jean-Florent Campion
Secrétaire Général de l’AIS
Prix Chéreau-Lavet de l’ingénieur inventeur 2008
*Discours du Chef d'Etat le 07 avril à Venelles (Bouches du Rhône ) sur le thème de « La croissance par la recherche et l’innovation » :
Le président de la République Nicolas Sarkozy invite le patronat et les partenaires sociaux à ouvrir des négociations sur la rémunération des inventeurs salariés
Le 7 avril 2009 une Table Ronde s’est tenue à Venelles (Bouches du Rhône) sur le thème « La croissance par la recherche et l’innovation » en présence du Président de la République Nicolas SARKOZY, de la Ministre de l’Economie et des Finances Christine Lagarde, de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse, ainsi que de nombreux responsables et chercheurs universitaires et industriels de Provence- Côte d’Azur.
L’enregistrement vidéo intégral de cette Table Ronde est accessible sur le site Internet de l’Elysée http://www.elysee.fr/webtv/au_jour_le_jour/table-ronde-sur-le-theme-de-la-croissance-par-la-recherche-et-l-innovation-video-1-1109.html
Le président Sarkozy a d’abord indiqué que « la réponse à la crise, c’est l’innovation. Produire davantage sans affaiblir la ressource de la planète et en préservant notre compétitivité sans affaiblir notre modèle social. Le challenge c’est d’innover en étant plus compétitifs que les autres et en préservant la planète. C’est un devoir pour que nos enfants continuent à bénéficier des meilleures universités du monde..
Je veux mobiliser le pays tout entier autour des projets que nous mettons en oeuvre avec Valérie Pécresse et Christine Lagarde. Nos universités sont les seules au monde qui ne bénéficient pas de l’autonomie. Les choses progressent (…) C’est un choix sur lequel je ne reviendrai jamais. J’y crois profondément. Les universités souffrent de trois problèmes : elles ne sont pas autonomes ; elles sont concurrencées par les Grandes Ecoles qui prennent les meilleurs étudiants, et le milieu universitaire souffre de paupérisation.
De plus il n’y a pas assez de contacts entre la recherche publique et la recherche privée, entre recherche fondamentale et recherche appliquée. La seconde restant suspecte aux yeux des universitaires à cause des marchés industriels sur lesquels elle débouche.. Or si l’on fait des études, c’est pour créer de la richesse !
La France ne donne pas assez de moyens à son enseignement supérieur. Je souhaite que les chercheurs soient valorisés, récompensés, que la France soit la terre de la valorisation du mérite ! De toute manière, crise ou pas, il faut innover (…)
"...Christine, il faut ouvrir avec le patronat des négociations sur la rémunération des inventeurs salariés… il y a une capacité d’ingéniosité fantastique dans nos entreprises. L’Allemagne qui est un modèle en la matière, récompense l’ingéniosité des inventeurs salariés (…) Je trouve que le système de rémunération des inventeurs salariés est beaucoup trop rigide, ne tient absolument pas compte de l’inventivité, du mérite… Christine, il faut voir avec les partenaires sociaux un système de Rémunération - n'ayons pas peur des mots,ne faisons pas de complexe - de Rémunération de quelqu’un qui trouve une idée qui , au lieu d'être dans son quotidien de travail IMAGINE, … ».
C’est la première fois en France qu’un Président de la République, en l’occurrence Nicolas Sarkozy, a le mérite de soulever ainsi publiquement un problème jusque là quasiment ignoré, un « challenge » national passé sous silence par les grands medias notamment télévisés, mais aussi par la plupart des medias écrits dont le premier journal français, Le Figaro. Alors que le Président de la République reconnaît que ce challenge conditionne la survie même sur le territoire national de l’ensemble de l’industrie française et donc de millions d’emplois menacés d’anéantissement par la récession mondiale !
Nous n’avons cessé sur ce blog de déplorer l’attitude fuyante du MEDEF qui a toujours refusé de prendre en compte cette problématique par une vraie négociation avec les représentants des inventeurs salariés. Problématique de l’intéressement pécuniaire à leurs activités inventives afin de dynamiser leur motivation et donc l’innovation.
Au cours de l’année 2008 les travaux du CSPI sur ce sujet ont donné lieu à un Avis remis à la Ministre de l’Economie et des Finances Christine Lagarde…Avis resté confidentiel et qui dort dans un tiroir du Ministère depuis plus de 4 mois sans qu’aucune mesure n’ait été prise pour y donner une suite.
Alors qu’il s’agit d’une grande cause nationale cruciale pour l’innovation, elle- même reconnue par le Président de la République dans le contexte de la mondialisation et de la récession comme le seul axe stratégique susceptible de permettre à la France une contre- offensive efficace.
Sous l’impulsion du Président de la République le temps n’est-il donc pas enfin venu d’amener autour d’une table afin de négocier un nouveau système de rémunération des inventeurs salariés, patronat, partenaires sociaux (syndicats de salariés) et représentants des inventeurs salariés à savoir l’Association des Inventeurs Salariés – AIS (*) ?
Jean-Paul Martin
European Patent Attorney
Docteur en droit
Le 15 avril 2009
(*) l’AIS regroupe des inventeurs salariés éminents, auteurs d’inventions de grande valeur industrielle
POUR UNE REGULATION DE LA RELATION DE L'INDUSTRIE EUROPEENNE PRIVEE AVEC SES PROPRES CHERCHEURS
« Le Monde » du12/2/09, puis celui du 19/2/09 font état des positions de Chris Viehbacher, Directeur Général de Sanofi-Aventis et de Louis Gallois, Président de EADS. Les deux dirigeants reconnaissent que l'avenir de leurs groupes dépend des performances de leurs recherches dans le futur.
Nous ne pouvons que leur souhaiter très sincèrement pleine réussite dans leur entreprise. Ce sera pour le bien de tous. En effet, nous, les chercheurs, savons parfaitement bien que la sortie de la crise passe par l'innovation, aboutissement de la recherche.
En explicitant cette position, les deux dirigeants, constatent en même temps la faiblesse de leurs recherches actuelles. Ainsi, Sanofi-Aventis verra environ 30% de son chiffre d'affaires devenir accessible aux fabricants de génériques d'ici à 2012. Elle n'a pas pu commercialiser un nouveau blockbuster (médicament à plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel) depuis dix ans. Elle pense s'en sortir avec des acquisitions de sociétés moyennant des milliards d'euros. On peut légitimement imaginer qu'il s'agit de sociétés détentrices des brevets, donc dotées d’un secteur « Recherche » performant. De son côté EADS constate une pénurie d'effectifs qualifiés, puisque les ingénieurs diplômés de « SupAéro » ont préféré aller vers la finance. Elle espère que la crise actuelle va les faire aller un peu moins vers la banque et un peu plus vers l'aéronautique. Nous supposons ici qu'elle pense aux futures promotions de « SupAéro » ; car l'ingénieur qui ne va pas vers la recherche dès la sortie de son école est définitivement perdu pour la technique.
Elle propose pour s'en sortir « un emprunt européen pour financer la recherche » ainsi qu’« une politique industrielle commune et de grands projets pour sortir de la crise ».
Les constats des deux dirigeants sont parlants : leurs secteurs « recherches » ont des graves problèmes. Les faits sont là. Par contre leurs intentions ou propositions attirent quelques observations de notre part.
Dans une précédente note sur le site web de l’AIS nous avons résumé la loi allemande de 1957 réglementant le calcul des rétributions accordées au chercheur de l'industrie privée en Allemagne, quand les brevets protégeant leurs inventions sont exploités par l'employeur.
Cette loi s'apparente aux décrets français de 1996 et de 2001 réglementant les rétributions accordées aux chercheurs du secteur public (Université, CNRS, INSERM, etc.). On peut trouver la traduction en français de la loi allemande ainsi que les décrets français dans « Droit des inventeurs salariés » de Jean-Paul Martin, Editions Litec, 3ème édition, 2005.
L'article d'Annie Kahn dans « Le Monde » du 3/2/09, intitulé « En France, les inventeurs peu reconnus et mal payés », explique pourquoi ces deux régimes ne concernent pas les chercheurs de l'industrie privée en France.
En effet dans le cas de ces derniers, on peut parler plutôt de pourboires concédés par leur employeur pour récompenser une invention. Et encore, pas toujours.
Il existe donc de véritables distorsions pour un travail identique dans le traitement des chercheurs-inventeurs.
Outre le problème juridique qu'elles posent (à travail égal, on attendrait un salaire égal), et la médiocrité de la recherche dans l’industrie privée en France qui en est la conséquence, ces distorsions provoquent sur le terrain deux incompatibilités.
La première concerne la coopération, en France, entre recherche publique et recherche privée. La volonté affichée du Président de la République de rapprocher les deux recherches est inopérante : car une recherche commune aboutira forcément à un brevet ayant comme co-inventeurs des chercheurs du secteur public et du secteur privé ; en cas d'exploitation du brevet les premiers auront automatiquement une rétribution très importante (en application des décrets), alors que les seconds n'auront rien ou presque ; ces derniers devront entamer une procédure en justice contre leur propre employeur, perspective peu motivante.
Cette situation absurde résulte de l'absence dans l'industrie privée d'une réglementation comparable aux décrets de 1996 et de 2001 applicables uniquement dans le secteur public.
La deuxième incompatibilité concerne les éventuelles recherches communes menées par des industries privées françaises et allemandes.
Des brevets ayant comme coinventeurs des salariés appartenant aux deux industries sont exclus, car l'industrie privée française n'a pas été dotée d'une réglementation comparable à celle dont s'est dotée l'industrie privée allemande depuis 1957.
Dans ces conditions le souhait de Louis Gallois de voir se réaliser « une politique industrielle commune et de grands projets », le tout moyennant « un emprunt européen pour financer la recherche », est inopérant, ceci à cause de l'absence chez les partenaires de cadres juridiques compatibles entre eux.
Dans l'état actuel des réglementations, le seul partenariat franco-allemand possible, avec des brevets comme objectifs, serait entre la recherche publique française et la recherche de l'industrie privée allemande. Le problème est de savoir quel est ici l'intérêt de la France et du contribuable français, invité à financer une recherche européenne.
On a laissé pour la fin le coût de ces rétributions, évoqué périodiquement par les entreprises françaises.
L'évaluation à laquelle, par exemple, Sanofi-Aventis devrait se livrer est la suivante.
- Calculer d'abord, sur la base de la loi allemande, le montant des rétributions qu'elle aurait accordées à ses inventeurs-salariés s'ils avaient breveté un, deux ou trois médicaments « blockbusters » depuis dix ans.
- Puis, comparer ce montant aux milliards d'euros qu'elle va investir dans l'acquisition de sociétés détentrices de brevets.
Ce n'est bien sûr qu'une hypothèse d'école, puisque ceci suppose des chercheurs motivés. Mais le résultat d'une telle évaluation est évident.
Ce que l'industrie privée française n'a pas su comprendre est que le calcul de ces rétributions ne saurait pas être réduit à une seule ligne comptable. La motivation du chercheur fait partie intégrante de la stratégie d'entreprise, à établir à un niveau très élevé. Nettement plus haut que celui des DRH ou des services de propriété industrielle auxquels certains groupes français ont confié la gestion de leur matière grise, et donc de l'innovation, depuis des décennies.
Les pouvoirs publics ont les moyens de procéder aux évaluations de ces coûts. Nous le leur demandons et nous leur faisons confiance. Car c'est aux pouvoirs publics que nous nous adressons, tout en leur reprochant de ne pas avoir créé depuis plus d'un demi-siècle le cadre juridique adéquat, qui aurait empêché l'industrie française de présenter l'image décrite par Chris Viehbacker et Louis Gallois. Quand on constate que, depuis dix ans, l'ensemble de l'industrie pharmaceutique française n'a demandé au total qu'une petite dizaine d' AMM (autorisation de mise sur le marché) pour un médicament issu d'une molécule nouvelle, protégée par un brevet d'origine française, et surtout quand ces dix AMM ne comprennent aucun « blockbuster », la conclusion est simple.
Nous reprochons aux pouvoirs publics de ne pas avoir compris certaines réalités connues par tous les chercheurs du monde.
D'abord que les résultats de la recherche ne sont jamais immédiats, ce qui rend très difficile l'évaluation fréquente de l'efficacité du chercheur. Par exemple le médicament blockbuster que Sanofi-Aventis cherche en vain depuis dix ans nécessite une recherche longue et soutenue. Pendant ces années le chercheur doit se remettre en question tous les jours, seul. Seuls l'autocontrôle et l'autodiscipline dans les idées sont de mise. La présence d'un contremaître assurant la cadence comme jadis sur les chaînes de production est exclue. En recherche, on a affaire à des individus livrés à eux-mêmes. Du coup, seule la motivation est efficace avec eux. Et l'aboutissement d'une recherche étant forcément long, leur récompense doit être importante pour créer la motivation. D'ailleurs cet aboutissement, le plus souvent, ne se produit qu'une seule fois dans la vie professionnelle du chercheur.
Les allemands l'ont compris depuis 1957. Et ils ont légiféré. En créant le cadre juridique, leurs pouvoirs publics n'ont fait que leur métier.
C'était l'époque où le Général de Gaulle a énoncé sa fameuse formule « des chercheurs qui cherchent on en a, des chercheurs qui trouvent on les cherche ». Nous sommes à des années de lumière de distance par rapport à la dernière tentative française pour introduire une réglementation applicable à l'industrie privée. Ce fut l'amendement déposé par le député Michel Raison, retiré à la séance de l'Assemblée Nationale du 7/12/06, dans des conditions peu flatteuses pour le gouvernement de l'époque. Car il a échappé à ce gouvernement qu'en rejetant l'amendement Raison, l’assemblée faisait perdurer l'incompatibilité de la recherche privée française, aussi bien avec la recherche publique française qu'avec la recherche privée allemande.
Le gouvernement actuel conscient, de ces distorsions ou incompatibilités, a demandé, en début 2008, au Conseil supérieur de la propriété industrielle (CSPI) de créer un groupe de travail pour faire des propositions.
Rude tâche, car il n'y a que deux options pour faire disparaître les distorsions: soit accorder aux chercheurs de l'industrie privée française des rétributions identiques à celles pratiquées par le secteur public français ou par l'industrie privée allemande; soit supprimer les rétributions accordées par le secteur public français ou par l'industrie privée allemande.
Le CSPI a choisi une voie originale. Il a commencé la rédaction du rapport sans tenir compter de l'absence de représentants des salariés en son sein, car exclus par un ancien gouvernement. De la sorte il s'agira d'un rapport concernant l'industrie privée qui ne tiendra pas compte du point de vue des inventeurs-salariés. Les ingrédients pour exprimer la pensée unique sont réunis.
Quoiqu'il en soit, depuis début 2008 où les pouvoirs publics ont chargé le CSPI de cette mission, il y a un fait nouveau. Et il porte un nom: la crise.
Outre ses effets ravageurs dans la finance, elle a conduit à une prise de conscience dans d'autres domaines.
Ainsi l'Union Européenne a découvert que sans innovation il n'y aura pas de sortie de crise. Puis des dirigeants, comme Louis Gallois, proposent des recherches communes financées par l'Europe, moyennant emprunt.
Pour l'instant il s'agit de souhaits qui resteront lettre morte sans cadre juridique européen. Car toutes les actions communes nécessitent un cadre juridique commun. Ce dernier est la mission des Etats.
Vue l'urgence au niveau du secteur financier, les Etats ont choisi la concertation musclée, un calendrier fixe et un objectif clair: la REGULATION.
La recherche européenne se trouve dans le même état de détresse que la finance mondiale. Dans la mesure où les Etats de l'Union Européenne sont effectivement convaincus de l'importance et de l'urgence de l'innovation, il leur appartient de créer le cadre juridique dans lequel vont évoluer les partenaires sociaux de cette innovation.
Nous appellerons ce cadre: REGULATION de la relation entre l'industrie privée européenne et ses propres inventeurs.
Point n’est besoin de chercher à imaginer ce cadre. Il existe et il a fait ses preuves. Il s'agit de la loi allemande de 1957, à l'origine de la fertilité des chercheurs de l'industrie privée allemande de l'après-guerre.
Nous rajouterons que les décennies perdues par le reste de l'industrie européenne ne se rattraperont pas par des directives nécessitant des transpositions aux droits nationaux des 27.
Sous réserve de compatibilité avec les pratiques de l'Union européenne et d'équilibre des forces, le règlement (application immédiate) est plus approprié à l'état d'urgence de la recherche. Car il y a urgence.
La France est très bien placée pour prendre l'initiative d'un tel mouvement. Elle a commencé avec la finance. La suite des événements lui donne raison. Qu'elle poursuive avec l'innovation.
Christos PAPANTONIOU c.papanto@free.fr
Analyse du contentieux d’un inventeur salarié contre son employeur
Préambule :
L’affaire dont il s’agit concerne plusieurs procédures dont l’une d’entre elles est toujours pendante devant la cour administrative d’appel de Marseille. Le procès initial de Christian Ferrand, salarié de FRANCE TELECOM, contre son employeur en septembre 1996 pour non respect de contrat de cession de brevet devant les juridictions civiles est terminé :
-Jugement du tribunal de grande instance de Paris, 15 décembre 1999
-Arrêt de la cour d’appel de Paris, 10 mai 2002
-Arrêt de la cour de cassation, 18 février 2004
-Arrêt de la cour d’appel de Paris, 9 octobre 2004
Un procès de C. Ferrand contre FRANCE TELECOM pour harcèlement moral devant les juridictions administratives est pendant devant la cour administrative d’appel de Marseille :
-Jugement du tribunal administratif de Montpellier, 25 octobre 2007
Un procès d’AX1 CONSULT contre FRANCE TELECOM (action déclaratoire en non contrefaçon) dans lequel C. Ferrand est assigné en intervention forcée par FRANCE TELECOM est terminé :
-Jugement du tribunal de grande instance de Paris, 21 février 2001
Un procès de FRANCE TELECOM contre ADHERSIS pour contrefaçon de brevet d’invention devant les juridictions civiles dans lequel C. Ferrand est intervenant volontaire est terminé après un désistement de FRANCE TELECOM devant la cour de cassation le 7 août 2007:
-Jugement du tribunal de grande instance de Paris, 17 février 2004
-Arrêt de la cour d’appel de Paris, 8 décembre 2006
Un procès de FRANCE TELECOM contre BACKUP AVENUE pour contrefaçon de brevet d’invention devant les juridictions civiles dans lequel C. Ferrand est intervenant volontaire est terminé après un désistement de FRANCE TELECOM devant le tribunal de grande instance de Paris le 17 mars 2004:
-Jugement du tribunal de grande instance de Paris, 6 juillet 2004
-Arrêt de la cour d’appel de Paris, 7 septembre 2005
Une saisine de la CNIS (Commission Nationale des Inventeurs Salariés) par C. Ferrand le 22 février 2007 est terminée après une déclaration d’incompétence de la CNIS le 22 janvier 2008.
Plus de 300 pièces produites par C. Ferrand devant les diverses juridictions, plusieurs dizaines d’audiences, plus de 12 ans de contentieux…
La rupture du contrat de cession de brevet :
Salarié de FRANCE TELECOM, C. Ferrand a déposé le 21 octobre 1993, avec une personne extérieure à FRANCE TELECOM, une demande de brevet d’invention concernant un système de sauvegarde des données sur les réseaux de télécommunication. FRANCE TELECOM exerça son droit d’attribution sur cette invention classée « hors mission attribuable ». Le 6 octobre 1994, C. Ferrand a signé un acte de cession de sa part de copropriété de ce brevet avec FRANCE TELECOM (CNET) pour 4 pays (France, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis) prévoyant une rémunération proportionnelle (50%) à l’exploitation de l’invention.
En 1995, une société AX1 CONSULT, dirigée par l’ancien Directeur général adjoint d’une filiale à 100% de FRANCE TELECOM (DIAGRAM acquise par FRANCE TELECOM auprès d’ALTUS FINANCES ex-filiale du CREDIT LYONNAIS) se manifesta auprès de FRANCE TELECOM (CNET) pour prendre une licence puis acquérir le brevet pour 5 millions de francs. Cette société exploitait un système similaire à celui qui était décrit dans le brevet Ferrand sur la base d’un autre brevet (Rietsch) déposé 3 mois après (FRANCE TELECOM considérait que ce système était une contrefaçon de son brevet et avait donc incité cette société à acquérir le brevet).
En décembre 1995 FRANCE TELECOM commandita un rapport d’expertise à un cabinet de brevets afin de démontrer que les deux brevets étaient indépendants et que la société AX1 CONSULT pouvait exploiter librement son système de sauvegarde à distance. C. Ferrand découvrit alors que FRANCE TELECOM était partenaire d’AX1 CONSULT dans le développement d’une solution de sauvegarde en ligne d’AX1 CONSULT.
En mai 1996, FRANCE TELECOM décida la rupture unilatérale du contrat de cession de brevet signé avec C. Ferrand le 6 octobre 1994.
Le procès initial :
Le 27 septembre 1996, C. Ferrand assigna FRANCE TELECOM devant le tribunal de grande instance de Paris pour non respect de contrat de cession de brevet d’invention, non sans avoir auparavant largement alerté toute sa hiérarchie sur les anomalies de cette affaire. Ses nombreuses interventions ne suscitèrent aucune réaction et son avocat alerta, sans plus de succès, le Président de FRANCE TELECOM le 28 mai 1996.
Par un jugement en date du 15 décembre 1999, le tribunal de Paris condamna FRANCE TELECOM pour n’avoir pas respecté loyalement ses obligations contractuelles : « Dit que FRANCE TELECOM n’a pas mis en œuvre les moyens nécessaires à l’exploitation du brevet n°93.12771 dont elle a acquis pour partie la propriété de Christian Ferrand selon les termes du contrat de cession conclu le 6 octobre 1994, et n’a de ce fait pas exécuté loyalement ses obligations contractuelles ».
FRANCE TELECOM interjeta appel de ce jugement et la cour d’appel de Paris, dans un arrêt du 10 mai 2002, confirma le premier jugement et accorda à C. Ferrand le bénéfice d’une expertise judiciaire pour évaluer le préjudice subi. FRANCE TELECOM forma un pourvoi en cassation contre l’arrêt rendu par la cour d’appel.
Par un arrêt en date du 18 février 2004, la cour de cassation rejeta le pourvoi de FRANCE TELECOM et par un arrêt du 29 octobre 2004, la cour d’appel de Paris condamna FRANCE TELECOM à verser à C. Ferrand des dommages-intérêts, modiques en regard de sa demande.
Il est à noter que les enjeux financiers du marché d’affaires de la sauvegarde à distance sont considérables : plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires annuel en Europe.
C. Ferrand est à nouveau intervenu auprès de FRANCE TELECOM début 2005 pour demander officiellement que le contrat de cession du 6 octobre 1994 soit enfin respecté au motif qu’il était toujours valable et que FRANCE TELECOM exploitait le brevet (offre « Data Backup » de FRANCE TELECOM). Ses courriers sont restés sans réponse et en février 2006, il saisi la CNIS (Commission Nationale des Inventions de Salariés) pour faire reconnaître ses droits. Le 22 janvier 2008, après plusieurs mois d’échanges contradictoires avec FRANCE TELECOM devant la CNIS, cette dernière s’est déclarée incompétente pour résoudre ce litige.
Dans son assignation à l’encontre de FRANCE TELECOM, en septembre 1996, C. Ferrand avait dénoncé le comportement incohérent de FRANCE TELECOM à l’égard de la société AX1 CONSULT.
FRANCE TELECOM contre AX1 CONSULT :
Le 17 février 1997, la société AX1 CONSULT assigna FRANCE TELECOM devant le tribunal de grande instance de Paris (action déclaratoire en non contrefaçon) et FRANCE TELECOM assigna C. Ferrand en intervention forcée dans cette procédure le 6 mars 1997.
C. Ferrand fournit alors au tribunal tous les éléments établissant d’une part la contrefaçon de son brevet par AX1 CONSULT et d’autre part les relations entre cette société et FRANCE TELECOM.
Le tribunal de grande instance de Paris rendit son jugement le 21 février 2001, établissant la contrefaçon du brevet Ferrand par le système et le brevet de la société AX1 CONSULT : « Dit qu’en reproduisant pour ses procédés et dispositif Guardon, les moyens des revendications 1 et 8 du brevet n°93.12771, la société AX1 CONSULT a commis des actes de contrefaçon ».
Le tribunal débouta en outre FRANCE TELECOM de son assignation en intervention forcée à l’encontre de C. Ferrand. Ce jugement est définitif, il n’a fait l’objet d’aucun appel.
AX1 CONSULT et ADHERSIS :
Le 1er juillet 1996, la société AX1 CONSULT signait un contrat de licence exclusive de brevet avec JM Rietsch propriétaire d’un brevet d’invention français sur la sauvegarde à distance des données informatiques. Le 17 février 1997 la société AX1 CONSULT formalisait une action en déclaration de non contrefaçon à l’encontre de FRANCE TELECOM qui répliquait, le 20 octobre 1997, par une action reconventionnelle en contrefaçon pour faire juger que le brevet Rietsch exploité par cette société AX1 CONSULT était une contrefaçon du brevet Ferrand, appartenant à FRANCE TELECOM.
Comme cela a été vu, le tribunal de grande instance de Paris a jugé le 21 février 2001 qu’en exploitant un système fondé sur le brevet Rietsch, la société AX1 CONSULT avait commis des actes de contrefaçon du brevet Ferrand (celui de FRANCE TELECOM) et était condamnée à verser des dommages-intérêts à FRANCE TELECOM.
En décembre 1998, le tribunal de commerce de Paris ouvrait une procédure de liquidation judiciaire de la société AX1 CONSULT pour insuffisance d’actif. Puis par acte en date du 22 octobre 1999, FRANCE TELECOM adressait à ce même tribunal une requête en relevé de forclusion pour une créance de 550 000 F à l’encontre de la société AX1 CONSULT. Cette requête fut déclarée recevable et bien fondée par une ordonnance du tribunal de commerce de Paris en date du 13 décembre 1999.
Enfin, le tribunal de commerce de Paris demanda le 22 novembre 1999 la clôture des opérations de liquidation judiciaire d’AX1 CONSULT. Cette clôture des opérations de liquidation judiciaire d’AX1 CONSULT pour insuffisance d’actifs fut prononcée par le tribunal de commerce de Paris en date du 7 mars 2000.
Au cours de cette même période, le brevet Rietsch, considéré par FRANCE TELECOM comme une contrefaçon de son propre brevet (celui de Ferrand) avait déjà fait l’objet de paiement de redevances de concession de licence pour un montant de 500 000 F inscrits dans les comptes annuels de la société ADHERSIS au 31 mars 1999 puis était inscrit à l’actif du bilan de cette société ADHERSIS, dans ses comptes annuels au 31 mars 2000, pour un montant de plus de 12 millions de francs (12 155 339, 24 F très précisément).
FRANCE TELECOM contre ADHERSIS :
Il convient de préciser qu’en décembre 2001, la société ADHERSIS a été rachetée par une autre société, RISC TECHNOLOGY, pour 29,5 millions d’euros. En février 2002, ADHERSIS et FRANCE TELECOM entraient en négociation pour signer un contrat de licence du brevet Ferrand. Mais, dans le même temps (12 février 2002), FRANCE TELECOM lançait une procédure judiciaire contre ADHERSIS pour contrefaçon de brevet au motif notamment qu’ADHERSIS utilisait le brevet Rietsch dont la mise en œuvre était une contrefaçon du brevet de FRANCE TELECOM (jugement du tribunal de grande instance de Paris le 21 février 2001).
De nombreux documents attestent qu’ADHERSIS utilisait le brevet Rietsch :
-ADHERSIS, Backupia Concept et technologie (2000) : « La technologie Backupia est entièrement issue du Département Recherche & Développement d’ADHERSIS et ne dépend d’aucun logiciel tiers (à l’exception d’Oracle pour le centre d’hébergement). ADHERSIS développe le principe de télésauvegarde sécurisé depuis 1995. La qualité et l’ampleur des travaux a justifié le dépôt de brevets et d’autorisations. « Le brevet avec l’intitulé « procédé de sauvegarde et/ou d’archivage de données et/ou de fichiers informatiques et dispositifs pour la mise en œuvre dudit procédé » a été publié en 1995 à l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) ».
-Agence pour la Protection des Programmes, Constat d’agent assermenté (février 2002) sur le site internet de la société ADHERSIS: « Le brevet avec l’intitulé « procédé de sauvegarde et/ou d’archivage de données et/ou de fichiers informatiques et dispositifs pour la mise en œuvre dudit procédé » a été déposé à l’INPI le 7 janvier 1994 avec le n°9400231. Il a été publié le 13 juillet 1995 avec le n°2714986 ».
-ADHERSIS Technologie Backupia (août 2002): « Le brevet avec l’intitulé « procédé de sauvegarde et/ou d’archivage de données et/ou de fichiers informatiques et dispositifs pour la mise en œuvre dudit procédé » a été déposé à l’INPI le 7 janvier 1994 avec le n°9400231. Il a été publié le 13 juillet 1995 avec le n°2714986 ».
-RISC TECHNOLOGY Europe, rapport annuel 2001/2002 : P19 : « Le logiciel de base d’ADHERSIS est protégé par un brevet… », P23 : « Le poste immobilisations incorporelles augmente sensiblement car ADHERSIS détient un brevet sur le logiciel source de sauvegarde Backupia (valeur brute : 1,9 million d’euros amorti sur 15 ans / valeur nette au 31 mars 2002 : 1,65 million d’euros)… », P61 : « ADHERSIS ne dispose que de la technologie de sauvegarde… »
-Procès verbal de saisie contrefaçon réelle et descriptive contre ADHERSIS (mars 2003) : P4 : « La société ADHERSIS utilise plusieurs brevets dont le brevet Rietsch »
-RISC GROUP, rapport annuel 2002/2003 : P25 : « Le logiciel de base d’ADHERSIS est protégé par un brevet… », P31 : « e3 immobilisation incorporelles. Ce poste reprend essentiellement le brevet sur le logiciel source de sauvegarde Backupia (valeur brute : 1,9 million d’euros amorti sur 15 ans / valeur nette au 31 mars 2002 : 1,5 million d’euros)… »
Toute la procédure de FRANCE TELECOM contre ADHERSIS était fondée sur une saisie contrefaçon effectuée le 10 mars 2003, puis annulée par le tribunal de grande instance de Paris le 17 février 2004 : « Il ressort du procès-verbal du 10 mars 2003 que M. FREDECHE, conseil en propriété industrielle, assistant Maître NACACHE, huissier, dans les opérations de saisie contrefaçon a interrogé à deux reprises le saisi en ces termes : « quelle est la part de la télésauvegarde dans le chiffre d’affaires total des sociétés ADHERSIS ? » et « quelle est la date de début de la vente du service de sauvegarde par les sociétés ADHERSIS avec copie de la première facture ? »
« Ces questions ne se rapportant pas à la description du dispositif et du procédé BACKUPIA, objet de la saisie, le tribunal considère que l’homme de l’art qui assistait l’huissier a outrepassé la mission confié par le Président à ce dernier et en conséquence que les opérations de saisie doivent être annulées et les pièces et logiciels saisis écartés des débats et restitués aux sociétés défenderesses, le vice affectant la procédure étant une cause de nullité ne nécessitant pas la preuve d’un grief. »
Cette annulation de la saisie contrefaçon avait donc pour conséquence d’écarter toutes les preuves indiscutables de la contrefaçon, en particulier le lien entre le système d’ADHERSIS et le brevet Rietsch. Ceci désamorçait totalement la procédure puisque les preuves n’étaient pas retenues par le tribunal de grande instance et la contrefaçon n’était par conséquent pas reconnue.
La procédure en appel de FRANCE TELECOM sera tout aussi infructueuse, la cour d’appel confirmant le 8 décembre 2006 le jugement du tribunal de grande instance.
FRANCE TELECOM se pourvoit en cassation le 22 février 2007, puis dépose un mémoire argumenté de trente pages le 20 juillet 2007 mais moins de trois semaines après le dépôt du mémoire, elle se désiste de son pourvoi le 7 août 2007, ce qui met fin à la procédure.
Le partenariat de FRANCE TELECOM avec ADHERSIS fut néanmoins scellé puisque FRANCE TELECOM hébergeait dans ses « Data Centers » les données sauvegardées des clients d’ADHERSIS. Un document public de FRANCE TELECOM daté du 13 février 2003 précise ce point: « ADHERSIS héberge ses clients en toute sécurité.
En choisissant FRANCE TELECOM, l’éditeur de logiciel mise sur une sécurité à toute épreuve.
ADHERSIS a choisi en octobre 2002 de confier l’hébergement de cette nouvelle infrastructure de sauvegarde à FRANCE TELECOM, au sein de son centre d’hébergement de Nanterre. Ce centre de sauvegarde permet ADHERSIS de disposer d’un centre de backup.
Pour ces sauvegardes, ADHERSIS commercialise 3 produits selon la topographie du client… Ces produits sont implémentés chez le client et envoient les données à sauvegarder vers les centres d’hébergement de manière régulière chiffrée et automatique.
ADHERSIS a choisi FRANCE TELECOM pour ses clients afin de leur proposer un environnement sécurisé et pérenne. FRANCE TELECOM met à disposition d’ADHERSIS des moyens à sa disposition pour assurer le support et le suivi afin d’assurer la continuité 24h/24 7j/7.Un partenariat étroit avec FRANCE TELECOM est né de cet accord mettant en exergue l’intérêt économique et stratégique de cette solution pour les deux parties. »
C. Ferrand s’est constitué intervenant volontaire dans le procès de FRANCE TELECOM contre ADHERSIS pour défendre son brevet cédé à FRANCE TELECOM. Finalement, le brevet ne fut pas annulé, ni par le tribunal de grande instance, ni par la cour d’appel.
Au cours de cette période, RISC TECHNOLOGY Europe cotée à la bourse de Paris (Eurolist - compartiment C) changea d’appellation et devint RISC GROUP.
FRANCE TELECOM contre BACKUP AVENUE :
Depuis 2001, FRANCE TELECOM préparait activement l’exploitation de la sauvegarde en ligne et en février 2004 elle lançait une consultation auprès de partenaires potentiels afin de développer sa propre offre de sauvegarde en ligne.
Le 4 février 2003, FRANCE TELECOM faisait procéder à une saisie contrefaçon dans les locaux de BACKUP AVENUE et assignait BACKUP AVENUE le 17 février pour contrefaçon de brevet devant le tribunal de grande instance de Paris alors que depuis janvier 2001 FRANCE TELECOM et BACKUP AVENUE étaient en relation d’affaire. En janvier et février 2004, BACKUP AVENUE était consultée par FRANCE TELECOM pour la fourniture de prestations de sauvegarde en ligne.
Cette consultation se référait explicitement au brevet français et au brevet européen cédés par C. Ferrand à FRANCE TELECOM comme l’atteste un courriel adressé le 6 février 2004 par FRANCE TELECOM à BACKUP AVENUE: « La technologie objet de la consultation étant protégée par le brevet FR 93.12771 et le brevet européen 0650122, pour ce qui concerne l’Allemagne et la Grande-Bretagne, brevet dont FRANCE TELECOM détient une part de copropriété, la Société s’oblige à définir avec FRANCE TELECOM par contrat séparé, les conditions d’exploitation de ces brevets, tant pour leur usage pour le compte de FRANCE TELECOM, que pour tout usage pour des besoins autres que ceux de FRANCE TELECOM. »
En mars 2004, FRANCE TELECOM se désistait de son action contre BACKUP AVENUE, ce que le tribunal de grande instance de Paris confirmait en juillet 2004. BACKUP AVENUE interjetait appel mais la cour d’appel de Paris confirmait le jugement par un arrêt en septembre 2005. L’affaire contre BACKUP AVENUE est donc terminée.
Plusieurs documents attestent que FRANCE TELECOM et BACKUP AVENUE étaient en relation d’affaires depuis 2001 :
-Accord de confidentialité de FRANCE TELECOM adressé à BACKUP AVENUE concernant « une offre de partenariat visant à proposer à nos clients le service de sauvegarde en ligne que vous avez développé » (janvier 2001)
-Courriels de FRANCE TELECOM à BACKUP AVENUE et questionnaires d’audit concernant la sauvegarde en ligne (août 2003)
-Courriel de FRANCE TELECOM à BACKUP AVENUE: consultation pour la fourniture des prestations de services concernant l’offre FRANCE TELECOM intitulée « Sauvegarde en ligne » (janvier 2004)
-Courriel de FRANCE TELECOM demandant à BACKUP AVENUE prendre licence du brevet 93.12773 (février 2004)
En juillet 2007, RISC GROUP (ADHERSIS) rachetait BACKUP AVENUE pour 6,5 millions d’euros.
FRANCE TELECOM contre IBM
Le 28 mai 2003, FRANCE TELECOM adressait une lettre de réclamation à IBM l’informant que la solution IBM Tivoli Storage Manager était une contrefaçon du brevet Ferrand.
BACKUP AVENUE, assignée par FRANCE TELECOM pour contrefaçon de brevet, exploitait la solution IBM Tivoli Storage Manager dans son offre de sauvegarde en ligne.
FRANCE TELECOM contre CONNECTED (IRON MOUNTAIN)
A l’issue de la consultation de diverses entreprises, la solution retenue par FRANCE TELECOM pour offrir la sauvegarde en ligne à ses clients fut celle de la société américaine CONNECTED racheté depuis par le groupe américain IRON MOUNTAIN.
Le 24 novembre 2005, FRANCE TELECOM annonçait officiellement, par voie de presse, son offre de sauvegarde en ligne OLEANE BACKUP (appelé désormais DATA BACKUP), utilisant le système CONNECTED, après une ouverture opérationnelle le 18 juillet 2005 et un lancement le 8 octobre 2004.
Les enjeux financiers du marché d’affaires de la sauvegarde à distance sont considérables et FRANCE TELECOM a l’ambition d’être un leader de ce marché très rémunérateur comme le précise un article du Journal des Télécoms dans son numéro 164 de mai 2006 : « Selon Forrester Research, le marché de la sauvegarde en ligne, au niveau européen, pèsera environ 950 millions d’euros en 2009, contre seulement 80 millions aujourd’hui…
FRANCE TELECOM entre dans la danse. Un nouvel acteur de marque fait son entrée sur le marché : FRANCE TELECOM. L’offre de l’opérateur historique, baptisée OLEANE BACKUP, est destinée aux PME. « Le point fort de notre offre est la simplicité de son mode d’administration », estime Daniel Chiossi, responsable marketing des services en ligne. … « On souhaite clairement devenir un acteur leader sur le marché français », annonce Daniel Chiossi, « c’est à dire, être dans les trois premiers » ».
Actuellement, FRANCE TELECOM est partenaire du groupe américain IRON MOUNTAIN-CONNECTED pour l’exploitation de la sauvegarde en ligne (offre Data Backup). Pourtant, FRANCE TELECOM reprochait officiellement à CONNECTED par courriers recommandés les 21 décembre 2001 et 3 juillet 2002 de se livrer à une exploitation, en contrefaçon des brevets français et européen, cédés par C. Ferrand à FRANCE TELECOM.
Le groupe IRON MOUNTAIN-CONNECTED, un des leaders mondiaux de la sécurité informatique (plus de 2 milliards de dollars de CA en 2005), est partenaire de bon nombre de fournisseurs de sauvegarde en ligne en France et en Europe, en particulier des opérateurs de télécommunications concurrents de FRANCE TELECOM.
FRANCE TELECOM contre d’autres entreprises de sauvegarde en ligne :
Dès janvier 2002, FRANCE TELECOM étudiait les offres disponibles sur le marché d’affaires de la sauvegarde en ligne. Dans un document de janvier 2002 concernant notamment une « Etude Sauvegarde en ligne : solutions synthèse », FRANCE TELECOM analysait diverses offre de sauvegarde en ligne en particulier les solutions de plusieurs entreprises :
-BACKUP AVENUE ,-GRAU DATA STORAGE ,-NETSTORE ,-OODRIVE , -eDATALINK (Cybercoffre) ,-B.U.S.S. ,-VERITAS ,-XDRIVE ,-CONNECTED ,-IBM (Tivoli Storage Manager)
Dans ce document, chaque solution faisait l’objet d’une analyse, de commentaires et de comparaisons tarifaires avec les autres solutions. En outre, les fonctionnalités de base communes aux diverses solutions étudiées étaient listées: « installation d’un logiciel client spécifique, sauvegarde automatisée / manuelle en ligne, restauration en ligne, chiffrement des informations sur le poste client, stockage des données chiffrées dans les centres de données, compression des données, sauvegarde incrémentale, révision multiple des données ».
Ce document mettait en évidence que plusieurs services et filiales de FRANCE TELECOM participaient au projet: FTR&D (anciennement CNET), Branche Entreprise, Direction des Grands Comptes, Transpac, Orange, Wanadoo…etc…
Outre les réclamations, actions judiciaires et saisie contrefaçon à l’encontre de BACKUP AVENUE, ADHERSIS, CONNECTED et IBM, FRANCE TELECOM faisait adresser, le 1er avril 2003, des lettres de réclamation à d’autres entreprises par son cabinet de conseil en propriété industrielle :
-B.U.S.S. (Back Up Storage Service) ,-OODRIVE ,-VERITAS SOFTWARE ,-AXWAY ,-DATALINK ,YBERCOFFRE ,-GRAU DATA STORAGE ,-MANAGED STORAGE INTERNATIONAL ,-MAGIC ON LINE ,-INFONET SERVICES ,-OBJECTIF INTERNET ,-SEXTAN ,-STORAGE TELECOM
La plupart des entreprises citées dans l’étude de FRANCE TELECOM de janvier 2002 ont fait l’objet d’une réclamation pour contrefaçon en avril 2003.
Le harcèlement moral :
Dès le début de l’affaire en 1996, FRANCE TELECOM exerça sur C. Ferrand une pression psychologique (placardisation) et financière (stagnation de sa rémunération de fonctionnaire pendant plusieurs années).
Confronté à de tels comportements de son employeur, C. Ferrand assigna FRANCE TELECOM devant le tribunal administratif de Montpellier le 20 avril 2003 pour harcèlement moral. Par un jugement en date du 25 octobre 2007, le tribunal administratif de Montpellier a condamné FRANCE TELECOM pour son comportement fautif sans toutefois reconnaître le harcèlement moral :
« Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que l’intéressé a subi une diminution de ses responsabilité depuis 1996, intervenue après avoir écrit au président de France Télécom, le 28 mai 1996 et assigné France Télécom le 27 septembre 1996 ; qu’ainsi, le système d’information dont il avait la responsabilité a été scindé en deux ; que le service du système d’information fonctionnel dont il a eu la charge a de nouveau été scindé après son assignation en intervention forcée par France Télécom en mars 1997 ;
Considérant qu’en outre, l’intéressé a subi un préjudice de carrière dès lors qu’il n’est pas sérieusement contesté par France Télécom qu’il aurait pu, eu égard aux appréciations élogieuses dont il faisait régulièrement l’objet, bénéficier d’un avancement dans le grade supérieur ;
Considérant que, dans les circonstances de l’espèce, s’il n’est pas démontré que M. Ferrand a été victime de harcèlement moral, le comportement de l’administration, dans son ensemble, a constitué une faute de nature à engager la responsabilité de FRANCE TELECOM ; qu’en outre, il y a lieu de condamner FRANCE TELECOM à réparer son préjudice de carrière et son préjudice financier ».
L’affaire est actuellement pendante devant la cour administrative d’appel de Marseille (C. Ferrand a interjeté appel du jugement du tribunal administratif de Montpellier).
Les perspectives commerciales de la sauvegarde en ligne :
Comme cela a été vu, dès janvier 2002 FRANCE TELECOM R&D étudiait les offres disponibles sur le marché d’affaires de la sauvegarde en ligne. Dans un document de janvier 2002, FRANCE TELECOM analysait diverses offre de sauvegarde en ligne notamment les solutions de BACKUP AVENUE, de CONNECTED et celle d’IBM (Tivoli Storage Manager).
En janvier et février 2005 (lancement de l’offre de sauvegarde en ligne de FRANCE TELECOM), plusieurs comptes-rendus de réunion de FRANCE TELECOM (comité de pilotage de la sauvegarde en ligne) mentionnaient les offres d’ADHERSIS, de BACKUP AVENUE, d’IBM (Tivoli Storage Manager) et de CONNECTED. En particulier, un relevé de décisions du comité de pilotage du 14 janvier 2005 analysant successivement la solution d’IBM (Tivoli Storage Manager) et la solution d’ADHERSIS.
Le 18 janvier 2005, une réunion était consacrée à l’examen de la solution d’IBM ( Tivoli Storage Manager). Enfin, un relevé de décisions du comité de pilotage en date du 9 février 2005 précisait : « La solution retenue est la solution CONNECTED …»
Aujourd’hui, RISC GROUP/ADHERSIS (contrefacteur selon FRANCE TELECOM) exploite à la fois la solution d’IBM (Tivoli Storage Manager) et la solution d’IRON MOUNTAIN/CONNECTED (contrefacteur selon FRANCE TELECOM) après avoir racheté BACKUP AVENUE (contrefacteur selon FRANCE TELECOM).
Un document de RISC GROUP (mai 2008) précise : « La sauvegarde en ligne : c’est l’assurance de récupérer vos données en cas de sinistre, IBM Tivoli Storage Manager / IRON MOUNTAIN Incorporated ».
Dans le cadre de son offre DATA BACKUP, FRANCE TELECOM exploite la solution d’IRON MOUNTAIN/CONNECTED (contrefacteur pour FRANCE TELECOM) sur la base du brevet Ferrand.
INNOVATION ET INVENTEURS : UN CONTEXTE EUROPEEN
L'article d'Annie Kahn dans « Le Monde » daté du 4/2/09, intitulé « En France, les inventeurs peu reconnus et mal payés », pose le problème des droits non reconnus des inventeurs salariés quoique prévus par la loi.
Le même article signale que c'est le cas dans la majorité des pays, sauf en Allemagne et au Japon où la loi oblige les entreprises à donner des primes à leurs inventeurs salariés.
(Voir http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/03/en-france-les-inventeurs-peu-reconnus-et-mal-payes_1150052_3234.html ).
Nous nous limiterons à la comparaison des réalités allemande et française.
L'Allemagne par une loi qui remonte à 1957 oblige les entreprises à accorder des primes à leurs inventeurs salariés en fonction du chiffre d'affaires généré par l'exploitation de leur brevet. Les barèmes appliqués prévoient une dégressivité des primes en fonction du chiffre d'affaires. Les primes sont versées annuellement.
En France la loi de 1990 rend obligatoire le versement d'une rétribution financière aux inventeurs salariés de l'industrie privée quand leur brevet donne lieu à une exploitation.
Cependant la loi française ne prévoit aucun barème pour le calcul de la prime. Autrement dit, quand le salarié considère que la prime est dérisoire, il doit s'adresser à la justice pour affronter souvent une multinationale.
D'ailleurs l'article d'Annie Kahn fait état de la préférence de certains chefs d'entreprise pour ces pratiques, la voie judiciaire étant selon eux plus rentable financièrement que l'attribution des primes aux salariés. Contexte peu motivant pour les inventeurs.
En France toujours, deux décrets, en 1996 puis en 2001, ont réglementé les primes des inventeurs fonctionnaires (CNRS, Université, INSERM, etc.).
Ces derniers textes s'apparentent à la loi allemande. Ils conduisent à des primes autrement plus importantes que les quelques centaines ou milliers d'euros accordés aux inventeurs salariés de l'industrie privée.
Faisons simple, surtout quand c'est évident.
En Europe, jusqu'à présent, quand il se trouve un pays qui a une tradition longue et notoire dans un domaine donné par rapport à ses partenaires, la législation européenne, qui vient bien plus tard, s'aligne sur la législation de ce pays et sur sa tradition.
Ce fut, par exemple, le cas de la radioprotection des personnels exposés au risque des radioéléments. L'Europe a adopté, quasiment inchangée, la législation française. En effet quand le problème fut posé au niveau européen vers la fin des années 80, la France disposait déjà d'une tradition longue et notoire en cette matière, grâce au nucléaire.
Pourquoi changer une démarche qui a fait ses preuves?
Dans le domaine des primes des inventeurs salariés, l'Allemagne a compris depuis 1957 que les inventions sans inventeurs motivés n'existent pas. Et elle a légiféré. Depuis un demi-siècle la loi de 1957 n'a pas ruiné l'industrie allemande. Bien au contraire. Et on peut parler maintenant d'une tradition longue et notoire.
En France, en 2009, il existe des chefs d'entreprises prétendant que le coût du calcul des primes en fonction du chiffre d'affaires serait très important, car difficile à calculer, alors que c'est la pratique courante pour l'industrie privée en Allemagne, comme, d’ailleurs, pour le CNRS en France. Les commissaires aux comptes s'en chargent tous les ans.
Face à cette situation, que peut proposer le Conseil supérieur de la propriété industrielle (CSPI) à Madame Lagarde?
Nous ne connaissons évidemment pas le contenu du rapport remis. Par contre nous savons que le CSPI ne compte aucun représentant des salariés parmi ses membres.
Le CSPI ne mène que des combats d'arrière-garde. Il fait du passéisme en plein 2009.
Soit elle suit la voie choisie par les industriels qui sont restés entrepreneurs, soit elle suit la voie tracée par des chefs d'entreprise qui ont trouvé trop laborieux leur métier d'entrepreneurs; s'étant autoproclamés financiers, ces derniers ne s'intéressent qu'à la rentabilité de leur entreprise pendant l'année en cours, avec les résultats qu'on connaît !...
Christos PAPANTONIOU - Membre de l'Association des Inventeurs Salariés - c.papanto@free.fr
Article de Jean-Paul MARTIN : Le Président OBAMA condamne les "golden parachutes" abusifs des patrons
Le président Barack Obama est l'auteur d'un livre paru en 2006 "The Audacity of Hope - Thoughts on Reclaimaing the American Dream", dont la traduction française " L'Audace d'espérer - Une nouvelle conception de la politique américaine" a été publiée (Presses de la Cité) et diffusée depuis août 2008.
On y lit de nombreuses analyses fort intéressantes.
L'une d'elles (pages 69-70) est relative à la rémunération des patrons et nous la reproduisons ci- après :
"Bien sûr les conservateurs ont leurs propres points aveugles. Prenez par exemple la rémunération des patrons. En 1980, le P-DG moyen touchait quarante deux fois le salaire d'un travailleur payé à l'heure. En 2005 le rapport était de 265. Des porte- voix conservateurs comme le Wall Street Journal tentent de justifier ces salaires et ces stock- options mirobolants en affirmant qu'ils sont nécessaires pour attirer des hommes de talent et que l'économie marche mieux lorsque les P-DG de l'Amérique sont riches et heureux. Mais l'explosion de leurs rémunérations n'a rien à voir avec leurs compétences. En fait, certains des patrons les mieux payés de ces dernières années ont pris des décisions conduisant à d'énormes baisses des bénéfices, à une chute de la valeur de l'action, à des licenciements massifs et à la sous- capitalisation des fonds de pension de leur personnel.
Cela montre que l'augmentation des rémunérations des patrons n'est pas un impératif du marché. Alors que le salaire du travailleur moyen stagne ou augmente peu, un grand nombre de P-DG s'empare sans vergogne de ce sur quoi les membres de leur conseil d'administration, dociles et choisis avec soin, leur laissent mettre la main. Les Américains sont conscients des dégâts qu'une telle éthique de la cupidité a causés à notre vie collective. Une récente étude indique qu'ils considèrent la corruption au gouvernement et dans les affaires, la cupidité et le matérialisme comme deux des trois principaux problèmes à résoudre(...) Les conservateurs ont peut- être raison quand ils arguent que le gouvernement n'a pas à déterminer les rémunérations des cadres supérieurs, mais ils devraient au moins se prononcer contre de tels abus dans les conseils d'administration, avec la même rigueur morale, la même indignation que lorsqu'ils condamnent les paroles obscènes contenues dans un rap." (fin de citation).
Et Barack Obama a écrit cela avant 2007 !....avant le colossal cataclysme financier planétaire qui ébranle les banques américaines et européennes depuis l'affaire des subprimes , avant la récession économique partie d'Amérique et qui a éclairé d'une lumière crue les graves erreurs de gestion voire l'incompétence de P.-DG de banques et autres entreprises prétendument bourrés de talent !.
Comme beaucoup ici en France Obama est scandalisé par la cupidité sans bornes et le cynisme des P.-DG qui s'attribuent sans vergogne des rémunérations disproportionnées (salaires, bonus, stock-options, indemnités de départ...). En profitant de la passivité des membres des conseils d'administration qu'ils ont eux- mêmes choisis pour leur docilité, sous prétexte qu'elles récompenseraient leurs talents supposés et seraient donc morales.
Alors que Barack Obama montre combien elles sont immorales.
Qu'en est-il de leurs talents réels quand nombre de ces P.-DG ont au cours des années récentes en réalité accumulé des résultats désastreux, aussi bien aux USA qu'en France ?
Notons qu'en France le MEDEF et sa présidente Laurence Parisot ont défendu jusqu'en 2007 les golden parachutes et les bonus disproportionnés des grands patrons; avec le même argument que les républicains américains : le prétendu "talent" des dirigeants, qu'il fallait ainsi empêcher de s'expatrier...
Argument totalement vain comme le démontre Barack H. Obama !
Ce n'est qu'à partir de scandales retentissants comme celui d'Airbus - EADS que Laurence Parisot a infléchi sa position sur ce sujet et a annoncé fin 2007 l'élaboration d'une charte conseillant plus de retenue aux P.-DG trop cupides. De plus fin 2008 face à la crise financière et économique et aux pressions du président de la République la présidente du MEDEF admettait que les patrons notamment des banques, qui reçoivent des dizaines de milliards d'euros de l'Etat, devaient revoir à la baisse leurs bonus et même y renoncer dans de nombreux cas.
Ces rémunérations astronomiques sont à comparer aux salaires versés aux chercheurs salariés inventeurs des mêmes entreprises, auteurs d'inventions dont l'exploitation commerciale rapporte des profits parfois colossaux aux entreprises. Par exemple dans les domaines pharmaceutique, informatique...
Ces salariés, généralement ingénieurs ou universitaires d'un très haut niveau de compétence scientifique, ne bénéficient pas de stock- options ni de bonus. Leurs primes d'invention quand elles existent sont le plus souvent limitées à deux ou trois mois de salaire.
Une étude intitulée "Rémunération supplémentaire aux Inventeurs et Stock- Options aux managers" YR - AIS publiée sur le blog http://jeanpaulmartin.canalblog.com/archives/2008/06/index.html en date du 16/06/2008 et sur le site http://inventionsalarie.com/index.php?p=1_4 de l'Association des Inventeurs salariés (AIS) V. "Rubrique Articles AIS" a établi qu'un rapport de l'ordre de 1/400 à 1/500 existait entre les rémunérations respectives globales de ces salariés inventeurs et des managers !!
La politique des rémunérations dans les entreprises est complètement à revoir !
Jean-Paul Martin
European Patent Attorney
Docteur en droit"
Réfutation des arguments de M. Georges de Monestrol parus le 8 janvier 2009 sur le Blog : http://jeanpaulmartin.canalblog.com/
I. Résumé de la situation :
Notre dernier article publié le 14/11/2008 a fait également l’objet d’une publication sur le Blog de Jean-Paul Martin.
Des commentaires du second rapporteur du Groupe de Travail du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle ont été publiés le 8 janvier 2009 uniquement sur le Blog de Jean-Paul Martin.
Nous publions ci-après notre analyse de ces commentaires .
II. Analyse :
Dans ses commentaire en date du 7 janvier 2009, le second rapporteur M. Georges de Monestrol (GdM) du « Groupe de travail /Inventions de salariés » (GT/IS) au sein du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle (CSPI) donne une réponse à l’article du 14/11/08 signé par Jean-Pierre Kaplan (JPK) :
GdM :
« Je ne peux laisser passer les affirmations de JP Kaplan, Président le l’Association des Inventeurs salariés (AIS), dans son article du 14 novembre sans rétablir la vérité et donner ma position :
Réponse de JPK :
Donner sa position est une chose, rétablir la vérité est une chose beaucoup plus périlleuse dans le cas où rien n’est démontré comme étant inexact ou mensonger dans le texte mis en question. Les généralités ne suffisent pas ; il faut pointer du doigt l’expression ou le passage incriminé.
GdM :
1- Représentation des inventeurs salariés : j’estime être qualifié pour cette responsabilité…
Je considère donc inexacte et même désobligeante à mon égard, l’affirmation que les Inventeurs Salariés (IS) ne sont pas représentés dans le Groupe de Travail (GT/IS).
Réponse de JPK :
Nous touchons là à un point crucial et il nous semble important de faire une analyse complète.
Les deux dernières évolutions de la composition du CSPI ont été les suivantes :
Décret 95-385 du 10 avril 1995 :
Le conseil supérieur de la propriété industrielle est composé comme suit :
1° -Sept représentants des différents ministères
-Le directeur général de l’INPI
-Le Directeur du CEIPI ou son représentant permanent
-Le directeur de l’ANVAR ou son représentant permanent
2° -Quatre professeurs à la faculté de droit
-Quatre personnalités représentant les intérêts des salariés
-Deux inventeurs ou ingénieurs
-Huit personnalités représentant les intérêts du commerce ou de l’industrie
-Le président de la compagnie nationale des conseils en propriété industrielle et quatre conseils en propriété industrielle
-Quatre avocats
-Quatre personnalités compétentes en propriété industrielle
Les membres visés au 2° ci-dessus sont nommés pour cinq ans par arrêté du ministre chargé de la propriété industrielle.
Soit 41 membres au total.
Décret n° 2004-199 du 25 février 2004 :
Le conseil supérieur de la propriété industrielle est composé comme suit :
1° -Quatre représentants des différents ministères
-Le directeur général de l’INPI
2° -Deux professeurs d’université
-Quatre personnalités représentant les intérêts du commerce ou de l’industrie
-Deux personnalités représentant le monde de la recherche et de la technologie
-Trois personnalités représentant les praticiens de la propriété industrielle dont le président de la CNCPI et un avocat
-Deux représentants des inventeurs indépendants
-Trois personnalités compétentes en propriété industrielle
Les membres du conseil nommés au titre du 2° le sont pour une durée de trois ans par arrêté du ministre chargé de la propriété industrielle, à l’exception du président de la CNCPI.
Soit 21 membres au total
On remarque que dans le dernier décret, les quatre personnalités représentant les intérêts des salariés ont totalement disparu et que les deux inventeurs ou ingénieurs ont été remplacés par deux représentants des inventeurs indépendants.
Cette restriction de compétence des inventeurs, car il faut qu’ils soient désormais en plus indépendants, traduit la volonté politique du pouvoir d’écarter la représentation des inventeurs salariés. En effet, rien n’empêchait de garder dans ce décret la dénomination simple de représentants des inventeurs, sans lui rajouter un qualificatif restrictif.
M. de Monestrol a été nommé représentant des inventeurs indépendants par arrêté du Ministre délégué à l’industrie le 17 avril 2007.
M. de Monestrol voudrait faire croire le 7 janvier 2009 qu’il a aussi représenté les inventeurs salariés lors des travaux du GT/ IS qui se sont étalés sur environ un an.
Cela ne correspond en aucune façon à sa nomination restrictive du 17 avril 2007.
De plus au vu de la gravité de ses accusations concernant la véridicité de la publication de l’AIS du 14 novembre dernier, je me vois obligé de faire état d’un paragraphe d’un courriel qui m’a été adressé le 23 avril 2008 17 :16 par M. de Monestrol lui-même avec copie à M. Jean-Paul Martin, et ce pendant les travaux du GT/IS du CSPI :
« CSPI: j'y suis censé représenter les inventeurs
indépendants. Il n'est pas prévu de représentants
pour les salariés, ce qui est anormal, bien que
leur rapport avec les employeurs releve aussi du
droit du travail. Je reconnais que leurs intérêts
peuvent être différents de ceux des indépendants,
bien qu'il y ai des points communs, l'obtention
d'un "délai de grace" par exemple. »
Cet écrit de M. de Monestrol est en contradiction flagrante avec son affirmation postérieure prétendant que les inventeurs salariés auraient été aussi représentés au sein du GT/IS par lui-même.
Lorsque l’on se contredit soi-même, il semble difficile de prétendre en même temps rétablir la vérité chez les autres.
D’ailleurs, si on se réfère au contenu du site web de l’INPI et aux connaissances de base de tout professionnel de la propriété Industrielle, on peut affirmer qu’un inventeur indépendant constitue une entité juridique bien distincte de celle d‘un inventeur salarié.
GdM :
2-Confidentialité …
Réponse de JPK :
M. De Monestrol a tout à fait le droit de donner sa position sur cette question.
GdM :
3-Non participation de l’AIS aux travaux du GT/IS
Suit un courriel d’invitation à JPK en date du 10 avril 2008 et la lettre de refus de JPK par courriel du 9 mai.
Réponse de JPK :
Ma lettre de refus pour une simple audition a déjà été publiée en mai 2008 sur le Blog : http://inventionsalarie.neufblog.com/ à la rubrique « archive » en pièce attachée à la lettre ouverte adressée à Madame la Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi en date du 14 mai 2008 et aussi sur le présent site en octobre.
Dans notre publication du 14 novembre dernier, l’intitulé 3 n’est pas « absence de participation » mais « absence de concertation » avec les représentants de l’AIS.
Une représentation temporaire de l’AIS auprès du GT/IS aurait pu nous être proposée par la Présidente du CSPI, Madame la Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, à la place d’une invitation informelle de la part d’un rapporteur prétendant représenter les inventeurs salariés, et ce pour une audition unique et brève, alors que les travaux du GT/IS se sont déroulés pendant environ une année.
M. de Monestrol n’indique toujours pas quels sont les passages qui lui semblent inexacts.
Le premier rapporteur du GT/IS était M. Thierry Sueur.
Le point 4 de notre publication du 14 novembre n’a pas été remis en question par M. de Monestrol.
M. de Monestrol a eu des réunions avec les membres actifs de l’AIS : en 2005 et en décembre 2007. Nous lui avons fait part, lors de ces rencontres, de notre souhait d’obtenir une copie des statuts de la FNAFI pour vérifier s’il n’y avait pas empiétement des objectifs des deux associations. M de Monestrol s'était depuis 2005 engagé à fournir à l'AIS une copie des statuts de la FNAFI, mais n'a pas tenu cet engagement. Malgré une dernière promesse écrite en date du 23 avril 2008, à la date de ce texte nous demeurons toujours en attente de cet envoi ou tout au moins des références au Journal Officiel. Cette situation a été le point de départ d’une grande méfiance à l’égard d’une personne qui ne tient pas ses promesses.
Le 10 janvier 2009
Jean-Pierre Kaplan
LA PREPARATION DU RAPPORT « REMUNERATION DES INVENTIONS DE SALARIES » DU GROUPE DE TRAVAIL DU CSPI :
UN VERITABLE SCANDALE POUR UN ETAT DE DROIT
D’après des sources bien informées le rapport du Groupe de travail « Rémunérations Supplémentaires des Inventions de salariés » (GT/IS) du CSPI (Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle) est prêt depuis la mi- octobre 2008, et devait être remis fin octobre à la Ministre de l’Economie et des Finances chargée de la propriété industrielle, Christine Lagarde. Laquelle décidera ensuite s’il peut ou non être publié.
Les Ministères concernés et les deux parties intéressées, employeurs et salariés chercheurs inventeurs attendent ce Rapport et ses propositions depuis presque une année.
Disons le tout net d’emblée, l’Association des Inventeurs Salariés (AIS) considère comme scandaleuse la façon dont les choses se sont déroulées depuis le 9 novembre 2007, date de la création du Groupe de Travail par le secrétaire d’Etat Hervé Novelli.
Les raisons en sont multiples.
1. La composition même du GT/IS.
Elle est confidentielle et ne doit pas être divulguée, à l’exception de l’identité de ses deux rapporteurs. Initialement ce GT/IS comportait 6 (ou 7) membres mais sa composition semble avoir varié par la suite.
Cette commission temporaire appelée « groupe de travail » est composée d’employeurs, représentants du MEDEF et de la CGPME, d’un représentant d’un ministère, d’un représentant des conseils en propriété industrielle ainsi que de deux représentants des inventeurs indépendants. Mais, elle ne comporte aucun représentant des salariés inventeurs, lesquels ont été exclus du CSPI depuis un décret n°2004-199 du 25 février 2004.
Ainsi, l’une des deux parties intéressées par les travaux du GT/IS, à savoir les inventeurs salariés n’a pas été représentée au sein même du groupe de travail !! Inéquité fondamentale, non- respect choquant des droits élémentaires des intéressés, qui a tout faussé dès le départ.
Le GT/IS a été dès le départ totalement déséquilibré en faveur du MEDEF, vrai patron de ce Groupe.
Autrement dit les inventeurs salariés, qui faisaient l’objet de ces travaux, n’ont même pas été admis à faire valoir leurs points de vue via un ou des représentants permanents ou temporaires au GT/IS !! Comment dès lors imaginer la possibilité de propositions équitables émanant du GT/IS ?
2. La confidentialité qui entoure l’ensemble des activités du Groupe de travail « Inventions de salariés »
Elle a eu pour conséquences :
· le secret sur l’identité des experts auditionnés depuis janvier jusqu’à juin (semble-t-il) 2008, leur nombre, la teneur de leurs déclarations à la commission temporaire. Opacité encore accrue par le fait que certains experts ont insisté pour que leurs dépositions et pièces ne soient en aucun cas divulguées… (Craignant manifestement de devoir affronter des discussions contradictoires..). Dès lors elles ne pouvaient faire l’objet d’analyses contradictoires et de débats loyaux, honnêtes, publics et transparents puisque les inventeurs salariés n’ont pu en avoir connaissance.
· Une disproportion écrasante en faveur des propositions des employeurs : pour 15 à 20 experts environ favorables aux thèses des employeurs ou « neutres », le GT/IS n’a auditionné que…2 experts favorables aux propositions de l’Association des inventeurs salariés !
3. Absence de concertation du GT/IS avec les représentants de l’AIS (Association des inventeurs salariés).
Les propositions de l’AIS ont été faites lors de l’audition du 18 janvier 2008 devant le GT/IS de Jean-Paul Martin en tant qu’expert.
Quant à l’AIS, il s’agit de la seule Association en France regroupant des Inventeurs salariés en tant que tels.
En toute équité, l’AIS aurait dû être admise à avoir des représentants nommés au CSPI, et donc membres du GT/IS afin d’y représenter les intérêts des salariés. Elle en a du reste fait la demande officielle auprès du Ministre chargé de la propriété industrielle.
L’AIS ne pouvait être auditionnée comme un simple expert individuel et sur le même plan.
C’est la raison pour laquelle le président Kaplan de l’AIS demanda fin mai 2008, par écrit, une rencontre exploratoire avec le premier rapporteur du GT/IS. Cette demande ne reçut jamais la moindre réponse.
Non-réponses révélant un total MEPRIS à l’égard de l’Association des Inventeurs Salariés, d’autant plus choquant qu’en janvier 2008 le GT/IS avait manifesté pendant l’audition de JP Martin l’intention de prendre contact avec l’AIS, mais ne le fit jamais.
D’après nos informations, seules les propositions extrêmement restrictives des employeurs seraient retenues par le rapporteur.
4. Propositions « totalement irréalistes », « inacceptables pour les entreprises »…ou pour les salariés ??
Suite à un contact, l’un des rapporteurs notifia que les propositions de l’AIS étaient « totalement irréalistes » « notamment l’alignement du privé sur le public » et « la prescription trentenaire », et « inacceptables pour les entreprises ».
Concernant la « prescription trentenaire » celle-ci est caduque au vu de la loi du 17 juin 2008 sur la prescription et la nouvelle position de l’AIS a été signalée au GT/IS.
Sur l’autre point invoqué à savoir le prétendu alignement du privé sur le public demandé par l’AIS, il a été adressé dès le 26 août 2008 à tous les membres du GT/IS 3 tableaux comparatifs établis par l’AIS, avec des commentaires faisant ressortir exemples à l’appui que les montants des rémunérations supplémentaires (RS) demandés par l’AIS sont en réalité très inférieurs à ceux octroyés aux inventeurs du secteur public en France et aux inventeurs salariés en Allemagne.
(Tableaux qui peuvent être consultés sur le site : http://www.inventionsalarie.com/ rubrique « Calculs RS »).
AUCUNE REPONSE DE L’UN QUELCONQUE DES MEMBRES DU GT/IS NE NOUS EST PARVENUE.
Tout cela révèle une totale partialité pro- employeurs, un manque de transparence consternant, s’agissant d’un sujet d’une telle importance pour l’avenir de l’innovation et la compétitivité des entreprises françaises.
Ce n’est certes pas par de telles méthodes indignes et scandaleuses, que la France parviendra à remotiver les salariés chercheurs du secteur privé et à stopper la délocalisation des chercheurs français, déplorée par la ministre Valérie Pécresse (le Figaro du 15 octobre 2008 : « Pécresse : « mettre fin à la fuite des cerveaux »).
Soutenir que les propositions de l’AIS sont « irréalistes » et « inacceptables pour les entreprises » et subsidiairement qu’elles risquent d’entraîner une délocalisation des entreprises est une triste plaisanterie ! Nous avons démontré qu’elles sont au contraire parfaitement raisonnables pour tout interlocuteur de bonne foi, réaliste et admettant une négociation. Ce qui n’est pas actuellement le cas.
Si la règle imposée est la confidentialité sur un sujet d'une telle importance conditionnant la relance de la recherche et des inventions en France, ce qui en soi est déjà difficilement défendable au vu de l’importance des enjeux, cela n'empêchait pas un minimum de concertation et de débats respectant les principes du contradictoire et de la transparence, indispensables pour garantir le sérieux et l’honnêteté intellectuelle nécessaires.
L'AIS, composée d’inventeurs, ingénieurs, docteurs, ayant pour certains réalisé des inventions importantes qui ont fait progresser les sciences et techniques, est une association responsable. Elle est parfaitement capable de respecter cette confidentialité pour peu qu'elle fasse l'objet d'un minimum de considération et non pas, d’un MEPRIS total comme ce qui a été constaté et décrit plus haut.
Un minimum de DEMOCRATIE et d’honnêteté intellectuelle était indispensable pour ce genre d'opération dans un pays comme la France, qui affirme constamment se prévaloir des Droits de l'homme.
En conclusion, l’Association des Inventeurs salariés déplore la façon éminemment critiquable dont se sont déroulés les travaux réalisés par ce Groupe de Travail du CSPI « Rémunérations des Inventions de salariés ».
Elle n’a pas été invitée à participer à ces travaux, comme elle aurait pu l’être, via un représentant associé à ceux- ci au sein de ce « Groupe de travail GT/IS ».
En effet, rien n’interdisait au GT/IS de remédier ainsi en partie à l’absence de représentant permanent des salariés au CSPI depuis le décret de février 2004.
Mais cela n’a pas été le cas.
Bien évidemment, l’AIS formule par avance toutes réserves sur le contenu du rapport du Groupe de travail GT/IS du CSPI, qu’elle se réservera le droit de contester en cas de publication dudit rapport.
JP Kaplan au nom de l’Association des Inventeurs Salariés (AIS)
Le 9 novembre 2008
L’inventeur salarié dans l’escalier de service de l’entreprise française -Comparaisons entre la France et l’Allemagne -
Il peut paraître dérisoire d’évoquer actuellement le sort réservé aux inventeurs salariés en France dans le cadre d’une récession qui se précise.
Cependant, il convient de rappeler qu’un brevet d’invention délivré confère à son propriétaire le droit d’interdire aux concurrents d’exploiter l’invention revendiquée pendant 20 ans ou même dans certains cas 25 ans, ce qui crée ainsi un monopole sur un produit ou un procédé, avec à la clef un avantage économique.
Sans faire preuve d’un optimisme béat, on peut espérer raisonnablement que la récession sera d’une durée notablement inférieure à ce délai.
L’intelligence économique française aurait voulu que les actions entreprises par l’Allemagne au cours du 20e siècle soient suivies et analysées de très près.
Il ne semble pas que cela ait été le cas.
La comparaison des balances commerciales de l’Allemagne et de la France durant ces dernières décennies montre que la France s’est laissée largement distancer par son voisin d’Outre-Rhin en matière de nombre de brevets et de production de biens intermédiaires.
Nous pensons que la meilleure reconnaissance du mérite de l’inventeur salarié en Allemagne par rapport à la pratique française a joué un rôle non négligeable dans la différence patrimoniale (brevets) et économique entre les deux pays.
Déjà en 1980, Jean Foyer, juriste renommé et gaulliste historique, faisait cette remarque, toujours d’actualité 28 ans après :
« Le traité de Rome a prévu la libre circulation des chercheurs à l’intérieur de la Communauté. Or la disparité des statuts entre les salariés inventeurs français et allemands provoque dans le domaine de la recherche technique une distorsion entre la France et l’Allemagne, les chercheurs français étant attirés vers ce pays alors que les chercheurs allemands craignent de perdre leurs avantages en venant en France ».
Voici un bref rappel historique concernant cette disparité.
En 1968, la France a réformé son droit des brevets de la loi de 1844, en se rapprochant fortement du droit des brevets allemand par l’introduction du critère supplémentaire, pour la loi française, de l’existence d’une activité inventive comme condition nécessaire pour la brevetabilité d’une invention et l’obtention d’un brevet valide opposable avec succès aux tiers.
Cela est issu de la Convention de Strasbourg de 1963 qui disposait dans son article 5 qu’une invention implique une activité inventive si elle ne découle pas d’une manière évidente de l’état de la technique.
L’article 10 de la loi française des brevets de 1978 (remplacé par Art. L. 611-14) a donné la précision suivante :« Une invention est considérée comme impliquant une activité inventive si, pour un homme du métier, elle ne découle pas d’une manière évidente de l’état de la technique ».
L’homme du métier sait bien exécuter, mais ne sait pas créer.
L’inventeur salarié crée, en trouvant de manière non évidente une solution technique à un problème technique, ce qui par le droit des brevets conduit à un monopole technique donnant un avantage concurrentiel pour le propriétaire du brevet, son employeur.
Alors que l’homme du métier est fictif, l’inventeur est toujours une personne physique qui a fait preuve de créativité en utilisant ses neurones.
L’Allemagne a déjà reconnu en 1957 par sa loi sur les inventions de salariés le mérite économique de l’inventeur en lui octroyant par son article 9 une compensation financière importante basée sur le fait qu’il transmettait à son employeur un monopole ayant une valeur économique.
Le calcul de cette compensation a été précisé par les directives allemandes de 1959.
En France, il a fallu attendre 1990 pour que la loi stipule que les inventions de mission des inventeurs salariés devaient donner lieu à une rémunération particulière.
Rémunération tellement particulière qu’elle n’a toujours pas été définie clairement par décrets en 2008 pour le secteur privé, et est restée en pratique de l’ordre de grandeur d’un pourboire par rapport au chiffre d’affaires généré par le monopole issu de l’invention brevetée. En revanche, en ce qui concerne le secteur public, des décrets d’applications en 1996 et 2001 sont venus s’ajouter aux articles réglementaires concernant les inventions des fonctionnaires et des agents publics français, si bien que la situation, proche de celle du système allemand, est satisfaisante pour les inventeurs concernés.
Il faut remarquer que les inventeurs du secteur public et du secteur privé sont régis par la même loi de 1990, de sorte que la discrimination existante au niveau des rémunérations particulières des uns et des autres a un parfum anticonstitutionnel dont les effluves se répandent en France depuis 12 ans déjà.
Le bilan en 2008 : à la distorsion entre la France et l’Allemagne évoquée en 1980 par Jean Foyer est venue s’ajouter une distorsion franco-française entre les inventeurs du secteur privé et ceux du secteur public !
Comment dans ces conditions faire travailler ensemble les chercheurs du secteur privé avec ceux du secteur public dans les pôles de compétitivité en assurant la plus grande efficacité pour le dépôt de demandes de brevet ? L'ambiance risque de devenir lourde dans ces équipes de recherche mixtes !
Ainsi donc, nous avons une situation en France, pour les inventeurs du secteur privé, qui n’est pas satisfaisante. Je propose dans ce qui suit une tentative d’explication de la genèse de cette situation.
Dès 1968, le patronat français, dont le pouvoir sur le législateur ne doit pas être sous-estimé (voir ce qui est arrivé en 2006 à l’amendement du député Michel Raison), a décidé de dissocier la notion d’activité inventive, rendue nécessaire par les Conventions internationales, de la notion d’inventeur, bien que ce dernier soit indispensable à l’existence de ladite activité inventive. Ainsi était garanti l’essentiel pour le patrimoine de l’entreprise, sans les inconvénients d’une quelconque reconnaissance d’un élément (l’inventeur) perçu comme perturbateur du fait d’une tournure d’esprit façonnée pour déceler les problèmes techniques ou autres.
Il en découle qu’en France, dans le secteur privé, le contrat de travail d’un chercheur prévoit, avec les codes du travail et de la propriété intellectuelle, qu’il est embauché pour trouver. Et que s’il trouve, c’est tout à fait normal puisqu’il est payé pour cela. Pourquoi donc dans ces conditions lui octroyer une rémunération complémentaire ? Ce raisonnement explique le peu d’empressement du législateur français, qui a mis 33 ans de plus que l’Allemagne pour évoquer par la loi la nécessité d’une rémunération complémentaire, rendue d’ailleurs immédiatement quasi indéterminable, comme par hasard, par l’absence de décrets d’application. Seule la Commission Nationale des Inventions de salariés (CNIS) et les tribunaux statuent actuellement à minima sur cette rémunération.
En Allemagne au contraire, le contrat de travail d’un chercheur porte sur l’embauche d’un homme de métier qui pourra se révéler dans l’entreprise en faisant une prestation exceptionnelle conduisant à un monopole ayant une valeur économique pour l’entreprise. Cette création de valeur pour l’entreprise est alors reconnue et fait l’objet d’une compensation financière en relation proportionnelle avec ladite valeur économique.
Il s’agit bien d’une différence de traitement social et de considération des inventeurs dans chacun de ces pays. La France est notablement plus dure que l’Allemagne envers les inventeurs salariés du secteur privé, puisqu’elle leur interdit tout ascenseur social basé sur le succès. Dès lors, il ne faut pas s’étonner de la fuite des cerveaux créatifs français vers l’étranger.
Le MEDEF, sous la présidence de Mme Parisot, vient d’édicter un code de bonne conduite pour les dirigeants des grandes entreprises françaises en ce qui concerne les stock-options et les parachutes dorés, sous la pression du pouvoir exécutif excédé par certains comportements au beau milieu d’une crise financière mondiale, technique et morale.
Si une certaine moralisation de la vie des entreprises françaises est en cours, il conviendrait peut être aussi de profiter des économies réalisées par la diminution, voire la suppression des stock-options et des parachutes dorés des dirigeants, pour récompenser enfin de manière décente les inventeurs salariés créateurs de richesses pour l’entreprise, et ainsi ranimer des vocations pour le futur. Sinon, l’avenir industriel se fera de plus en plus en dehors de l’hexagone, les chercheurs ayant perdu leur naïveté grâce au développement de l’accès à l’information par Internet.
Jean-Pierre Kaplan
Paris, le 20 octobre 2008
Les propositions de réforme de la rémunération supplémentaire d’invention de salarié de l’Association des Inventeurs salariés (AIS) : « irréalistes », « inacceptables pour les entreprises françaises" ??????
Le 18 janvier 2008 lors d’une audition devant le Groupe de travail « RS/IS » du CSPI l’auteur de ces lignes a présenté des propositions de réforme, qui sont également celles de l’Association des Inventeurs Salariés (AIS), avec laquelle elles ont été de longue date élaborées.
Il s’agit :
a) d’une proposition de loi modifiant l’article L. 611-7 du CPI, déjà présentée le 6 décembre 2006 devant l’Assemblée nationale par le député Michel Raison, mais qui a été retirée devant l’opposition du Gouvernement et du MEDEF.
b) d’un projet de décret précisant les modalités du mode de calcul proposé.
Pour ce qui concerne la prescription ces propositions ont été modifiées par une Note du 16 août 2008, publiée à cette date sur le blog http://jeanpaulmartin.canalblog.com
Plusieurs jours auparavant cette Etude définissant la nouvelle position de l’AIS et de l’auteur sur la prescription en regard de la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription civile, avait été communiquée au Groupe de travail du CSPI. La nouvelle position sur cette question avait elle- même été exposée en détail dès le 31 juillet 2008 par un courriel au GT/RS/IS du CSPI.
Ces documents et d’autres Notes ont été diffusés sur le précité Blog aux dates suivantes : 08/10/2006 ; 10/10/2006 ; 17/01/2007 ; 02/04/2007 ; 29/02/2008 ; 16/08/2008 où ils peuvent être consultés.
Des discussions et échanges de vues informels avec le GT/RS/IS du CSPI se sont poursuivis de mars à septembre 2008, dont la transmission de divers mémorandums d’argumentaires de l’auteur.
Dans les derniers jours d’août 2008 l’auteur de ces lignes et l’AIS ont été officieusement informés que leurs propositions étaient jugées « inacceptables par les entreprises » car « totalement irréalistes », notamment « l’alignement du privé sur le public » et « la prescription trentenaire ».
Autrement dit un rejet total des propositions de l’AIS.
Sans autre justification.
Rejet qui laisse incrédule car l’un des deux motifs invoqués est clairement faux et infondé : la prescription trentenaire n’est plus la position de l’AIS et de l’auteur mais au contraire a été remplacée par la prescription quinquennale à compter de la date de déchéance du brevet, position nouvelle qui comme exposé ci-dessus a été notifiée au groupe de travail à partir du 31 juillet 2008 !
Les demandes immédiates d’explications sur ce point au Groupe de travail sont restées sans réponse intelligible. Pour toute « réponse » il a été indiqué par courriel du 14/09/2008 à l’auteur que d’après sa Note du 16/08/2008 la prescription trentenaire était encore préconisée dans certains cas particuliers…Mais cette même « réponse » fantaisiste passait sous silence le fait que la nouvelle règle de base proposée par l’AIS est la même que celle envisagée par le GT/RS/IS !!... ( prescription quinquennale à compter de la date de déchéance du brevet).
Un tel manque tant de sérieux que de compétence, émanant du CSPI, laisse abasourdi.
Sur l’autre point « Alignement du privé sur le public » dès le 26 août 2008 l’auteur a adressé à tous les membres du Groupe de travail 3 Tableaux comparatifs de calculs des RS selon le nouveau régime proposé pour le secteur privé par l’AIS, selon le régime en vigueur dans la recherche publique en France, et selon le régime en vigueur en Allemagne.
Ces tableaux de calculs comparés sont publiés depuis le 13 octobre 2008 sur le site de l’AIS http://www.inventionsalarie.com ;
Ils peuvent être consultés par le lien www.inventionsalarie.com/index.php?p=1_9_calculs-de-RS
L’alignement de principe du secteur privé sur le public est une demande justifiée en regard du principe d’égalité des citoyens devant la loi, reconnu depuis la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1789, figurant aux frontons de toutes les mairies de France et confirmé par la Constitution française de 1958.
Comment justifier un principe d’inégalité devant la loi ?
Un examen attentif de ces tableaux permet de constater que contrairement à ce qui est soutenu par certains employeurs et membres du groupe de travail du CSPI, les propositions de l’AIS en matière de RS n’aboutissent nullement à un alignement du privé sur le public. Bien au contraire elles sont très nettement en- deçà.
En effet dans tous les cas de figure on peut y constater que pour les mêmes paramètres communs de calcul les RS proposées par AIS restent inférieures, et de loin, à celles du secteur public français et du Régime allemand.
En particulier l’écart avec les RS du régime allemand est considérable.
Exemples :
1) Tableau I (public/privé AIS) :
1er exemple : pour un CA de 1 M€ HT généré par l’invention la RS de l’inventeur du secteur public est comprise entre 13500 et 18000 € alors que sur la base de 1% du CA, la RS de l’inventeur du secteur privé selon AIS est comprise entre 5000 et 7500 €
2ème exemple : pour un CA = 5 M€ la RS du public est comprise entre 67 500 € et 78750 €, la RS selon AIS est sur la base de 1% du CA comprise entre 25 000 et 37 500 €.
2) Tableau II : il établit que pour que les RS du secteur privé selon AIS soient égales à celles du secteur public français, il faudrait qu’elles soient calculées, non pas sur la base de 1% du CA mais sur la base de 1,35% du CA HT d’exploitation de l’invention jusqu’à 5 M€ de CA, et de 0,675% du CA au-delà de 5 M€ de CA.
3) Tableau III (Régime français privé AIS/ régime allemand) :
Pour un CA de 2 M€ généré par l’exploitation de l’invention la RS de l’inventeur allemand est comprise entre 16 875 € et 63 750 €, alors que la RS de l’inventeur du secteur privé français selon AIS est comprise entre 10 000 et 15 000 €.
On est bien loin de l’« alignement du privé sur le public » allégué comme rendant ces propositions soi- disant « inacceptables par les entreprises» !
Dans ces conditions l’évidence qui s’impose est que ces propositions, loin d’être «irréalistes » et « inacceptables » sont au contraire parfaitement raisonnables, modérées. Elles devraient être donc acceptables pour tout interlocuteur patronal de bonne foi et conscient qu’elles représentent la seule bouée de sauvetage qui reste à l’innovation/recherche française en péril dans la compétition mondiale (les autres mesures classiques de saupoudrage du « système » n’étant que des épiphénomènes ne pouvant rien changer en profondeur).
L’AIS et l’auteur regrettent que l’envoi de ces documents il y près de deux mois soit resté sans réponse du Groupe de travail RS/IS du CSPI à l’exception de l’embryon insignifiant de « réponse » sur la prescription mentionné ci-dessus.
Nous laissons aux lecteurs le soin de tirer de cet exposé et de son constat les conclusions qu’ils jugent appropriées.
PS. En dernière minute nous apprenons que le Groupe de travail « Rémunération Supplémentaire des Inventions de Salariés » du GT/RS/IS du CSPI a adopté son Rapport et le tient prêt à être communiqué à madame la Ministre de l’Economie et des Finances, chargée de la propriété Industrielle Christine LAGARDE. Ce Rapport reste pour l’instant confidentiel.
Jean-Paul Martin
European Patent Attorney
Docteur en droit
Le 16 octobre 2008

A la suite d'une démarche effectuée auprès du Président de la République Nicolas Sarkozy,
Jean-Florent CAMPION, élu du Nouveau Centre et Secrétaire Général de l’Association des Inventeurs Salariés (AIS) et Jean-Paul MARTIN, European Patent Attorney et spécialiste français reconnu de la problématique de la rémunération des inventions de salariés ont été auditionnés le 22 juillet 2008 par le conseiller technique de la Présidence de la République, M. Matthieu LOUVOT, en charge de l’industrie - énergie - transport.
L'entretien a porté sur le constat, partagé quasiment par tous du lent déclin de l’innovation en France, situation qui nous semble inacceptable, ainsi que sur une solution pour remédier à cette situation.
Jean-Florent CAMPION et Jean-Paul MARTIN ont dressé un tableau de la situation actuelle.Une politique d’innovation et de recherche efficace est la clé de la compétitivité de nos entreprises face au défi de la mondialisation. La situation de la recherche et de l’innovation en France est critique, ce qui affaiblit la position concurrentielle et la compétitivité des entreprises face à leurs concurrentes étrangères. Le résultat de notre commerce extérieur en est la triste illustration (en 1989 le déficit du commerce extérieur était de 45,7 milliards de F, en 2007 il a été de 39,6 milliards d’euros soit 259,76 milliards de France ; en 18 ans il a donc été multiplié par 5,6).
Pour dynamiser l’innovation, il existe un moyen, incontournable, presque trop évident : stimuler puissamment ses principaux acteurs, les chercheurs- inventeurs. Car sans inventeur, même avec des aides pour les PME, aucune innovation n’existe. Cette lapalissade est un point fondamental. Par exemple, le mot inventeur n’est jamais cité dans le rapport Attali, à la différence de celui d’innovation.
Une illustration récente de cette évidence se trouve dans cet extrait d’un entretien du prix Nobel 2007 Albert Fert avec le magazine l’Express du 24/04/2008 :
«Question : Grünberg est pourtant le seul à avoir déposé le brevet de votre invention simultanée, la magnétorésistance géante : que s’est-il passé ?
- A. Fert : « Il a été plus rapide. Pour moi, les choses étaient plus compliquées, parce qu’il s’agissait d’une recherche en collaboration entre Thomson-CSF et le CNRS, ce qui a fait prendre du retard au brevet. Cela aurait pu profiter à Thomson, mais pas aux chercheurs concernés, car, dans les entreprises françaises, ils ne touchent pas de royalties sur les brevets ».
En France depuis 1990, l’article L 611-7 du Code de la Propriété intellectuelle prévoit une rémunération supplémentaire obligatoire, dont le montant est fixé pour les travailleurs du privé par le contrat de travail ou par les accords d’entreprises ou de branches professionnelles.
18 ans après, on constate que les entreprises ont peu ou pas appliqué la loi, et généralement n’ont même pas actualisé les conventions collectives pour être en accord avec la loi (cas de la métallurgie), et cela malgré de nombreuses condamnations judiciaires. On constate même une « chasse » aux inventeurs qui réclament l’application de la loi, avec des licenciements quasi systématiques et de longues et coûteuses procédures judiciaires. La liste des inventeurs brillants qui ont inventé des molécules médicamenteuses, des matériaux innovants, des procédés de fabrication, des machines, des trains ….et qui ont été « jetés » dehors comme des malpropres s’allonge tous les ans.
Cette attitude, contre-productive à plus d’un titre, décourage certains inventeurs de révéler leurs créations innovantes techniques et donc de fournir aux sociétés françaises les titres juridiques nécessaires à l’exploitation industrielle de leurs innovations. Les actionnaires des entreprises sont de ce fait lésés par le comportement de certains de leurs dirigeants aboutissant à la minimisation de la richesse produite par l’entreprise.
Les propositions suivantes ont été soumises au conseiller Louvot, visant à la création d’une dynamique globale en faveur de l’innovation :
1) Stimuler puissamment l’innovation par ses principaux acteurs : les chercheurs- inventeurs, en les intéressant financièrement au chiffre d’affaires tiré de l’exploitation de leurs inventions brevetées. Cet intéressement devra être défini dans ses modalités par la loi.C’est ce que l’Allemagne et le Japon font avec un succès constant depuis 50 ans. C’est ce que la France a fait avec succès depuis 1996, mais uniquement pour les chercheurs fonctionnaires des centres de recherches publics. Ce mode de rémunération supplémentaire est courant et efficace. Qui peut contester cela dans le domaine de la vente par exemple ? (Pourcentage versé aux commerciaux sur le montant de leurs ventes).
2) Inscrire dans la loi que la prescription quinquennale ne s’applique qu’à l’expiration du titre de propriété industrielle, ce qui rendra le recours par les tiers compatible avec la durée du monopole de droit du brevet de 20 ans, voire plus dans le cas des médicaments avec des certificats complémentaires de protection.
3) Motiver l’engagement des entreprises pour ces rémunérations supplémentaires par une fiscalité adaptée (crédit d’impôt comme celui proposé par le président de la République pour doubler l’intéressement des salariés en 4 ans, défiscalisation pour l’employeur et l’employé).
4) Associer les inventeurs salariés aux travaux des organismes de la propriété industrielle. En particulier, intégrer des représentants des inventeurs salariés au sein du CSPI.
5) Développer l’enseignement obligatoire et conséquent de la propriété industrielle et de la culture des brevets dans les écoles d’ingénieurs, les écoles de commerce, dans les facultés de sciences et de droit.
L'idée de base de ces mesures étant que la rémunération supplémentaire des inventions des salariés du secteur privé, obligatoire dans son principe depuis la loi du 26 novembre 1990, soit selon la loi déterminée proportionnellement au chiffre d'affaires d'exploitation de l'invention du salarié.
Il s'agit ainsi de rapprocher le statut des inventeurs salariés du secteur privé français de celui des inventeurs salariés allemands et des chercheurs français du secteur public, en réduisant corrélativement dans le cadre de l'Union européenne les distorsions de concurrence entre l'industrie française et l'industrie allemande, préjudiciables à l'innovation et à l'industrie françaises.
Le conseiller Matthieu Louvot a déclaré en conclusion que le système allemand semblait être efficace et avait fait ses preuves.
Un exemplaire spécialement dédicacé de l’ouvrage de référence « Droit des inventions des salariés » de Jean-Paul Martin a été remis au conseiller Louvot, à l’attention du Président de la République Nicolas Sarkozy.

Pendant son activité professionnelle, tout individu cherche à s’épanouir dans l’entreprise, à donner sa meilleure contribution pour la faire prospérer, lui faire gagner des marchés. Mais, il s’attend bien évidemment - et peut être naïvement ? - à obtenir en retour une juste récompense en rapport avec l’investissement qu’il donne et les améliorations et résultats qu’il observe.
C’est tout du moins ce qu’il faudrait logiquement pour qu’il y ait une bonne efficacité de fonctionnement dans nos entreprises.
Mais qu’en est-il en 2008 de ces récompenses dans nos entreprises industrielles françaises ?
1- Evolutions des récompenses dans les entreprises :
Depuis de nombreuses années, dans les entreprises modernes, les dirigeants cherchent à associer les salariés aux résultats de l’entreprise, de façon à les motiver et par ce biais à améliorer le fonctionnement et les résultats, et par voie de conséquence augmenter les bénéfices. Certains dirigeants ont très bien compris et intégré ce principe, d’autres moins. On peut citer les dispositions d’encouragement suivantes :
- L’intéressement des salariés aux bénéfices instituée par le Général de Gaulle en1959 , plus tard complétée en 1967 par la « participation » obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés, et ce en dépit de l’avis opposé du patronat (CNPF) de l’époque.
- les primes fixes diverses conditionnées par des fins de réalisation de travaux
- les opérations de type « boite à idées » dépendant des bénéfices escomptés
Le 26 mai 2008 le Président de la République a annoncé sa décision de faire voter dès juillet 2008 une loi incitant fiscalement les entreprises à doubler en 4 ans l’intéressement des salariés, mesure encouragée grâce à un crédit de 20% d’impôt sur les sommes supplémentaires versées.
Récemment, depuis une dizaine d’années et vraisemblablement sous l’influence des pratiques dans les entreprises américaines, un nouveau principe a fait son apparition : la distribution de droits de souscriptions, plus connus sous l’appellation de « Stock - Options ».
2 - Récompense des Managers par distribution de Stock Options :
A ce jour, la plupart des grandes sociétés ont mis en place ce genre de récompense, mais l’ont essentiellement limité aux managers, aux décideurs.
Ce qui correspond à une distribution à une certaine catégorie de salariés ayant des positions hiérarchiques élevées. On peut considérer qu’environ 1 à 5% des individus sont concernés. Il existe des exceptions comme SAP AG qui les distribue à 100% du personnel.
Pour bien se rendre compte de l’importance de ces récompenses, considérons les entreprises du CAC40. Un récapitulatif a été établi par le journal l’Expansion en mai 2007 – source (1) -
Des indications sont données pour 36 des 40 sociétés. Sans prendre en compte les récompenses données aux hauts dirigeants qui sont nettement plus importantes, faisons quelques moyennes, donc uniquement sur leurs Managers :
- Pour les 5 entreprises les plus généreuses - Vallourec, Veolia environnement, Vinci, AGF, LVMH : 3 782 personnes au total, soit 756 par entreprise ont perçu des stock-options et ont chacune une plus- value potentielle de 809 000 euros pour l’année considérée, en plus du salaire.
- Pour les 36 entreprises : 46 842 personnes au total, soit 1300 personnes par entreprise, ont perçu des stock options et ont chacune une plus value potentielle moyenne de 196 500 euros pour l’année considérée, en plus du salaire.
Il s’agit d’un cliché, à un instant donné, en l’occurrence en mai 2007, et ces valeurs dépendent, bien sûr, des évolutions journalières des cours respectifs de Bourse de ces entreprises.
Plus précisément, ALSTOM, grande entreprise dynamique de 65 000 salariés bien souvent citée en exemple, donne dans son rapport annuel le détail des distributions de stock- options aux managers
– voir page 52 du rapport Annuel 2006-2007 consultable sur son site internet (2) -
Au plan 7 de juillet 2004 exerçable en 09/2007, 1007 personnes (hauts dirigeants exclus) ont perçu 2 783 000 stock options, soit en moyenne 2750 stock- options par personne, données au prix de 17,2 euros.
La plus- value potentielle moyenne par individu, en juin 2008, est de (140 x 2750) = 385000 euros.
Soit une récompense de près de 400 000 euros, en plus du salaire annuel (estimons le à 120 000 €) pour chacun des 1007 bénéficiaires.
En conséquence et sauf erreur, à titre de récompense pour leur bon management, ALSTOM octroie à 1007 managers une récompense équivalente à 3 fois leur salaire annuel, pour le travail de l’année considérée.
3 - Rémunération supplémentaire des Inventeurs Salariés :
Les inventeurs réalisant des inventions d’intérêt exceptionnel, c'est-à-dire générant des chiffres d’affaires importants dans les sociétés sont infiniment moins nombreux que les managers cités plus haut. On peut estimer leur nombre à seulement 2 à 4 par société du CAC 40 comparativement aux 1300 managers/société cités plus haut.
Le nombre total d’inventeurs cités dans les brevets déposés par chaque société du CAC 40 est lui aussi très faible en regard des effectifs de ingénieurs, chercheurs de la R&D et de cadres techniques et technico-commerciaux susceptibles de concevoir et de réaliser des inventions brevetables.
A l’échelle nationale on peut estimer à 20 000 tout au plus le nombre de co-inventeurs et d’inventeurs cités dans les brevets français et européens déposés par l’industrie et la recherche françaises, qui comptent entre 600 000 et 1 million de cadres, de techniciens, de chercheurs et d’ingénieurs susceptibles d’inventer lors de leurs fonctions !
Leur invention permet en général de générer du CA supplémentaire et des bénéfices substantiels, compte tenu de la moindre concurrence dans cet environnement protégé par le (ou les) brevet(s) en question.
« Les inventions sont les vitamines de la société » a fort justement déclaré en septembre 2007 en présentant son projet de loi de Finances Mme Christine LAGARDE, actuel Ministre de l’Economie, de l’Industrie et des Finances.
Ces inventeurs par leurs activités inventives contribuent dans une proportion souvent considérable aux résultats de la société. Compte tenu des difficultés propres à la conception et à la mise au point d’inventions brevetables et industriellement exploitables, il n’est pas inexact d’estimer que toutes choses égales par ailleurs, leur mérite inventif est supérieur à celui – réel sans doute, mais d’une autre nature et qui relève essentiellement de la routine du travail quotidien – des nombreux managers cités plus haut. Lesquels ne font bien souvent qu’appliquer les politiques et stratégies définies par les dirigeants des états- major du Groupe.
Quelle est la rémunération supplémentaire donnée à ces inventeurs ?
Dans le cas des sociétés du CAC 40, comme dans les autres sociétés sauf exception, les rémunérations supplémentaires sont dérisoires, voire même inexistantes dans certaines sociétés. Dans le cadre de la loi du 26 novembre 1990 (article L. 611-7 du Code de la propriété intellectuelle) compte tenu du caractère obligatoire de la rémunération supplémentaire d’invention on trouve fréquemment comme rémunération supplémentaire d’invention - sauf dans des cas particuliers de type Air Liquide - des sommes symboliques de l’ordre de 1000 euros, parfois 2000 euros versés lors des extensions des demandes de brevets à l’étranger.
En fait, en regard des chiffres d’affaires et des profits souvent importants, parfois colossaux (dans l’industrie pharmaceutique on appelle « blockbusters » les nouveaux médicaments brevetés qui génèrent des chiffres d’affaires supérieurs à un milliard de dollars) une simple aumône donc, est accordée une fois pour toutes et non pas annuellement comme les stock options.
Certains inventeurs prenant leur courage à deux mains osent contester et réclamer des rémunérations supplémentaires plus en rapport avec les CA générés par leur invention, c’est-à-dire avec l’intérêt économique de leur invention.
Comme cela est du reste expressément prévu par des conventions collectives comme celle de la Chimie et comme cela a été confirmé par l’arrêt Raynaud c/ Hoechst Roussel Uclaf du 21 novembre 2000 de la Chambre commerciale de la Cour de cassation.
En guise de réponse tout dialogue est généralement refusé et ils sont brutalement licenciés, quelle que soit leur position hiérarchique et leur notoriété de chercheurs scientifiques de haut niveau – voir Etudes sur les blogs : http://jeanpaulmartin.canalblog.com/ et http://inventionsalarie.neufblog.com/ . On voit ainsi des salariés de tous niveaux, du technicien non cadre au directeur R & D, de Production, directeur technique, conseiller scientifique du Président de l’entreprise, etc.… jetés sans ménagement à la porte de l’entreprise simplement pour avoir demandé une rémunération d’invention en rapport avec les profits que l’entreprise en a retirés.
Ce qui en dit long sur le mépris de leurs employeurs à leur égard.
Dans le cas d’Alstom cité plus haut, l’inventeur reçoit une prime symbolique de 500 euros bruts quelle que soit l’importance de l’invention et de son exploitation commerciale, son intérêt économique pour la société - voir la Note « Siemens et ses Brevets » sur les deux blogs précités -
4 - Quel traitement discriminatoire en regard des services rendus ! Quelle injustice ! Faut-il continuer dans cette voie ?
La réponse est NON, bien évidemment !
Ces comparaisons de rémunérations supplémentaires distribuées entre les managers (nombreux) d’une part et les réels inventeurs (rares) d’autre part sont très intéressantes. Elles montrent bien l’état d’esprit rétrograde persistant encore dans les entreprises françaises.
«Une partie du monde patronal en est encore à une conception archaïque dans les relations inventeurs salariés - employeurs, presque digne de l’Ancien Régime ! » relève JF Campion (3)
Ce n’est pas le cas dans les prospères entreprises allemandes – voir notamment le régime de rémunérations supplémentaires et aussi de reconnaissance des Inventeurs chez Siemens -
On peut comprendre la profonde déception des inventeurs constatant d’avoir en quelque sorte fait « fausse route » … !
Ils ont plus que largement contribué aux profits de l’entreprise dans laquelle ils s’investissent, et ils constatent qu’on ne leur accorde qu’une piètre aumône (1000 euros) alors que leurs nombreux collègues managers en recueillent pour eux, tous les bénéfices par la copieuse distribution de stock- options : rétribution supplémentaire jusqu’à 1 à 3 fois leur salaire annuel selon les statistiques citées plus haut !!
- Pour la toute petite poignée d’inventeurs salariés qui permettent aux dirigeants, managers et actionnaires d’encaisser de très considérables dividendes et plus- values de stock- options : 1000 à 3000 € (bruts soit 600 à 1800 euros nets après charges sociales et impôts)
- Pour les centaines de managers de chaque Entreprise : chacun 400 fois plus que pour les inventeurs !!
Le pouvoir politique a-t-il – enfin - pris conscience de l’absolue nécessité de récompenser réellement les inventeurs salariés par un intéressement proportionnel aux revenus retirés de l’exploitation commerciale ou industrielle de leurs inventions ?
On peut l’espérer au vu de la création d’une commission - ou plutôt d’un « Groupe de travail » - le 9 novembre 2007, chargé par le ministre de la Propriété industrielle à cette date Hervé Novelli de formuler des propositions en ce sens pour les salariés inventeurs de l’industrie privée.
(NB. : Depuis avril 2008 le secrétaire d’Etat Hervé Novelli a été en tant que responsable de la Propriété industrielle remplacé par le Ministre de l’Economie, de l’Industrie et des Finances Christine LAGARDE).
Mais paradoxalement au sein de cette commission ou Groupe de travail « RS/IS » du CSPI chargée de préparer un rapport susceptible de servir de base à une future loi, les inventeurs salariés, qui sont l’objet même de cette commission, ne comptent pas même un représentant pour défendre leurs intérêts ! De sorte que quasiment tous les membres de ce Groupe de travail sont des représentants directs ou indirects du MEDEF et des milieux patronaux en général. Dont l’hostilité traditionnelle à toute mesure en faveur des inventeurs salariés est bien connue…et injustifiée.
Ainsi dans son Rapport du 9 mai 1978 le député Claude Martin indiquait déjà (page 8) que le problème des inventeurs salariés était évoqué au Parlement Français de façon récurrente depuis…1924 et laissait clairement comprendre que chaque tentative de faire adopter une proposition de loi sur ce sujet avait été rejetée !! .
De même, lors des débats à l’Assemblée nationale du 24 novembre 1977, le député André Boulloche tirait déjà la sonnette d’alarme sur la non- représentation des intérêts des inventeurs salariés en ces termes : « On peut se demander quelquefois si le point de vue des entreprises ne se trouve pas surreprésenté alors que les inventeurs salariés, mal organisés par nature, ne trouvent guère la possibilité de faire entendre leur voix. »
Les faits ci-dessus le prouvent : quand les grandes entreprises du CAC 40 accordent à chacun de leurs nombreux managers 400 fois plus de suppléments annuels de rémunérations qu’à leurs inventeurs salariés, qui ne sont qu’une poignée infime en regard des centaines, des milliers de managers, mais une poignée qui rapporte des centaines de millions d’euros de profits aux entreprises !
De quoi pour ces inventeurs être véritablement écoeurés par un traitement discriminatoire aussi injuste…
Les nombreux arguments avancés par les milieux patronaux pour se justifier sont aussi fallacieux qu’ineptes. L’Association des Inventeurs Salariés (AIS) a démontré leur inanité. Qu’on ne vienne pas avancer, notamment, que les entreprises françaises délocaliseraient si des mesures légales substantielles rendant justice aux salariés auteurs d’inventions sont adoptées !
Si ces menaces récurrentes étaient suivies de mises à exécution, les Groupes industriels qui les profèrent devraient depuis longtemps avoir délocalisé leurs centres de recherches et développement hors d’Allemagne et du Japon, pays où les inventeurs salariés bénéficient des lois les plus avantageuses pour eux.
Or lorsqu’on enquête sur ce point on constate qu’il n’en est évidemment rien ! Ce sont même au contraire ces deux pays qui hébergent souvent les centres de recherches, et ce en raison de la compétence et de la productivité de leurs chercheurs salariés...largement dues aux mesures légales incitatives qui ont institué des rémunérations supplémentaires substantielles de leurs inventions de mission !
Puisse l’étude comparative exposée ci-dessus, révélatrice d’une injustice aussi choquante qu’inacceptable, inciter les dirigeants du MEDEF/ CGPME/LEEM au sein du GT/IS du CSPI à réfléchir et à réajuster leurs positions !
Il en va de l’avenir de l’innovation en France, bien mal en point actuellement. Voir par exemple les difficultés actuelles dans l’industrie pharmaceutique, qui licencie des milliers de commerciaux, de visiteurs médicaux (Sanofi-Aventis, Pfizer…) parce que la recherche et développement en matière de nouveaux médicaments piétine, tandis que les brevets protégeant des blockbusters tombent un à un dans le domaine public. De sorte que les commerciaux se retrouvent en sureffectifs…
Est-ce par la poursuite d’une politique malthusienne et à courte vue en matière de rémunération supplémentaire d’inventions de salariés que l’industrie pharmaceutique pourra redresser sa situation ? Certainement pas.
YR – membre de l’Association des Inventeurs Salariés -Juin 2008-
(1) http://www.lexpansion.com/economie/classement/stock-options.asp?idc=124716
(2)http://www.alstom.com/home/investors/financial_results/fy_2006_07_annual_results/43241.FR.php?languageId=FR&dir=/home/investors/financial_results/fy_2006_07_annual_results/
(3) http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=30593
Association des Inventeurs Salariés
58-60 rue Denfert- Rochereau 92100 BOULOGNE-BILLANCOURT
JORF 26 juin 2004, page 3118 JORF 19 août 2006, page 4071
Le 14 mai 2008
Madame la Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi
139 rue de Bercy 75012 PARIS
Vos Réf. : SCP/E A/B 67635
Madame la Ministre,
Suite au courrier que j’ai adressé à Monsieur le Président de la République et qui vous a été transmis, je voudrais attirer votre attention sur une nouvelle situation préoccupante pour un Etat de droit.
Nous avons été sollicités de manière informelle pour être auditionnés devant un groupe de travail constitué au sein du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle (CSPI) dans le cadre du Code de la propriété intellectuelle.
A cette occasion nous avons réalisé que quatre représentants des intérêts des salariés, et deux inventeurs ou ingénieurs qui figuraient parmi les membres de ce Conseil, en avaient été exclus par l’effet du décret n° 2004-199 du 25 février 2004, et ont été « remplacés » par deux représentants des inventeurs indépendants qui, à eux deux, ne représentent que 10 à 15% de la totalité des inventeurs des premiers dépôts de demandes de brevets français ou européens désignant la France.
De plus l’un de ces représentants, nommé par l’arrêté du 17 avril 2007, n’est autre que le Président de l’Association des Spécialistes de Propriété Industrielle de l’Industrie (ASPI), et ne peut à ce titre prétendre représenter un quelconque inventeur « indépendant » vis à vis des grands groupes industriels.
Cette situation, légale certes, mais illégitime à nos yeux, ne peut résulter que d’un lobbying excessif qui a réussi à éliminer tout représentant des intérêts des salariés, après une présence ininterrompue de ceux-ci au sein du CSPI depuis 1947, soit pendant 57 ans.
Nous savons par expérience que les syndicats français ne s’intéressent pas de très …/… près aux inventeurs salariés (et c’est un euphémisme), du fait du petit nombre de ceux-ci comparé à celui de leurs adhérents, et aussi de leur caractère perçu par eux comme élitiste. A notre avis, ce ne sont pas des considérations suffisantes pour supprimer tous les postes réservés aux représentants des intérêts des salariés au sein du CSPI.
Conformément aux statuts publiés de notre association, nous voulons défendre les intérêts des inventeurs salariés, donc les intérêts d’au moins une partie de l’ensemble des salariés. De plus tous nos membres actifs sont des inventeurs, et souvent aussi des ingénieurs. Les intérêts que nous défendons représentent 85 à 90% de la totalité des inventeurs des premiers dépôts de demandes de brevets français ou européens désignant la France.
Nous souhaitons que le Gouvernement, sous l’autorité du Chef de l’Etat, établisse un nouveau décret introduisant au sein du CSPI trois représentants des intérêts des inventeurs salariés, et si possible, en supprimant le représentant des inventeurs indépendants dénoncé plus haut comme non représentatif de sa fonction, et qui serait en fait mieux à sa place parmi les personnalités représentant les intérêts du commerce et de l’industrie.
Nous vous prions de trouver, ci-joint, copie de notre réponse à l’invitation informelle provenant de deux membres du Groupe de travail constitué au sein du CSPI.
Nous joignons également nos propositions de mesures législatives pour éliminer la discrimination actuelle devant la loi entre inventeurs du secteur privé et du secteur public, et doper ainsi l’innovation industrielle en France.
Nous demeurons cependant demandeurs de tout dialogue ou concertation sous l’égide de, ou avec le Ministre chargé de la propriété industrielle ou son représentant, dans la transparence. Mais il n’est pas question pour nous de nous contenter d’exposer nos idées de manière confidentielle devant des personnalités représentant les intérêts du commerce et de l’industrie et leurs hommes liges, qui ne sont probablement pas étrangers à l’élimination pure et simple du CSPI des représentants des intérêts des salariés.
Je vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Au nom de L’AIS, son Président
Jean-Pierre Kaplan
P.J. : Notre réponse informelle du 9 mai 2008 à l’invitation informelle du groupe de travail du CSPI Propositions de mesures législatives
A
M. de Monéstrol, représentant les inventeurs indépendants,
M. Sueur, représentant le MEDEF,
Au sein du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle (CSPI),
Messieurs,
J’ai étudié l’évolution de la composition du CSPI depuis sa création par décret en 1947 (Voir pièces jointes).
A l’origine, « les intérêts des patrons et des salariés » étaient équilibrés au sein de ce Conseil.Les personnalités représentant les intérêts des salariés ont été maintenues jusqu’au décret n°2004-199 du 25 février 2004, entré en vigueur le 3 mars 2004, soit pendant 57 ans sans interruption. Le décret 95-385 en vigueur jusqu’au 2 mars 2004 faisait état de la présence de quatre personnalités représentant les intérêts des salariés et de deux inventeurs ou ingénieurs. Le CSPI comportait alors 41 membres au total.Le décret n° 2004-199 du 25 février 2004 entré en vigueur le 3 mars 2004 a réduit le nombre de ses membres à 21, soit une réduction d’environ moitié.
La logique et l’équité concernant cette nouvelle composition auraient dû conduire au maintien de deux personnalités représentant les intérêts des salariés et d’un inventeur ou ingénieur (sans le qualificatif restrictif d’indépendant).
Au lieu de cette juste solution, il fut décidé, sous les signatures du Premier Ministre, M. Jean-Pierre Raffarin et du Ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, M. Francis Mer, de supprimer purement et simplement la présence de toute personnalité représentant les intérêts des salariés, et par contre de nommer deux représentants des inventeurs indépendants, alors que ces derniers ne représentent que 10 à 15% des dépôts de demandes de brevets, les 85 à 90% des dépôts étant réalisés par les inventeurs salariés. Cette situation injuste a toute ma réprobation.
J’attribue cette situation qui déroge à une tradition de 57 ans à un lobbying excessif qui n’est pas un bon exemple de gestion raisonnée.
Et maintenant que le CSPI ne comporte plus aucune personnalité représentant les intérêts des salariés, vous me proposez d’être auditionné dans le cadre du CSPI en tant que représentant des intérêts des salariés inventeurs, il y a matière à être surpris !
En tant que Président de l’Association des Inventeurs salariés (AIS) tant qu’un ou plusieurs représentants des salariés ne seront pas réintégrés par un nouveau décret au sein du CSPI, je considérerai que sa composition est illégitime même si elle est désormais légale.
Par voie de conséquence, je me vois dans l’obligation morale d’opposer actuellement un refus à votre invitation à être auditionné devant le Groupe de Travail /Inventeurs Salariés (GT/IS) du CSPI.
En espérant que le nouveau Ministre chargé de la propriété industrielle sera sensible à ces arguments, et à ceux faisant état de la discrimination entre salariés du secteur public et salariés du secteur privé devant la loi du 26 novembre 1990, je vous prie d’agréer, Messieurs, l’expression de ma considération distinguée.
Jean-Pierre Kaplan
Téléchargement Evolution_de_la_composition_du_conseil_sup-rieur_de_la_propri-t-_industrielle.doc
Téléchargement IScspiExpMotifsProposLoi18janv2008.doc
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P.S. : Cette lettre et ses pièces jointes ont le caractère d’une lettre ouverte car elles seront ou ont été déjà publiées sur le Blog de notre association : http://inventionsalarie.neufblog.com/
1) Loi allemande favorable aux inventeurs salariés attaquée par le patronat Dans le débat actuel lancé depuis janvier 2008 autour de la Commission GT/RS/IS du CSPI qui prépare son Rapport sur la réforme du système de Rémunération Supplémentaire des Inventions de salariés en France, un article intitulé "La loi allemande sur les Inventions de Salariés a-t-elle fait ses preuves ? " par Karl Meier, est cité par les milieux patronaux français. Qui s’appuient notamment sur cet article pour formuler des critiques récurrentes contre le système légal allemand de rémunération et d’incitation des inventeurs salariés…et par ricochet par prévention contre un nouveau système légal de rémunération supplémentaire des inventeurs salariés en France qui se rapprocherait du système allemand. C’est en effet l’objet même des discussions en cours dans le Groupe de Travail « Inventions de salariés » du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle. Il s’agit de la traduction en français d’une étude allemande, publiée en 1999 dans la revue « Echanges ASPI » de l’Association des Spécialistes de Propriété Industrielle de l’industrie française,.
Cette longue étude de Karl Meier (18 pages) suscite de nombreuses observations. Dans l'immédiat nous formulons seulement les brefs commentaires ci- dessous ; disons le d’emblée : l’étude de Karl Meier, réquisitoire implacable, frappe par son caractère particulièrement agressif et même outrancier. Le Dr. Karl Meier a été pendant près de 20 ans directeur du Service Inventions de Salariés de la grande firme allemande de chimie HOECHST à Francfort, et donc de fait un représentant du point de vue du patronat allemand. Il a tout de même attendu d’avoir quitté HOECHST après sa fusion avec RHONE- POULENC en 1999 pour s’appeler AVENTIS (puis SANOFI- AVENTIS en 2004) pour publier des critiques particulièrement virulentes qui lui étaient restées sur le cœur, tout comme d’anciens salariés inventeurs qui « vident leur sac » après avoir quitté leur entreprise. On comprendra pourquoi à la lumière de ce qui suit.
2) Offensive contre la loi et les tribunaux allemands Karl Meier voit dans le système légal allemand des Inventions de Salariés un mal absolu, qui selon lui ne génère que des inconvénients pour les entreprises et pour l'économie allemandes, notamment : - des rémunérations supplémentaires d’inventions injustifiées (V. pages 11 à 13) car selon lui les chercheurs sont déjà payés pour chercher et ne font en somme que leur travail normal (argument éculé des milieux patronaux les plus rétrogrades mais stupéfiant de la part d’un Responsable Brevets d’une grande entreprise), - des charges administratives qu’il estime abusivement onéreuses et exigeant un travail qui les rend « insupportables » (page 5).
Nous lui conseillons donc de lire l’analyse comparative ALSTOM/ SIEMENS publiée sur les sites www.inventionsalarie.neufblog.com et www.jeanpaulmartin.canalblog.com et de consulter le site Internet de SIEMENS afin de savoir comment l’on s’y prend chez SIEMENS pour gérer au mieux ces questions pour le plus grand profit de l’entreprise.
Dans son tir sur la loi au canon Krupp de 210 Karl Meier accuse également les tribunaux allemands y compris la Cour Suprême de Karlsruhe (BGH) de « partialité au détriment des employeurs », et même les salariés inventeurs d’abuser de leurs droits par des « tracasseries » et du « chantage » exercés contre leurs malheureux employeurs (page 9).
Au vu de griefs si nombreux et accablants, on commence à comprendre pourquoi Karl Meier a attendu d’avoir quitté l’entreprise pour publier cet article. Karl Meier cite deux auteurs à l’appui de ses thèses (pages 15/16) , le Pr d’économie du travail l’8nversité de Bochum E. Staudt et son étude parue en 1997 et le Pr de Gestion de la technologie et de l’Innovation à l’Université de Kiel K. Brockhoff (étude publiée en 1997). Il s’agit d’universitaires, qui ne sont donc pas des praticiens de la propriété industrielle. Les arguments de ces deux universitaires n’étant pas détaillés, il est difficile de se faire une idée de leur niveau de pertinence. Karl Meier ne se demande pas si le système allemand n’a tout de même pas depuis 42 ans généré aussi des effets positifs sur l’innovation et l’industrie allemandes. Une réponse négative est pour lui évidente : « la loi allemande de 1957 est un handicap pour l’innovation et pour l’économie allemandes» ! Il en demande donc purement et simplement la suppression et son remplacement par une liberté contractuelle totale entre employeurs et chercheurs salariés de clauses sur les inventions, dans les contrats de travail individuels et dans des accords d’entreprise.
3) Raisons du souhait d’un système ultra- libéral Autrement dit le système américain ultra- libéral, celui de la liberté du renard dans le poulailler, la loi de la jungle, celle du plus fort qui dispose du meilleur « bargaining power » d’imposer sa volonté. Ou comme en France avant les lois du 13 juillet 1978 et du 26 novembre 1990 sur les brevets. Avec à la clé les résultats que l’on connaissait avant 1978 en matière d’innovation et de dépôts de brevets. En France aussi comme actuellement pour les conventions de stagiaires, d’étudiants, de doctorants imposées sans discussion possible à ceux- ci sous peine de se voir refuser purement et simplement le stage : voir nos Notes sur le présent blog www.jeanpaulmartin.canalblog.com rubriques « Inventions de stagiaires » notamment celle en date du 22 mars 2008. Système ultra- libéral dans lequel, il faut le reconnaître en toute honnêteté les étudiants, stagiaires et doctorants ne disposent d’aucun moyen de négociation devant un Etablissement ou une entreprise puissamment outillé par des juristes rémunérés pour défendre ses intérêts. En outre sauf exception même un chercheur du secteur privé ayant acquis une notoriété internationale en raison de son haut niveau scientifique reconnu, n’est pas en mesure de négocier sérieusement des conditions satisfaisantes avec son employeur. Il n’est même pas à l’abri d’un licenciement brutal, arme absolue de l’employeur en cas de désaccord ou même de simple demande du chercheur d’application de ses droits légaux à rémunération supplémentaire.
D’anciens chercheurs salariés sont bien placés pour l’avoir appris à leurs dépens, comme MM. Jean-Pierre RAYNAUD, Henri COUSSE, Gilbert MOUZIN, Thierry GARCIA…. Dont les litiges avec leurs ex- employeurs ont été analysés sur le présent blog www.jeanpaulmartin.canalblog.com , dans notre ouvrage « Droit des inventions de salariés » Ed. Litec octobre 2005, 3ème édition, ainsi que dans divers articles de la presse juridique.
Enfin nombre d’employeurs prétendent encore souvent ignorer la loi (V. par exemple « La Tribune », 3833, 22 janvier 2008, p.14 « Souvent un employeur pense que les inventions de son personnel font partie intégrante de la propriété de l’entreprise. Et que les salaires mensuels versés suffisent. ») et ne pas admettre cette obligation légale existant en France depuis… la loi du 26 novembre 1990( !). C’est bien évidemment pour se trouver totalement libres et « maîtres du jeu » vis-à-vis des chercheurs salariés que les milieux patronaux internationaux réclament périodiquement la suppression des lois gênantes pour eux car protectrices des droits des salariés inventeurs, comme en Allemagne et au Japon.
4) Résistance des gouvernements allemands et japonais aux attaques contre les lois sur les inventeurs salariés Mais c’est alors aux gouvernements que revient dans l’intérêt national la responsabilité de résister à ces pressions dictées par le seul intérêt personnel de dirigeants soucieux de préserver leur revenu maximum. Revenu qui à leurs yeux n’est jamais exagéré par rapport à celui de leurs inventeurs salariés même éminents : pour la seule année 2007 une enquête a établi que les P.-DG et hauts dirigeants des grandes entreprises françaises ont vu leurs revenus augmenter de 30 à 40%... Les gouvernements allemands depuis 1957 et japonais depuis 1959 et c’est tout à leur honneur ont bien compris que l’intérêt personnel des dirigeants d’entreprises ne se confond pas avec l’intérêt général du pays dont ils ont la charge. Ils ont su donner l’exemple de la priorité de l’intérêt national sur les intérêts pécuniaires personnels des dirigeants des grandes entreprises en résistant efficacement à leurs pressions. Ainsi en Allemagne la tentative du patronat de faire abroger la loi de 1957 après l’article de Karl Meier de 1999 a échoué, avec l’aide des syndicats allemands. Au Japon en 2002/2005 les dirigeants de la grande industrie ont conduit une large offensive contre la loi sur les inventons de salariés. Ils ont réclamé son abrogation et son remplacement par une liberté contractuelle complète entre chercheurs individuels et employeurs, en vantant les vertus présumées de ce système ultra- libéral ( V. Y. Lee et M. Langley , « Employees Inventions : Statutory Compensation Schemes in Japan and the United Kingdom » 2005, E.I.P.R. 250). John Tessensohn (E.I.P.R. 122 Letter to the Editor, 2006) conteste vigoureusement cette thèse pro- employeurs ; Y. Lee et M. Langley lui répliquent : « Author’s Reply ; 2006, EIPR page 125. V. aussi nos études sur le présent blog www.jeanpaulmartin.canalblog.com , rubrique « Inventions de salariés au Japon »). Cette offensive patronale contre les inventeurs salariés a été enrayée par le gouvernement japonais avec l’appui du grand public japonais alerté par Internet et par les grands medias par publication sur Internet du projet de loi avant son dépôt à la Diète japonaise (impensable en France !). La loi japonaise (Article 35) fut amendée pour tenir compte de décisions de la Cour suprême de Tokyo relatives à des litiges entre inventeurs salariés et leurs employeurs, exigeant une fixation des montants des rémunérations supplémentaires d’invention par une négociation réelle entre inventeurs et employeurs. A ce propos certaines affaires comme le litige NICHIA c/ Shuji NAKAMURA (inventeur de la Blue LED) ont fait grand bruit en Europe et aux USA où les rémunérations supplémentaires accordées par les tribunaux japonais aux inventeurs ont été dénoncées comme scandaleuses : la plus connue étant les 190 millions US $ en 1ère instance à NAKAMURA, ramenés à 8 millions $ le 11 janvier 2005 sur transaction en appel. Mais ceux qui s’en indignaient s’abstenaient de mentionner les primes d’invention en forme de misérables aumônes à des inventeurs émérites traités comme des laquais, avant que le litige soit porté devant le tribunal pour ces inventions éminentes, qui avaient rapporté d’énormes profits à leurs employeurs – par exemple NICHIA réalisait 60% de son CA total grâce à la seule invention de la Blue LED par NAKAMURA : - pour Shuji NAKAMURA US $ 180 - pour Koichi TANAKA Prix Nobel de chimie 2002 pour son invention… US $ 100 ( !) (V. John Tessensohn, cité supra, p. 123) - pour NARUSE inventeur de l’aspartame qui dans une interview dénonce publiquement la mesquinerie de son employeur AJINOMOTO (J. Tessensohn, cité supra, p. 122) etc... On est bien loin des abus en faveur des salariés inventeurs japonais complaisamment dénoncés.
5) Tentative discutable de déconsidération de la loi allemande de 1957 Pour en revenir à Karl Meier, cet auteur n'hésite pas (V. page 4) à tenter de déconsidérer moralement la loi allemande de 1957 sur les inventeurs salariés (et donc indirectement ces derniers) en insistant sur le fait que cette loi trouve sa filiation dans des ordonnances du IIIème Reich nazi de 1942/1944 de Speer/Göring/Hitler (page 4). Donc pour Karl Meier, une filiation honteuse. Ces ordonnances de guerre avaient pour objectif de stimuler la conception d'armes nouvelles pour la Wehrmacht, la Kriegsmarine et la Luftwaffe par des primes d'invention aux chercheurs salariés de l'industrie d'armement. Objectif qui a du reste été atteint en 1944/45 - V1, V2, chasseurs à réaction Me 262 les premiers au monde, torpilles acoustiques, snorkel etc...- et qui confirme l'efficacité de ces mesures: mais cela K. Meier n'en dit pas un mot ! En tout cas de la part de K. Meier, procédé honteux, irrecevable que tenter de disqualifier le système allemand des inventions de salariés parce qu'il est issu d'ordonnances prises pendant la Seconde Guerre mondiale par les dirigeants nazis. N.B. - Notons que sous la direction du Service des Inventions de salariés par Karl Meier, de 1980 à 1999 les dépôts de demandes de brevets européens au nom de HOECST AG (DE) ont constamment chuté, de 172 en 1981 à…8 en 1999 ( !) (source : esp@cenet ). Ces dépôts ont donc été divisés d’abord par 2 puis par 10 pour arriver à une division finale par...21,5 ! Résultats véritablement catastrophiques, dont a priori les causes ne sont pas identifiées, mais qui néanmoins auraient dû inciter Karl Meier à davantage de modestie et de discrétion après son départ de HOECHST en 1999. Comment au vu d’un pareil bilan peut- on se présenter en procureur/donneur de leçons ? Et comment peut-on le prendre comme référence pour la politique à suivre en France comme on le fait dans les milieux patronaux ?
6) Performances supérieures de l’industrie et de l’innovation allemandes, faiblesse de l’industrie française Karl Meier ne dit pas non plus un seul mot des remarquables performances de l'industrie allemande. Le « handicap à l’innovation » que selon K. Meier constitue la loi allemande sur les inventions de salariés n’a nullement comme il aurait dû logiquement le faire selon le sombre diagnostic de K. Meier, empêché l’industrie allemande de devenir championne d'Europe des exportations et de constamment réaliser une balance commerciale largement excédentaire ! Dans ses 18 pages de tir de barrage contre la loi allemande Karl Meier dit-il aussi quelque chose du n°1 allemand de l'innovation et des dépôts de brevets en Europe, SIEMENS - qui dépose 10 fois plus de brevets que ALSTOM pour les mêmes activités ? Non, pas un seul mot...K. Meier se contente d'assouvir sa rancoeur après 20 ans contre une loi et des décrets qui l'ont contraint à effectuer des tâches administratives qui ne lui plaisaient pas et qu'il dénonce comme abusives. Il accuse les inventeurs salariés de « chantage » et de « tracasseries ». Le « handicap pour l’innovation et l’économie » n’aurait-il pas plutôt pour la société HOECHST été son directeur Brevets Karl Meier à en juger par ses résultats au long de ses 19 années de présence à la tête de ce Service ? Si l’on suit le raisonnement de K. Meier la France, qui n’a pas une loi handicapante en faveur des inventeurs salariés comme la loi allemande, devrait être championne d’Europe de l’innovation et des dépôts de brevets et l’Allemagne devrait être en queue de peloton du fait du « handicap » de son système trop favorable aux inventeurs salariés … Or c’est tout le contraire que l’on constate !… Alors que la France a battu des records de déficit de sa balance commerciale en 2007 (39 milliards d'euros) et dépose péniblement quelque 14000 demandes de brevets par an, l’Allemagne accumule les excédents commerciaux et détient le leadership européen de l'innovation et des dépôts de brevets (58000 demandes de priorité, 25 500 demandes de brevets européens)
Les inconvénients rédhibitoires de la loi allemande selon Karl Meier ont- ils empêché depuis 50 ans les entreprises allemandes de déposer 4 à 10 fois plus de brevets de priorité 3,2 fois plus de brevets européens que leurs homologues françaises, 6 fois plus de brevets européens que les entreprises anglaises ? Plutôt que de se lancer dans des affirmations aussi fantaisistes et nier l’évidence en soutenant que le système légal allemand des inventions de salariés constituerait un « handicap pour l’innovation et pour l’économie », le Dr Karl Meier eut été plus crédible s’il avait reconnu qu’il stimule puissamment les chercheurs, l’innovation et les dépôts de brevets et ainsi contribue largement aux performances supérieures et au dynamisme de l’industrie allemande.
7) La loi allemande de 1957 a bien fait ses preuves, les décrets français de 1996 et 2001 pour le secteur public aussi Donc, contrairement à ce que prétend Karl Meier, oui la loi allemande de 1957 a fait ses preuves ! La position de leader européen de l’Allemagne en matière de dépôt de brevets, d’innovation et de puissance de son industrie, que Karl Meier devrait bien connaître comme citoyen allemand le confirme. Sans doute peut-on trouver des défauts dans le système légal allemand, par exemple de nature administrative, comme dans toute œuvre humaine ! Quel dispos